Les dirigeants de l'UE ne doivent pas abandonner les réfugiés

La compassion et la solidarité peuvent nous protéger, pas la peur et les barrières.

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© Christopher Furlong/Getty Images

Les attentats perpétrés à Paris le 13 novembre 2015 ont suscité une réaction d'horreur chez des personnes de toutes les religions et de toutes les origines. Ils ont donné lieu aussi malheureusement à des réactions hostiles contre les réfugiés – parmi lesquels les personnes qui fuient les atrocités commises par le groupe se faisant appeler État islamique.

Maintenant plus que jamais, nous devons affirmer notre solidarité avec tous ceux qui sont frappés par la violence et par la guerre – y compris les réfugiés. Verrouiller les frontières de l'Europe n'est pas la bonne réponse. Les gouvernements de l'UE dépensent déjà des milliards dans des barrières, des dispositifs de surveillance high tech et des gardes-frontières. Comme le montre le récent rapport d'Amnesty, cette stratégie ne marche pas : 1 008 616 réfugiés et migrants sont arrivés en Europe par la mer en 2015, contre 280 000 entrés dans l'UE en 2014.

Les frontières fortifiées de l'Europe placent certaines des personnes les plus vulnérables de la planète en situation de grand danger. L'urgence humanitaire est là. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants se retrouvent coincés au pied des barrières de l'Europe, forcés de marcher pendant des semaines et des mois en passant la nuit dans le froid. 

Les gens continueront à fuir tant que des conflits feront rage et des régimes brutaux règneront dans des pays comme la Syrie, l'Afghanistan et l'Érythrée. Les autres pays, notamment ceux de l'UE, ont le devoir de les protéger et de ne pas laisser la peur l'emporter.

Amnesty International
Les violences dont nous avons été témoins montrent que la peur n'est pas la solution.
© REUTERS

La peur et les barrières

Pas moins de 90 % de ceux qui sont arrivés en Europe cette année ont risqué leur vie en prenant la mer. Ils bravent les vagues meurtrières pour une seule raison : c'est l'unique frontière que l'on peut encore franchir si l'on n'est pas en possession des bons documents de voyage.

Chaque jour nous amène son lot de gros titres à propos de réfugiés morts noyés en essayant de gagner Kos, Lesbos ou une autre île grecque. À la fin de l'année 2015, ils étaient 851 319 à avoir emprunté cet itinéraire. La raison en est que la frontière terrestre entre la Turquie (qui accueille aujourd'hui plus de 2,2 millions de réfugiés syriens) et la Grèce est presque complètement fermée. Il en va de même avec la frontière entre la Turquie et la Bulgarie, un peu plus au nord.

Avec les toutes nouvelles barrières érigées en Hongrie, ces clôtures sont les derniers exemples en date d'une stratégie européenne entamée en Espagne il y a 20 ans : il s'agit de contraindre les personnes à faire demi-tour au lieu d'examiner leur demande d'asile, et de construire des murs toujours plus hauts et équipés de barbelés toujours plus tranchants qui viendront lacérer les pieds de celles et ceux qui seront assez désespérés pour tenter de les franchir.

Cela fait des années qu'Amnesty et d'autres organisations tirent la sonnette d'alarme et préviennent que ces initiatives nous mènent droit au désastre. Et depuis le début de l'année 2015, la crise a éclaté. 

Noyades en Méditerranée

Début 2015, alors qu’un nombre croissant de personnes étaient en route pour l’Europe, l’opération italienne de recherche et de sauvetage Mare Nostrum, qui avait fait ses preuves, prenait fin et était remplacée par une initiative de l’UE moins efficace et dont les moyens étaient plus restreints.

Craignant un pic des naufrages et une augmentation du nombre d’embarcations inadaptées et surchargées partant de Libye pour rejoindre l’Italie, Amnesty a donné l’alerte à de nombreuses reprises. Mais les gouvernements européens ont réagi de manière insuffisante, jusqu’à ce qu’une tragédie se produise un week-end d’avril, où plus de 1 200 personnes se sont noyées dans deux naufrages.

À l’issue de discussions engagées en urgence, davantage de navires et d’avions ont été déployés pour patrouiller en haute mer et porter secours aux personnes en détresse. En juillet, le taux de mortalité en mer Méditerranée avait considérablement diminué. Mais en l’absence d’itinéraires sûrs et légaux, les bateaux ont continué d’affluer. Des centaines de personnes sont mortes pendant les mois d’été, et des personnes continuent de se noyer aujourd’hui.

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© Michael S Honegger

Un accueil déplorable en Grèce

Alors que les Européens se préparaient pour leurs vacances d’été, nous avons tiré la sonnette d’alarme à propos de la situation dramatique des demandeurs d’asile arrivant par la mer sur les îles grecques de Lesbos et de Kos depuis la Turquie. Sur place, les autorités n’ont pas voulu ou pu fournir à ces personnes les produits de première nécessité (nourriture, eau, toilettes, logement, etc.). 

Depuis, la population locale fait ce qu’elle peut pour aider les milliers de nouveaux arrivants, et ce en dépit de tensions importantes. Mais il était évident que le gouvernement grec n’allait pas pouvoir gérer un tel afflux, et que ses voisins de l’UE auraient dû faire davantage pour l’aider.

Et ce n’est que le 2 septembre, lorsque le corps du petit garçon venu de Syrie Alan Kurdi a été photographié sur une plage turque, que l’opinion publique mondiale s’est intéressée à cette situation dramatique.

Des signes avant-coureurs dans les Balkans

Dès le mois de juillet, nous avions signalé que des réfugiés et des migrants empruntaient des itinéraires dangereux passant par les Balkans, plus précisément par l’ex-République yougoslave de Macédoine, puis par la Serbie et la Hongrie, pour rejoindre l’Europe du Nord. 

Le monde a assisté, incrédule, à des scènes où la police antiémeutes, postée à la frontière entre la Macédoine et la Grèce, a utilisé des grenades incapacitantes pour faire barrage aux réfugiés se dirigeant vers la Serbie. Le 21 août, la frontière était fermée et des renforts militaires étaient déployés.

Nous avons rencontré de nombreuses personnes, notamment des familles avec enfants venues de Syrie, qui avaient marché pendant des jours et des semaines pour se retrouver prises au piège, dans l’incapacité de traverser les frontières légalement, de demander asile, et même d’obtenir de la nourriture ou de trouver un endroit où dormir.

Des heurts en Hongrie

À la fin du mois d’août, la police hongroise a empêché les réfugiés qui étaient en route pour l’Autriche et l’Allemagne de monter à bord des trains. Bloquées à la gare principale de Budapest, certaines personnes ont poursuivi leur route vers le nord à pied, longeant l’autoroute kilomètre après kilomètre et dormant dehors. 

Au début du mois de septembre, une vague d’émotion déferlait sur l’Europe, touchée de plein fouet par l’horreur de la mort du petit Alan Kurdi. Des milliers de personnes se trouvant sur la route depuis des semaines ont alors été accueillies par des fleurs et des ballons en Allemagne. Pendant un bref instant, l’Europe déclarait que les réfugiés étaient bienvenus.

Mais la Hongrie a alors terminé de construire une clôture de barbelés le long de sa frontière et a érigé en infraction pénale toute entrée illégale sur son territoire, et les réfugiés se sont retrouvés piégés à la frontière serbe. La police hongroise a eu recours à des gaz lacrymogènes et à la violence contre eux.

© Matt Cardy/Getty Images

Quelques chiffres sur la crise mondiale des réfugiés et l’Europe

851 319+

C’est le nombre de personnes arrivées en Europe par la mer en 2015 (HCR).

4,3 M+

C’est le nombre de réfugiés syriens répartis dans seulement cinq pays se trouvant à proximité de la Syrie.

84 %

C’est le pourcentage de personnes arrivant par la mer en provenance des 10 pays d’où proviennent le plus de réfugiés (HCR).

Le changement commence avec ces quatre mots :

J’accueille les réfugiés !

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