Les autorités tunisiennes doivent libérer le responsable de l’opposition Rached Ghannouchi, annuler ses condamnations et mettre fin aux poursuites à caractère politique qui le visent, marquées par de graves violations du droit à un procès équitable, a déclaré Amnesty International jeudi 10 septembre. Dans l’attente de sa libération, l’organisation les appelle également à lui permettre sans délai d’accéder à des soins médicaux adaptés.
Ce dirigeant du parti Ennahda et ancien président du Parlement, âgé de 84 ans, est détenu arbitrairement depuis son arrestation en avril 2023 et a fait l’objet de multiples poursuites à caractère politique. Les autorités ont engagé au moins 12 procédures pénales distinctes contre lui, qui ont abouti à la prononciation de plusieurs condamnations et de peines d’emprisonnement qui, cumulées, s’élèvent à 107 ans et viennent s’ajouter à une peine de réclusion à perpétuité prononcée contre lui le 1er juin 2026 dans l’affaire de l’« appareil sécuritaire secret ».
« Le dernier jugement rendu à l’encontre de Rached Ghannouchi est la première condamnation à perpétuité d’un responsable politique de premier plan depuis la révolution de 2011 en Tunisie et constitue une nette escalade du recours des autorités à la justice pénale pour s’en prendre à des figures de l’opposition, a déclaré Heba Morayef, directrice régionale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.
« Les procès et poursuites à répétition dont il a fait l’objet montrent à quel point les autorités sont déterminées à étouffer la dissidence politique. Ils révèlent aussi combien le système judiciaire est politisé, au mépris du droit à un procès équitable. »
Les demandes d’Amnesty International font écho aux conclusions du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, qui a estimé dans son avis n° 63/2025 que la détention de Rached Ghannouchi était arbitraire, en invoquant l’absence de base juridique, le non-respect des normes internationales relatives au droit à un procès équitable et la discrimination fondée sur l’opinion politique.
Les différentes condamnations de Rached Ghannouchi ont fait suite à des procédures gravement entachées d’irrégularités, notamment la privation d’accès à une assistance juridique, des procès en son absence sans qu’il en soit avisé et le recours à des vidéos trafiquées, des témoignages anonymes et des accusations dénuées de fondement sans que sa défense ait la possibilité de contester ces éléments. Les poursuites à son encontre – pour des accusations allant d’infractions concernant des propos protégés par le droit à la liberté d’expression à des allégations de délits financiers liées à un don caritatif fait en public en 2016 au Croissant-Rouge tunisien – représentent une violation manifeste de ses droits à la liberté d’expression et d’association, à un procès équitable et à la participation politique.
La détention prolongée de Rached Ghannouchi s’est accompagnée d’une grave dégradation de son état de santé. Il est atteint de la maladie de Parkinson et souffre d’apnée du sommeil et de vives douleurs dans une jambe. Ces problèmes ont été exacerbés par le fait d’être détenu dans des cellules non ventilées lors d’épisodes de chaleur où les températures dépassaient 50 °C. Il a perdu deux fois connaissance lors d’un entretien avec son avocat le 17 juillet et a été hospitalisé cinq fois entre juillet et août 2026. Lors de ses séjours à l’hôpital, les autorités ont interdit arbitrairement les visites de sa famille et de ses avocat·e·s.
« La situation de Rached Ghannouchi illustre le grave recul des droits humains dans le pays depuis que le président Kaïs Saïed est au pouvoir, facilité par l’érosion de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Pendant que le président ne cesse d’accuser publiquement les opposant·e·s politiques et les personnes qui critiquent le gouvernement d’être des “traîtres” ou des “terroristes”, nous voyons la justice devenir de plus en plus subordonnée aux intérêts politiques de l’exécutif », a déclaré Heba Morayef.
Amnesty International demande que les autorités tunisiennes libèrent immédiatement Rached Ghannouchi, arrêtent d’utiliser abusivement le système judiciaire pour cibler des personnalités de l’opposition et respectent les obligations internationales du pays en matière de droits humains.


