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Il est temps de financer les organisations dirigées par des réfugié·e·s

par Yasmin Kayali, cofondatrice et directrice de la création à Basmeh & Zeitooneh, une organisation dirigée par des réfugié·e·s au Liban

Au milieu des épreuves et des catastrophes, les organisations dirigées par des réfugié·e·s font une vraie différence pour les réfugié·e·s comme pour les populations locales.

Le 4 août, une terrible explosion a ébranlé le port de Beyrouth, tuant plus d’une centaine de personnes et démolissant maisons, écoles et entreprises sur des kilomètres. Cette catastrophe survient dans la foulée du COVID-19, qui se propage rapidement aujourd’hui, et d’une économie déjà fragilisée. Ici, au Liban, nous sommes fatigués et nous souffrons.

La situation est éprouvante pour tous. Elle est devenue tragique pour certains. Plus de 1,5 million de réfugié·e·s qui avaient trouvé un havre au Liban avaient déjà bien du mal à s’en sortir. N’ayant pas le droit de travailler et leur accès aux services sociaux de base, comme les soins de santé, étant fortement limité, ils ne pouvaient pas reconstruire leurs vies. Aujourd’hui, les réfugié·e·s et les Libanais·e·s sont en butte à une crise humanitaire.

Face à toutes ces difficultés, l’organisation que j’ai cofondée, Basmeh & Zeitooneh (B&Z), est présente. Lorsque le COVID-19 a fait son apparition au Liban, notre personnel a rendu visite aux communautés libanaises et aux communautés de réfugié·e·s pour proposer des sessions de sensibilisation à la santé, a intensifié la production de masques et fourni des centaines de tablettes pour que nos enfants puissent poursuivre l’école, de manière virtuelle. Entre mars et juillet, nous avons distribué des paniers alimentaires, des kits d’hygiène et de l’aide en espèces à plus de 6 000 ménages dans le besoin.

Tandis que la monnaie plonge et que les banques ferment, B&Z reste mobilisée. Si une mère se rend dans l’un de nos centres communautaires en quête d’un emploi, nous lui proposons une formation dans un atelier de broderie par exemple, notre crèche peut prendre soin de son bébé, son cadet s’inscrit dans notre école, son aîné peut recevoir une formation professionnelle et son époux peut postuler pour une subvention destinée à un petit commerce. Ce système global permet à toute la famille de se relever.

Aujourd’hui, alors que nos équipes et nos familles se remettent de leurs blessures, nous sommes dans les rues de Beyrouth pour nettoyer les décombres, distribuer des repas chauds et de l’eau, collecter des fonds pour rénover les habitations et prôner l’accès aux soins de santé pour tous. La survie de notre communauté en dépend.

À certains égards, Basmeh & Zeitooneh est une organisation dirigée par des réfugié·e·s tout à fait classique. Elle a été fondée par quatre militant·e·s syriens – un·e avocat·e, un·e spécialiste du marketing et deux ingénieur·e·s. Nous avons fait ce que font tous les dirigeant·e·s de communautés : mobiliser nos cœurs et nos esprits pour aider nos concitoyen·ne·s. Parce que nous sommes enracinés au sein des communautés affectées, nous comprenons les tenants et les aboutissants des défis quotidiens, nous pouvons mobiliser des ressources de proximité pour soutenir les plus vulnérables et nous adapter rapidement pour répondre aux situations d’urgence.

L’explosion à Beyrouth, le COVID-19 et l’effondrement de l’économie mettent en lumière ce qui a toujours été la réalité : les organisations dirigées par des réfugié·e·s ont des liens, des connaissances et une capacité d’adaptation propices à favoriser la sécurité et la stabilité des communautés.

À d’autres égards, Basmeh & Zeitooneh est atypique. Démarrée comme une modeste initiative de réaction d’urgence dans le sous-sol d’une église libanaise, B&Z est désormais active aux quatre coins du globe – au Liban, en Turquie, au Kurdistan, en Syrie, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Suisse. Au plus fort de son activité, elle soutenait plus d’un million de personnes grâce à divers programmes chaque année et employait plus de 350 personnes – la majorité étant elles-mêmes des réfugié·e·s. Si nous luttons pour obtenir des financements durables, il est indéniable que nous faisons partie du très petit groupe d’organisations dirigées par des réfugié·e·s dans le monde à avoir atteint cette taille.

En réalité, malgré les relations, les connaissances et la souplesse qui leur permettent de faire une énorme différence dans la vie des réfugié·e·s de par le monde, ces organisations sont en butte à des obstacles de taille lorsqu’il s’agit d’obtenir des financements. La plupart des demandes de financement ne prennent pas en compte et ne proposent pas de solutions de rechange correspondant aux réalités sur le terrain (notamment les problèmes bancaires, d’enregistrement et de fluctuation des devises qui nous gangrènent si fortement), se servent de la sous-traitance comme moyen de dicter les programmes et fournissent rarement un financement de base.

L’impact cumulatif de ces pratiques peut s’avérer dévastateur pour les communautés de réfugié·e·s : parfois les seuls programmes disponibles, et souvent les plus fiables, sont gravement sous-financés. En fait, moins de 1 % du financement humanitaire est alloué aux organisations locales. Les organisations dirigées par des réfugié·e·s n’en reçoivent qu’une petite partie.

Lorsque Basmeh & Zeitooneh a pu grandir, c’est en nouant des relations directes avec une poignée de donateurs et d’influenceurs qui ont respecté son identité et ont fait confiance à sa vision. Trop rarement, cette approche a débouché sur un financement de base pluriannuel, nous permettant de croître d’un point de vue stratégique et d’établir une présence soutenue et durable au sein des communautés. En de rares occasions, nous avons été conviés à des tables de prise de décision et avons eu notre mot à dire en matière de stratégie. Ces pratiques doivent devenir la norme si nous voulons garantir la sécurité et la stabilité des communautés de réfugié·e·s dans le monde.

Malgré nos succès et notre mandat, Basmeh & Zeitooneh continue de lutter pour exister. Certaines de nos écoles ne sont financées que jusqu’à l’an prochain. Sans soutien, des centaines d’élèves se retrouveront littéralement à la rue. Et, si les tempêtes de neige annuelles sont prévisibles, chaque année nous devons attendre que les enfants commencent à mourir de froid pour que les fonds affluent. Pour citer un exemple très récent : à la suite de l’explosion dévastatrice au port de Beyrouth, les donateurs ont exprimé le souhait d’une intervention d’urgence globale, tout en restant réticents à contribuer à notre mission de base (frais généraux).

C’est un défi de longue date : nous avons un responsable financier qui gère au moins quatre budgets et un responsable des subventions qui gère plus de 29 partenariats. Nos directeurs techniques gèrent chacun trois pays. C’est déraisonnable et nous savons qu’il existe un meilleur moyen.

À l’occasion de la Journée mondiale humanitaire, Basmeh & Zeitooneh s’associe à Amnesty International, Asylum Access, Independent Diplomat, Local Engagement Refugee Research Network, Open Society Foundations, Oxfam International, Saint Andrew’s Refugee Services (StARS), Young African Refugees for Integral Development (YARID) et Xavier Project pour démontrer qu’il est possible d’allouer les fonds nécessaires aujourd’hui pour soutenir les actions menées par les réfugié·e·s de par le monde.

Grâce à un partenariat stratégique avec NeedsList, les donateurs peuvent se connecter directement et soutenir immédiatement les organisations dirigées par des réfugié·e·s autour du monde qui jouent un rôle crucial pour réagir face au COVID-19 et relever les nombreux défis touchant leurs communautés.

Rejoignez-nous pour soutenir leurs actions et appeler à un soutien accru pour ces organisations.