Les dirigeant·e·s du monde réunis à la COP31 en Turquie doivent cesser de soutenir l’industrie des énergies fossiles et commencer à mettre en œuvre l’abandon rapide et équitable qu’exigent la science, les droits humains et le droit international, a déclaré Amnesty International le 8 novembre 2026.
« Le monde ne manque pas de mises en garde sur le climat, ce sont les excuses qui s’épuisent. Après plus de 30 années de négociations sur le climat, les gouvernements ne peuvent plus se retrancher derrière des promesses d’actions futures ni s’abstenir de s’opposer à leurs alliés de l’industrie des énergies fossiles. La crise climatique n’est pas un échec de la connaissance, mais un manque de courage politique. Il est temps de s’affranchir de l’emprise des grandes entreprises sur les décisions politiques et de mettre un terme à l’ère des combustibles fossiles avant qu’elle ne mette fin à notre existence », a déclaré Marta Schaaf, directrice du programme Justice climatique, économique et sociale et Responsabilité des entreprises à Amnesty International.
La crise climatique n’est pas un échec de la connaissance, mais un manque de courage politique.
Marta Schaaf, directrice du programme Justice climatique, économique et sociale et Responsabilité des entreprises à Amnesty International
La dernière évaluation du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) résonne comme un avertissement sans équivoque à la veille de la COP31 : le monde est en passe de dépasser l’objectif de 1,5 °C. Les gouvernements, en particulier les principaux responsables de la crise climatique, sont encore très loin de prendre les mesures nécessaires pour limiter l’ampleur et la durée de ce dépassement et ramener les températures à un niveau inférieur. Des populations sont déjà dévastées par les sécheresses, les feux de forêt, les tempêtes violentes, les inondations, la fonte des glaciers et la montée du niveau des océans. Chaque fraction supplémentaire de réchauffement aggravera les atteintes aux droits humains. Le dépassement est en soi dangereux : il va déclencher des points de bascule et des dommages irréparables, quelles que soient les futures baisses de température.
Les gouvernements doivent désormais traduire leurs promesses en décisions concrètes visant à réduire les émissions, accélérer l’abandon progressif des combustibles fossiles, financer des transitions justes et protéger les populations contre l’aggravation des effets néfastes du changement climatique.
Ce n’est pas une option. La Cour internationale de justice a précisé que les États sont tenus, en vertu du droit international, de prévenir les dommages climatiques majeurs, de réglementer les activités contribuant au dérèglement climatique et de coopérer pour protéger les générations actuelles et futures. La COP31 sera un test décisif pour déterminer s’ils vont passer à l’action à l’aune de ces obligations.
« La mise en garde du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) doit inciter les dirigeant·e·s du monde à mener une action climatique ambitieuse et décisive. Même si un dépassement temporaire du seuil de 1,5 °C s’avère inévitable, cela ne doit en aucun cas servir d’excuse pour baisser les bras ou procrastiner. La COP31 doit limiter l’ampleur et la durée de ce dépassement, ramener les températures à un niveau inférieur et protéger les populations contre des préjudices encore plus graves, a déclaré Marta Schaaf.
« Chaque fraction de degré et chaque année de retard comptent pour la vie humaine et pour la planète. »
La COP31 doit déboucher sur une action collective
La crise climatique transcende les frontières, mais ses répercussions sont très inégales. Les inondations catastrophiques qui ont frappé le Népal et le Tibet à la suite de l’effondrement partiel d’un glacier de l’Himalaya ont montré que ce sont souvent les populations disposant des ressources les plus limitées qui sont exposées aux plus graves dangers. Elles ont aussi mis en évidence le besoin urgent d’une coopération internationale et de fonds suffisants alloués par les pays à revenu élevé pour financer une transition juste et la résilience climatique dans les pays à faible revenu.
« Aucun pays ne peut affronter cette crise seul. Ceux qui contribuent le moins au réchauffement climatique sont souvent ceux qui subissent les conséquences les plus graves. La COP31 doit déboucher sur une action collective qui tienne compte de cette profonde injustice », a déclaré Marta Schaaf.
La COP31 doit aboutir à des résultats concrets permettant de faire progresser une transition juste et respectueuse des droits humains. Il faut notamment :
- mettre en place un solide Mécanisme pour une transition juste Belem-Antalya, doté d’un mandat visant à garantir le respect des droits humains et à apporter un soutien aux transitions justes ;
- mettre en œuvre le Plan d’action sur les questions de genre, notamment en élaborant des lignes directrices solides pour la protection des femmes qui défendent l’environnement ;
- veiller à ce que le deuxième bilan mondial s’appuie sur les droits humains et soit façonné par les communautés concernées, notamment par le biais d’assemblées populaires mondiales ;
- faire progresser la question des pertes et dommages en tant que point distinct de l’ordre du jour et renflouer dûment le Fonds pour les pertes et préjudices ;
- se pencher sur la question de l’augmentation rapide du financement climatique, notamment par le biais de négociations formelles sur le Programme de travail sur le financement climatique, et l’axer sur l’application de l’article 9.1 de l’Accord de Paris ;
- lancer la refonte du fonctionnement de la gouvernance climatique des Nations unies.
Les gouvernements doivent accélérer une transition complète, rapide, équitable et dotée du financement nécessaire vers l’abandon des énergies fossiles en vue de limiter tout dépassement du seuil de 1,5 °C, en fonction de leurs responsabilités et de leurs capacités, et de faire baisser à nouveau les températures. La transition vers l’électrification doit passer par le développement des énergies renouvelables et doit protéger les travailleurs·euses, les peuples autochtones et les populations les plus exposées, sans reproduire les violations actuelles ni créer une nouvelle demande en énergies fossiles, notamment liée aux centres de données d’intelligence artificielle.
Les pays à revenu élevé portant historiquement une plus grande responsabilité en matière d’émissions de gaz à effet de serre, doivent accroître massivement le financement climatique sous forme de subventions, notamment en augmentant les impôts des ultra-riches, des entreprises du secteur des énergies fossiles et de leurs soutiens financiers. Ce financement est primordial pour aider les pays à faible revenu à réduire leurs émissions, à s’adapter, à mener à bien des transitions justes et à faire face aux pertes et préjudices, notamment par le biais de réparations climatiques.
La Turquie et l’Australie face à un test de leadership climatique
En tant qu’hôtes de la COP31 et chefs de file des négociations, la Turquie et l’Australie, deux pays producteurs de combustibles fossiles, vont passer un test de leadership décisif. En effet, ils essuient des critiques en raison de leur dépendance aux combustibles fossiles. La Turquie reste fortement dépendante du charbon et prévoit d’augmenter sa production de gaz fossile, tandis que l’Australie compte parmi les principaux exportateurs mondiaux de charbon et de gaz naturel liquéfié.
« La Turquie et l’Australie ne peuvent prétendre être leaders dans la lutte contre le changement climatique tout en enfermant le monde dans une dépendance aux énergies fossiles pendant encore plusieurs décennies. Assumer un rôle de premier plan, cela veut dire accélérer la fin des énergies fossiles, et non trouver des moyens de prolonger leur utilisation », a déclaré Marta Schaaf.
Les gouvernements doivent aussi s’attaquer aux intérêts des sphères politiques et des entreprises qui font obstacle à l’abandon complet, rapide, équitable et financé des énergies fossiles. La COP31 ne doit pas capoter du fait de l’influence excessive des énergies fossiles ; il faut mettre en place un solide cadre d’obligation de rendre des comptes afin d’écarter tous les conflits d’intérêts et de garantir que les populations concernées soient entendues.
Les voix des populations en première ligne de la crise doivent façonner la transition
Partout dans le monde, les peuples autochtones, les défenseur·e·s des droits environnementaux et les populations touchées s’opposent à des projets destructeurs et défendent leurs terres, leurs moyens de subsistance et leur avenir.
Amnesty International a recensé des actions locales en lien avec le climat, en Australie, au Brésil, au Canada, en Équateur et en Turquie. Des mouvements essentiels pour une transition juste et efficace. Pourtant, les peuples autochtones et les communautés concernées sont régulièrement écartés des prises de décision, tandis que ceux qui les défendent sont victimes de poursuites pénales, d’intimidations et de représailles.
« Ceux qui défendent les forêts, les fleuves, les terres ancestrales et les populations contre des projets destructeurs montrent aux gouvernements ce qu’est véritablement le leadership climatique. Ils doivent être protégés et entendus, et non poursuivis, intimidés ou écartés des décisions concernant leur avenir », a déclaré Marta Schaaf.
Il ne saurait y avoir de justice climatique sans liberté de la revendiquer.
Marta Schaaf
La Turquie doit protéger l’espace civique lors de la COP31
La Turquie doit veiller à ce que toutes les personnes participant à la COP31 puissent y prendre part librement et en toute sécurité, sans discrimination, intimidation ni représailles. Et ce d’autant plus que les pressions exercées sur l’espace civique et les discours hostiles aux droits exacerbent les peurs et les divisions. Celles et ceux qui défendent les droits des personnes LGBTI+, les droits environnementaux et autres, se heurtent à des discriminations intersectionnelles et doivent bénéficier d’une protection effective.
La COP31 doit rester ouverte au contrôle public, aux manifestations pacifiques et à la dissidence, et les populations touchées doivent pouvoir façonner les décisions concernant leur avenir sans craindre de représailles.
« Il ne saurait y avoir de justice climatique sans liberté de la revendiquer. La Turquie et tous les gouvernements participant à la COP31 doivent protéger les manifestations pacifiques et veiller à ce que la voix des populations affectées pèse davantage dans les négociations que celle de l’industrie des énergies fossiles », a déclaré Marta Schaaf.
CONTEXTE
À l’approche de la COP31, Amnesty International a publié ses recommandations techniques détaillées sur l’action climatique et a rejoint les appels en faveur d’un financement climatique ambitieux, d’une reconnaissance et d’une protection des défenseur·e·s des droits environnementaux et de critères pour l’objectif d’électrification « 35×35 ».


