Hong Kong. La condamnation des militant·e·s de Tiananmen constitue une « triple tragédie » et un affront à l’histoire

En réaction à la condamnation des militant·e·s ayant organisé des veillées en commémoration de Tiananmen à Hong Kong, Sarah Brooks, directrice régionale adjointe à Amnesty International, a déclaré :

« Pendant la majeure partie des 30 années au cours desquelles les habitant·e·s de Hong Kong ont commémoré la répression de Tiananmen en organisant chaque année une veillée à la lueur des bougies, il aurait été impensable que les organisateurs de cet événement puissent être incarcérés pour leur militantisme pacifique. La condamnation prononcée aujourd’hui illustre à quel point Hong Kong a changé au nom de la  » sécurité nationale « .

« Ces condamnations constituent une triple tragédie : pour les militant·e·s injustement sanctionnés, pour les survivants et les victimes de la répression de Tiananmen, et pour les générations de Hongkongais·e·s privés de tout espace pour discuter de l’un des événements les plus marquants de l’histoire contemporaine de la Chine.

« La persécution des militant·e·s de Tiananmen met en évidence la peur profonde des voix dissidentes qui caractérise le régime fondé sur la  » sécurité nationale  » de Hong Kong. Cependant, on ne renforce pas la sécurité nationale en emprisonnant des personnes qui rendent un hommage pacifique à leurs morts.

« Les autorités doivent penser que le fait de sanctionner des personnalités influentes aura un effet dissuasif sur la population, mais l’histoire démontre que les revendications en faveur de la vérité et de l’obligation de rendre des comptes ne s’évaporent pas simplement parce qu’elles sont érigées en infractions.

« La condamnation prononcée aujourd’hui est une insulte à la mémoire des victimes et un affront à l’histoire. Les militant·e·s de l’Alliance de Hong Kong n’ont commis aucun crime reconnu par le droit international et doivent être libérés immédiatement et sans condition. Il importe de protéger leur droit de faire appel de ces peines de prison iniques. »

Contexte

Le 11 septembre 2026, la Haute Cour de Hong Kong a condamné l’avocate Chow Hang-tung à sept ans et trois mois de prison et son collègue militant de Tiananmen, Lee Cheuk-yan, à sept ans de prison pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État », en vertu de la Loi sur la sécurité nationale de la ville. Albert Ho Chun-yan, qui avait auparavant plaidé coupable du même chef d’accusation, a été condamné à cinq ans et deux mois de prison.

Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan comptaient parmi les sept membres de l’Alliance de Hong Kong pour le soutien des mouvements démocratiques patriotiques en Chine (Alliance de Hong Kong) inculpés en septembre 2021 de différentes infractions en vertu de la loi imposée par Pékin. Tous deux se trouvent en détention provisoire depuis lors, leur demande de libération sous caution ayant été rejetée à plusieurs reprises. Amnesty International les a adoptés comme prisonniers d’opinion.

Amnesty International a fait part à plusieurs reprises de son inquiétude quant au fait que la loi sur la sécurité nationale, promulguée en juin 2020, sert à cibler des organisations de la société civile, des journalistes, des militant·e·s politiques, des universitaires et d’autres, pour des actions qui sont pleinement protégées par le droit international relatif aux droits humains.

Les veillées de Tiananmen commémoraient les événements du 4 juin 1989, lorsque des soldats chinois ont ouvert le feu sur des étudiant·e·s et des travailleurs·euses qui manifestaient pacifiquement en faveur de réformes politiques sur la place Tiananmen et alentour, à Pékin. Des centaines, voire des milliers de personnes ont été tuées. Des dizaines de milliers d’autres ont été arrêtées dans toute la Chine dans le cadre de la répression qui a déferlé.

Au cours des 37 années qui ont suivi, toute discussion concernant cet événement a fait l’objet d’une censure sévère en Chine, et les autorités l’ont de fait effacé de leur version de l’histoire.

Dès le début, il a été interdit de commémorer la répression de Tiananmen en Chine continentale. Mais à Hong Kong, des foules rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes se retrouvaient chaque année au Victoria Park, situé en centre-ville, pour rendre un hommage pacifique aux victimes. Les participant·e·s demandaient régulièrement aux autorités chinoises de révéler la vérité sur ce qui s’était passé et d’assumer la responsabilité de ces atrocités ; pendant 30 ans, le gouvernement local n’est pas intervenu et ne s’y est pas opposé.

La dernière grande veillée organisée par l’Alliance de Hong Kong a eu lieu en 2019. Elle a ensuite été interdite en 2020 et 2021, soi-disant en raison de la pandémie de Covid-19. Depuis, la loi sur la sécurité nationale érige en infraction, dans la pratique, les manifestations pacifiques dans la ville, y compris les commémorations de Tiananmen.