Faites la connaissance des jeunes qui luttent pour obtenir la justice dans le but de changer le monde

Des enfants et des jeunes sont en première ligne de nombreuses luttes : certains combattent l’injustice climatique, d’autres défendent les droits des femmes, d’autres encore dénoncent la privation de logement ou encore les violences policières.

Les jeunes et les enfants représentent 3,1 milliards de personnes, soit 42 % de la population mondiale, et un grand nombre d’entre eux se trouvent dans les pays du Sud. Trop souvent, ce sont ces personnes qui sont le plus touchées par les plus grandes injustices du monde et qui subissent de plein fouet leurs conséquences dévastatrices. Ces jeunes voient leur propre entourage déchiré par la pauvreté, les inégalités, la discrimination, la corruption, et sont forcés de lutter contre ces forces.

Cette année, la plus grande campagne d’Amnesty International, Écrire pour les droits, met son influence au service de ces enfants et ces jeunes qui surmontent les difficultés, pour les soutenir et leur donner la force et les moyens de continuer à oser lorsque les adultes responsables ne font pas le nécessaire pour les protéger.

Yasaman Aryani – Iran

Des fleurs généreusement données et un foulard enlevé : deux gestes simples que Yasaman Aryani a osé faire en public dans un train en Iran. C’était lors de la Journée internationale des droits des femmes de 2019. La jeune femme a courageusement défié la législation iranienne sur le port obligatoire du voile. Elle a traversé un wagon réservé aux femmes, les cheveux hardiment découverts, pour distribuer des fleurs. Elle a évoqué l’espoir d’un avenir où toutes les femmes seraient libres de s’habiller comme elles veulent pour qu’un jour, elles puissent marcher ensemble, « moi sans le hijab et toi avec le hijab ».

Ces instants ont été filmés et la vidéo est devenue virale en mars 2019. Le 10 avril, les autorités iraniennes ont arrêté Yasaman et l’ont maintenue en détention seule dans une cellule pendant plusieurs jours tout en lui faisant subir un interrogatoire. On lui a demandé d’« avouer » que des étrangers étaient derrière ses activités militantes et de « se repentir » de ses actions, faute de quoi ses ami·e·s et sa famille seraient arrêtés. Le 31 juillet, Yasaman a appris qu’elle avait été condamnée à 16 ans d’emprisonnement. Elle doit purger au moins dix ans de cette peine.

Sarah Mardini et Seán Binder – Grèce

En Grèce, on peut aller en prison pour avoir essayé de sauver des vies. C’est ce qui est arrivé à Sarah Mardini, 24 ans, et Seán Binder, 25 ans, parce qu’ils ont agi en tant que sauveteurs bénévoles pour une organisation à Lesbos. Leur travail consistait à repérer les bateaux en détresse en mer et à aider les réfugié·e·s. Ils sont accusés d’espionnage, de trafic d’êtres humains et d’appartenance à une organisation criminelle. S’ils sont déclarés coupables, ils encourent 25 ans de réclusion. Ils ont déjà passé plus de 100 jours en prison avant d’être libérés sous caution en décembre 2018.

« C’était terrible de réaliser que nous étions en prison pour avoir simplement essayé d’aider des gens, et il était encore plus effrayant de réaliser que cela arrivait à de nombreuses autres personnes dans l’Union européenne », a déclaré Seán, qui vit maintenant en Irlande.

Marinel Sumook Ubaldo – Philippines

Marinel Sumook Ubaldo avait 16 ans lorsqu’elle a compris qu’elle devait trouver un moyen de se protéger et de protéger les habitant·e·s de son village et des environs des effets dévastateurs du changement climatique. Le 13 novembre 2013, elle a survécu au typhon Yolanda (connu internationalement sous le nom de typhon Haiyan), l’un des plus meurtriers jamais enregistrés. Six ans plus tard, Marinel a obtenu son diplôme en travail social. Passionnée de nature et militante de renom, elle consacre son temps libre à faire campagne en faveur des droits des habitant·e·s de son village et des environs.

En septembre 2018, elle s’est rendue à New York pour fournir des éléments de preuve dans le cadre d’une enquête historique visant à déterminer si des entreprises exploitant les énergies fossiles se sont rendues responsables d’atteintes aux droits humains aux Philippines. L’affaire a été portée par des survivant·e·s du typhon Yolanda.

« Je ne suis pas simplement… une statistique climatique », a-t-elle déclaré devant une salle des Assemblées comble. « Mon histoire n’est qu’une parmi de nombreuses autres et je suis ici pour parler au nom des personnes vulnérables et marginalisées, afin que notre voix soit entendue. »

Aujourd’hui, Marinel réclame la justice climatique et appelle le gouvernement à prendre des mesures pour assurer une meilleure protection de la population contre les catastrophes naturelles, qui sont aggravées par le changement climatique.

Nasu Abdulaziz – Nigeria

Nasu Abdulaziz aime le vélo, un loisir normal pour un jeune au Nigeria. Mais sa situation est loin d’être normale. Actuellement, il se bat pour son droit à un logement.

Alors qu’il avait 23 ans, un âge auquel il aurait dû profiter de la vie, des hommes sont arrivés sans préavis avec des armes et des bulldozers à Otodo Gbame, un quartier de Lagos, au Nigeria. Sur ordre du gouvernement, ils s’en sont pris aux logements de ce quartier centenaire, démolissant et incendiant des maisons, tirant sur des familles, détruisant des moyens de subsistance.

En 2017, la nuit précédant l’expulsion finale, Nasu a été blessé par balle au bras par des voyous. Le lendemain, l’unité spéciale de l’État de Lagos a fait irruption dans le quartier, tirant sur les habitant·e·s et les aspergeant de gaz lacrymogène. Pris de panique, les habitant·e·s se sont enfuis ; certain·e·s ont sauté dans la lagune et se sont noyés. Neuf personnes ont, semble-t-il, été tuées, et on est toujours sans nouvelles de 15 autres personnes.

Au bout du compte, 30 000 personnes se sont retrouvées sans abri, contraintes à vivre sur des pirogues, sous des ponts ou chez des proches. Nasu a perdu son logement, mais il garde espoir. Il a rejoint la Nigerian Slum / Informal Settlement Federation (en français Fédération nigériane des bidonvilles/quartiers informels), un mouvement populaire constitué de personnes qui, comme lui, lutteront jusqu’à ce que leur droit à un logement se concrétise.

« Personne n’est contre le développement. Mais le développement doit avoir un visage humain. Avoir un logement n’est pas un privilège. C’est notre droit », a déclaré Nasu.

Ibrahim Ezz el Din – Égypte

Ibrahim Ezz el Din est un chercheur sur les droits humains de 26 ans qui vit au Caire, en Égypte. Il aime son travail, dans le cadre duquel il mène des recherches et rédige des rapports sur l’accès à un logement sûr et abordable en Égypte, un droit fondamental. Le 11 juin 2019 au soir, alors qu’il rentrait chez lui, quatre agents des forces de sécurité en civil l’ont encerclé et arrêté. Lorsque sa mère l’a appris, elle s’est immédiatement rendue au poste de police local, mais la police lui a dit qu’Ibrahim n’était pas là et a nié l’avoir arrêté. Depuis ce soir-là, la famille d’Ibrahim essaie de savoir ce qui lui est arrivé. Personne n’a obtenu de réponse. Ibrahim Ezz el Din est la cinquième personne liée à son organisation, la Commission égyptienne pour les droits et les libertés, à avoir été soumise à une disparition ces trois dernières années.

Les jeunes de Grassy Narrows – Canada

Les habitant·e·s de Grassy Narrows, dans l’Ontario (Canada), sont victimes d’un grave empoisonnement au mercure depuis que le gouvernement a autorisé une usine de pâte à papier à déverser 10 tonnes de déchets dans une rivière dans les années 1960. Les dégâts sont encore visibles aujourd’hui.

La pêche fait partie intégrante du mode de vie de ces personnes. Mais depuis plus de 50 ans, le mercure contamine le poisson, le rendant dangereux à la consommation. Cela nuit à la santé des habitant·e·s de Grassy Narrows ainsi qu’à leur culture et leurs traditions.

Rodney Bruce, 25 ans, affirme : « On m’a appris que lorsqu’on fait quelque chose de mal, il faut régler le problème. »

Jianne Turtle, 13 ans, est issue de la population autochtone Anishinaabe de Grassy Narrows, dans l’Ontario, au Canada, et est d’accord avec Rodney. Tandis que les jeunes de cette communauté se battent pour un avenir meilleur, l’adolescente explique que le gouvernement « parle beaucoup mais ne fait rien ».

Le gouvernement n’a presque rien fait pour faire face à la pire crise sanitaire du pays, et les jeunes de Grassy Narrows n’abandonneront pas le combat tant qu’il ne tiendra pas ses promesses.

Emil Ostrovko – Bélarus

En avril 2018, Emil Ostrovko (orthographié Emil Astrauko en bélarussien) attendait sa petite amie à un arrêt de bus à la périphérie de Minsk. Ils devaient passer la journée ensemble, quand soudain, des policiers sont arrivés, ont frappé Emil et l’ont arrêté pour trafic de substances illicites. Il n’avait alors que 17 ans.

Plus tôt en 2018, l’adolescent avait été embauché comme coursier pour une entreprise en ligne, travail qui l’occupait après les cours. Son employeur lui avait dit que les colis qu’il livrait contenaient des substances légales à fumer. Après avoir passé des mois en détention, Emil a été condamné à 10 ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants, peine ramenée par la suite à huit ans lorsque certains chefs d’accusation ont été abandonnés. Les enquêteurs n’ont jamais cherché le patron de l’entreprise ni qui que ce soit d’autre. Seul l’adolescent a fait l’objet de poursuites. Aujourd’hui en prison, il n’a pas été autorisé à terminer ses études secondaires, et son projet d’aller à l’université a été anéanti.

Yiliyasijiang Reheman – Chine

Yiliyasijiang Reheman et sa femme Mairinisha Abuduaini attendaient leur second enfant lorsque Yiliyasijiang a disparu. Le jeune couple se bâtissait un nouvel avenir. Leur vie a été bouleversée en juillet 2017, lorsque la Chine a fait pression sur le gouvernement égyptien pour qu’il lance un coup de filet contre des centaines d’Ouïghours se trouvant dans le pays. Yiliyasijiang était parmi ces personnes.

Trois semaines plus tard, Mairinisha a donné naissance à leur nouvel enfant, seule. Elle avait 19 ans. Depuis 2017, elle cherche son mari sans jamais perdre espoir de voir sa famille à nouveau réunie un jour. La jeune femme, qui vit aujourd’hui en Turquie, a appris par des amis que Yiliyasijiang avait été renvoyé dans la région du Xinjiang, en Chine. Elle pense qu’il se trouve dans l’un des camps d’internement secrets du pays, où les Ouïghours sont exposés à la propagande du gouvernement chinois qui a pour but de les conditionner.

« Mon époux devrait être libéré dès que possible », affirme-t-elle. « Nos enfants ont besoin de leur père. Je n’abandonnerai pas tant que nous ne serons pas tous réunis. »

José Adrián – Mexique

José Adrián rentrait de l’école lorsque des policiers se sont rués sur lui, l’ont jeté contre leur voiture et lui ont marché sur la nuque. Il avait alors 14 ans. Un véhicule de police avait été endommagé lors d’affrontements entre des jeunes, et l’adolescent était passé peu après, totalement par hasard.

Les policiers ont arrêté Adrián sans la moindre explication. Ils n’ont pas appelé ses parents et le handicap auditif d’Adrian l’a peut-être empêché de communiquer aisément avec la police pendant son calvaire. Les policiers ont poussé Adrián dans leur voiture et l’ont conduit au poste de police, où ils l’ont menotté et pendu par les mains. « Ils m’ont laissé pratiquement une demi-heure comme ça », explique-t-il. « Ils m’ont frappé à la poitrine. Puis ils m’ont giflé. »

Adrián a finalement été libéré lorsque sa famille a payé une amende et le montant des dégâts occasionnés à la voiture de patrouille, alors qu’elle n’en avait pas les moyens. Adrián a abandonné l’école à cause de ce qui lui est arrivé. Après avoir réclamé justice pendant des années, il a finalement obtenu une aide auditive. Il souhaite tourner la page et commencer à penser à son avenir, mais les policiers qui l’ont agressé restent impunis.

« Je veux qu’ils blanchissent mon nom, celui qu’ils ont mis sur leur liste. Et je veux que ça n’arrive plus jamais à un enfant. C’est tout ce que je demande », dit-il.

Magai Matiop Ngong – Soudan du Sud

Lorsqu’il avait 15 ans, Matiop Ngong était scolarisé dans un établissement d’enseignement secondaire et rêvait d’aider les gens quand il serait adulte. Mais en 2017, il a été déclaré coupable d’homicide. Lors de son procès, il a déclaré au juge qu’il n’avait que 15 ans et a essayé d’expliquer que l’homicide dont il était accusé était un accident, mais il a été condamné à la pendaison.

« Ce n’est pas un sentiment agréable d’apprendre que l’on va mourir. Je ne m’en réjouis pas… », a-t-il déclaré.

Deux ans après sa condamnation, Magai est détenu dans le quartier des condamnés à mort à la prison centrale de Djouba et attend son appel. Mais il n’a pas perdu « l’espoir de sortir et de continuer… l’école. »