En réaction à la reprise du procès des militant·e·s qui organisaient les veillées pour Tiananmen à Hong Kong, Fernando Cheung, porte-parole d’Amnesty International Hong Kong, a déclaré :
« Alors que débutent les plaidoiries finales dans ce procès, les autorités de Hong Kong doivent reconnaître l’injustice fondamentale au cœur de cette procédure : rendre hommage à des victimes d’atteintes aux droits humains relève de la compassion, et non d’un acte criminel. Le fait de tenir des gens pénalement responsables d’une commémoration pacifique ne fait qu’aggraver l’injustice subie par les victimes de la répression de Tiananmen.
« Tout au long de ce procès, Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan ont fait preuve d’un courage et d’une dignité remarquables face aux poursuites judiciaires. Eux qui n’ont fait qu’exercer légitimement leurs droits fondamentaux lors des commémorations de Tiananmen. »
Sarah Brooks, directrice régionale adjointe à Amnesty International, a déclaré :
« Le dossier de l’accusation s’appuie sur des définitions vagues, générales et arbitraires de la » subversion « . Les autorités doivent abandonner les charges retenues contre Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan, et permettre aux Hongkongais·e·s de commémorer librement les événements du 4 juin 1989 sans craindre de représailles.
« Chow et Lee sont des prisonniers·ères d’opinion, incarcérés uniquement pour avoir exercé leurs droits humains, et ils doivent être libérés immédiatement et sans condition. »
Complément d’information
L’accusation et la défense doivent présenter leurs plaidoiries finales dans le procès des militant·e·s de Tiananmen à Hong Kong à partir du 18 mai 2026.
Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan faisaient partie des membres de l’Alliance hongkongaise de soutien aux mouvements patriotiques et démocratiques en Chine (Hong Kong Alliance) inculpés en septembre 2021 d’« incitation à la subversion de l’État » au titre de la Loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin.
Ils sont maintenus en détention provisoire depuis leur inculpation, leurs demandes de libération sous caution ayant été rejetées à plusieurs reprises, et encourent jusqu’à 10 ans d’emprisonnement s’ils sont déclarés coupables. Amnesty International a désigné ces deux personnes comme prisonnière et prisonnier d’opinion.
Les autorités ont déclaré que la veillée annuelle pour Tiananmen que la Hong Kong Alliance organisait depuis 1990 était la preuve que le groupe « mettait en péril la sécurité nationale ».
Amnesty International a exprimé à plusieurs reprises ses inquiétudes quant au fait que la Loi sur la sécurité nationale de Hong Kong, adoptée en juin 2020, était invoquée pour cibler des groupes de la société civile, des journalistes, des militant·e·s politiques et des universitaires en raison d’actions entièrement protégées par le droit international relatif aux droits humains.
Les veillées de Tiananmen commémoraient les événements du 4 juin 1989, lorsque l’armée chinoise a ouvert le feu sur des étudiant·e·s et des travailleurs·euses qui manifestaient pacifiquement pour des réformes politiques, sur la place Tiananmen à Pékin, et aux alentours. Plusieurs centaines de personnes, voire des milliers, ont trouvé la mort. Des dizaines de milliers d’autres ont été arrêtées à travers la Chine dans le cadre de la répression qui a suivi.
Au cours des 37 années qui se sont écoulées depuis, les débats sur le sujet ont fait l’objet de sévères censures en Chine, les autorités cherchant dans les faits à l’effacer de leur version de l’histoire.
Si la commémoration de la répression de Tiananmen était interdite en Chine continentale, à Hong Kong, des foules atteignant des centaines de milliers de personnes se réunissaient toutefois chaque année dans le parc Victoria, situé dans le centre, afin de rendre un hommage pacifique aux victimes. Les participant·e·s à ces veillées demandaient aux autorités chinoises de révéler la vérité sur ce qui s’est passé et d’assumer la responsabilité des atrocités commises ; le gouvernement local n’est pas intervenu et ne s’est pas opposé à cette pratique.
La dernière grande veillée organisée par l’Alliance hongkongaise de soutien aux mouvements patriotiques et démocratiques en Chine (Hong Kong Alliance) a eu lieu en 2019. En 2020 et 2021, la veillée à Hong Kong a été interdite soi-disant en raison de la pandémie de COVID-19. Depuis lors, la Loi relative à la sécurité nationale criminalise dans les faits les manifestations pacifiques dans la ville, y compris les commémorations de Tiananmen.


