Russie. La police s’en prend à des manifestant·e·s identifiés grâce à des techniques de reconnaissance faciale

En réaction à la nouvelle de l’arrestation par la police de Moscou de plusieurs militant·e·s et journalistes, après que des techniques de reconnaissance faciale ont permis d’établir qu’ils se trouvaient à un rassemblement pacifique de soutien à Alexeï Navalny le 21 avril, Natalia Zviaguina, directrice du bureau moscovite d’Amnesty International, a déclaré : 

« Les événements viennent de prendre un tour extrêmement inquiétant. La police n’a jusqu’à présent jamais été capable d’aller aussi loin afin d’identifier et de prendre pour cible des manifestant·e·s pacifiques en utilisant les technologies de reconnaissance faciale. La police a arrêté non seulement des personnes ayant participé aux manifestations, mais également au moins trois journalistes qui effectuaient simplement leur travail en couvrant le rassemblement. 

« Avant, le principal danger pour des manifestant·e·s était de se faire frapper et arrêter de manière arbitraire par la police. Désormais, échapper à ce genre de traitement ne signifie pas que vous êtes en sécurité - l’État répressif sait qui vous êtes et peut venir s’en prendre à vous à n’importe quel moment. Jamais les risques liés à une tentative d’exercice du droit à la liberté de réunion pacifique n’ont été aussi élevés. 

Avant, le principal danger pour des manifestant·e·s était de se faire frapper et arrêter de manière arbitraire par la police. Désormais, échapper à ce genre de traitement ne signifie pas que vous êtes en sécurité - l’État répressif sait qui vous êtes et peut venir s’en prendre à vous à n’importe quel moment.
Natalia Zviaguina, directrice du bureau moscovite d’Amnesty International

« Nous réitérons notre appel en faveur de l’interdiction du développement et de l’utilisation de technologies de reconnaissance faciale à des fins d’identification. La répression d’État face à la protestation pacifique en Russie vient de franchir un nouveau seuil. »

Complément d’information 

Ces derniers jours, des policiers se sont rendus au domicile de dizaines de militant·e·s pacifiques ayant pris part au rassemblement en signe de solidarité avec Alexeï Navalny, le 21 avril. Certaines de ces personnes ont été arrêtées sur-le-champ, d’autres ont été convoquées dans des postes de police afin que leur participation « illégale » à des rassemblements non violents soit enregistrée, en prévision d’une audience relative à ces « infractions ».

Le matin du 27 avril, la police s’est rendue chez Alexeï Korostelev, reporter pour TV Dojd, une chaîne d’information indépendante, ainsi que chez Oleg Ovtcharenko, correspondant pour la station de radio Ekho Moskvy, et Alexandre Rogoz, qui travaille pour le journal Komsomolskaïa Pravda.  

Ces trois hommes ont été questionnés au sujet de leur « participation » à l’action de protestation, bien que leur accréditation ait été confirmée et que leurs employeurs respectifs aient indiqué que les journalistes couvraient la manifestation « conformément aux souhaits exprimés par la rédaction ». Les participant·e·s à des manifestations « illégales » risquent jusqu’à 30 jours de prison ou de lourdes amendes, ou peuvent faire l’objet de poursuites pénales et d’une condamnation à une peine d’emprisonnement, selon les charges retenues ou l’existence d’« infractions » antérieures de même type.