Afrique australe. Le COVID-19 utilisé par les États comme prétexte pour intensifier le harcèlement des journalistes et affaiblir les médias

Alors que le COVID-19 continue de se propager en Afrique australe, des gouvernements s’en prennent aux journalistes et aux médias qui critiquent leur gestion de la pandémie, a déclaré Amnesty International à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.

À Madagascar comme en Zambie, des gouvernements sanctionnent pénalement des journalistes et ferment des médias qui selon eux dénoncent leur mauvaise gestion de la situation face à la pandémie de COVID-19.
Deprose Muchena, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International

« À Madagascar comme en Zambie, des gouvernements sanctionnent pénalement des journalistes et ferment des médias qui selon eux dénoncent leur mauvaise gestion de la situation face à la pandémie de COVID-19, a déclaré Deprose Muchena, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International.

« Comme le COVID-19 continue de se propager et que la fin de cette pandémie n'est pas encore en vue, il est plus que jamais nécessaire d’avoir accès à des informations exactes afin de rester informés et en sécurité. Pourtant, dans toute la région, les autorités s’en prennent aux journalistes et aux médias qui critiquent la gestion de la pandémie, sapant ainsi la diffusion d’informations indispensables. »

Des attaques contre le droit à la liberté d'expression et contre la liberté des médias, et la persécution des journalistes qui contestent la gestion par le gouvernement de la crise du COVID-19 sont apparues à Madagascar alors que la pandémie gagnait la région. La directrice de publication et journaliste du Ny Valosoa Arphine Helisoa a été arrêtée et placée en détention provisoire le 4 avril. Elle est accusée d’avoir critiqué dans un article la façon dont le président a mené la riposte nationale face au COVID-19. Elle est toujours incarcérée dans la prison d’Antanimora, à Antananarivo, la capitale du pays. Elle a été inculpée de diffusion de fausses nouvelles et d’incitation à la haine à l’égard du président Andry Rajoelina. Amnesty International demande qu’elle soit remise en liberté immédiatement et sans condition.

Comme le COVID-19 continue de se propager et que la fin de cette pandémie n'est pas encore en vue, il est plus que jamais nécessaire d’avoir accès à des informations exactes afin de rester informés et en sécurité. Pourtant, dans toute la région, les autorités s’en prennent aux journalistes et aux médias qui critiquent la gestion de la pandémie, sapant ainsi la diffusion d’informations indispensables.
Deprose Muchena, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International

En Zambie, les autorités ont fermé la chaîne de télévision indépendante Prime TV le 9 avril, après avoir supprimé sa licence de diffusion. Cette suppression a été ordonnée parce que la chaîne aurait refusé de diffuser des campagnes du gouvernement visant à sensibiliser la population au COVID-19, au motif que le gouvernement lui devait de l’argent pour la diffusion de précédentes annonces de l’État. Prime TV, qui est une chaîne de télévision indépendante, a besoin des recettes publicitaires pour payer les salaires de son personnel et ses coûts de fonctionnement. Les autorités doivent immédiatement annuler la suppression de la licence de diffusion de Prime TV, et permettre à cette chaîne de continuer de diffuser ses programmes sans subir aucune forme de harcèlement ou d’intimidation.

Au Zimbabwe, des journalistes et des vendeurs de journaux ont été arrêtés et victimes de manœuvres d’intimidation dans le cadre de leur travail dans le contexte du COVID-19. Au moins huit journalistes ont subi des ingérences et des manœuvres de harcèlement dans l’exercice de leurs activités. Deux autres journalistes, Nunurai Jena, à Chinhoyi, et Panashe Makufa, à Harare, ont été accusés de travailler sans détenir de carte d’accréditation de journaliste valide, carte qui est normalement délivrée par la Commission des médias du Zimbabwe (ZMC), mais cette Commission n’a pas encore délivré aux journalistes leur carte pour l’année 2020. Les deux journalistes rendaient compte de l’application des mesures de confinement, y compris du maintien de l’ordre. Les manœuvres d’intimidation et de harcèlement exercées contre des journalistes au Zimbabwe ont conduit la section Zimbabwe de l'Institut des médias d'Afrique australe (MISA) à demander à la justice d’ordonner à la police et aux autres services d’application des lois chargés de faire appliquer le confinement pour le COVID-19 de ne pas entraver le travail des journalistes « d’une quelconque manière si cela n’est pas nécessaire ». Cette mesure a été accordée le 20 avril.

Au Swaziland, le 23 avril, la police a arrêté et détenu pendant sept heures Eugen Dube, journaliste et rédacteur en chef du Swati Newsweek Online. Il a été arrêté après avoir écrit un article dans lequel il disait que la politique de santé publique du souverain face au COVID-19 était irresponsable parce que le pays n’avait pas mis en place de mesures de distanciation sociale.

Les autorités auraient tenté de l’inculper d’« écrits malintentionnés » à l’égard du roi Mswati III, ce qui pourrait constituer un acte de haute trahison. Cependant, Amnesty International n’avait pas été en mesure de vérifier de façon indépendante, au moment de la rédaction de ce communiqué, s’il allait être inculpé de trahison. Par ailleurs, la police a mené une perquisition à son domicile et saisi trois smartphones, un ordinateur portable, une tablette ainsi que des documents liés à son travail.

Selon des informations parues dans la presse, le rédacteur en chef du Swaziland News, Zweli Dlamini, serait recherché par la police parce qu’il a annoncé que le roi était malade du COVID-19 ; il ne s’est pas livré à la police. Au Swaziland, des articles ont paru dans la presse indiquant que le roi n’était pas en bonne santé, et il semble que les autorités ont lancé une chasse aux sorcières visant toutes les personnes qui établissent un lien entre lui et le COVID-19.

En Afrique du Sud, une journaliste qui travaille pour le site d’informations News24 a été prise entre deux feux  quand la police a tiré des balles en caoutchouc pour disperser des personnes qui flânaient dans les rues de Yeoville, à Johannesburg, le premier jour du confinement. Azarrah Karrim se trouvait sur place et elle filmait ces événements dans une rue adjacente quand des piétons ont soudain commencé à s’enfuir en courant pour se mettre en sécurité parce que la police tirait sur eux. Dans une vidéo, on entend de multiples coups de feu tirés sur elle, alors qu’elle est en train de crier « je suis des médias » à l’attention de la police.

En Angola et au Mozambique, des journalistes ont été menacés et empêchés de diffuser librement des informations sur les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre la pandémie, ce qui a entraîné des rumeurs et une stigmatisation au sujet du virus circulant sur les réseaux sociaux.

Les autorités de l’Afrique australe doivent respecter le droit à la liberté d'expression et la liberté des médias, cesser de traiter les médias avec mépris, et ouvrir l’espace civique afin que les journalistes puissent faire leur travail librement et en toute sécurité. Le véritable ennemi, c’est le COVID-19, ce ne sont pas les médias.
Deprose Muchena

« Du fait de la chute des recettes publicitaires résultant du COVID-19, de nombreux médias vont avoir du mal à survivre ; si l’on ajoute à cela le harcèlement et la censure exercés par les gouvernements, l’avenir de la liberté des médias et de l’indépendance du journalisme dans la région paraît encore plus sombre, a déclaré Deprose Muchena.

« Il ne peut y avoir de mesures efficaces de lutte contre le COVID-19 que dans un environnement où les droits humains sont respectés et où les médias sont autorisés à mener librement leurs activités. Sans les médias, le public restera dans l’ignorance la plus totale. Les autorités de l’Afrique australe doivent respecter le droit à la liberté d'expression et la liberté des médias, cesser de traiter les médias avec mépris, et ouvrir l’espace civique afin que les journalistes puissent faire leur travail librement et en toute sécurité. Le véritable ennemi, c’est le COVID-19, ce ne sont pas les médias. »