Myanmar. La reconnaissance par l’armée de l’existence d’un charnier démontre qu’il y a eu des exécutions extrajudiciaires de Rohingyas

L’armée birmane a admis mercredi 10 janvier que les forces de sécurité et des villageois avaient tué sommairement 10 Rohingyas capturés et les avaient enterrés dans une fosse commune en-dehors du village d’Inn Din à Maungdaw, dans l’État d'Arakan. En réaction, le directeur d’Amnesty International pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique, James Gomez, a déclaré :

« Cette révélation macabre contraste avec la politique de déni de tout acte illicite adoptée par l’armée jusqu’à présent. Cependant, il s’agit uniquement de la partie émergée de l'iceberg, et des investigations sérieuses et indépendantes doivent être menées pour déterminer quelles autres atrocités ont été commises dans le cadre de la campagne de nettoyage ethnique qui a forcé plus de 655 000 Rohingyas à fuir l’État d'Arakan depuis août dernier.

Cette révélation macabre contraste avec la politique de déni de tout acte illicite adoptée par l’armée jusqu’à présent.
James Gomez, directeur d’Amnesty International pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique

 

« Il est extrêmement choquant que les soldats aient tenté de justifier ces exécutions extrajudiciaires en invoquant le fait qu’ils étaient attendus en renfort ailleurs et qu’ils ne savaient pas quoi faire de ces personnes. Un tel comportement témoigne d’un mépris pour la vie humaine tout simplement incompréhensible.

« Amnesty International et d’autres groupes ont rassemblé des informations qui prouvent de manière accablante que bien au-delà d’Inn Din, dans des villages et des hameaux du nord de l’État d'Arakan, l’armée a assasiné et violé des Rohingyas, et réduit leurs villages en cendres. Ces agissements s’apparentent à des crimes contre l’humanité, et les personnes soupçonnées d’en être responsables doivent être déférées à la justice.

« On ne connaîtra pas l'ampleur exacte des violations et crimes commis contre les Rohingyas et d'autres minorités ethniques tant que la mission d'établissement des faits de l'ONU et d'autres observateurs indépendants ne seront pas autorisés à se rendre librement au Myanmar, et en particulier dans l'État d'Arakan. »

Complément d’information

Jusqu’ici, les forces armées du Myanmar avaient nié toute responsabilité dans les crimes contre l’humanité commis contre les Rohingyas dans le nord de l’État d'Arakan.

Les recherches menées par Amnesty International ont montré que, depuis la fin du mois d’août 2017, les forces de sécurité birmanes ont lancé une campagne de violence ciblée contre la population rohingya. Un grand nombre de femmes, d'hommes et d'enfants ont été tués ; des femmes et des filles rohingyas ont été violées et soumises à d’autres formes de violences sexuelles ; des mines antipersonnel ont été installées, et des villages rohingyas entiers ont été incendiés. Ces violences s’inscrivent dans le cadre d’un long régime d’apartheid soutenu par l’État contre les Rohingyas.

Des images satellite du village d'Inn Din qu’Amnesty International a analysées montrent clairement qu’une zone habitée par des Rohingyas a été entièrement brûlée, tandis que des quartiers non-rohingyas qui se trouvent à côté semblent avoir été épargnés.

Le rapport My World Is Finished rendu public en octobre 2017 par Amnesty International contient le témoignage de sept villageois rohingyas d’Inn Din. Ils décrivent comment l’armée et des miliciens ont envahi le village pendant plusieurs jours à la fin du mois d’août, pillant et incendiant des habitations, tuant les personnes qui s’enfuyaient et visant semble-t-il les hommes rohingyas. L’organisation n’a pas été en mesure de déterminer le nombre des homicides commis à Inn Din.