Union européenne. Les dirigeant·e·s européens doivent réagir avec humanité et solidarité concernant la situation à Ceuta

En amont de la réunion du 4 août des ministres de l’Intérieur des pays de l’Union européenne (UE) portant sur la situation à Ceuta, Dinushika Dissanayake, directrice régionale ajointe pour l’Europe à Amnesty International, a déclaré :

« Nous appelons les dirigeant·e·s européens qui s’apprêtent à se réunir à réagir avec humanité et solidarité concernant la situation à Ceuta, et face à toute augmentation du nombre d’arrivées aux frontières extérieures de l’UE. La réaction initiale de nombreux États européens concernant les événements à Ceuta a été extrêmement préoccupante et dangereuse. Les récents événements ne doivent pas être exploités à des fins politiques pour fermer davantage ou externaliser les frontières, ni servir cyniquement à légitimer la nouvelle politique de l’UE privilégiant l’expulsion.  

Le discours inadmissible qui qualifie d’« invasion » la situation à Ceuta et qui renforce les stéréotypes racistes doit être fermement rejeté

Dinushika Dissanayake, Amnesty International

« Au moins 72 personnes ont tragiquement perdu la vie en tentant d’entrer en Europe dans l’espoir d’un avenir meilleur. Les dirigeant·e·s européens doivent veiller à ce que leur réaction concernant la situation à Ceuta ne perpétue pas la discrimination. Le discours inadmissible qui qualifie d’« invasion » la situation à Ceuta et qui renforce les stéréotypes racistes doit être fermement rejeté.

« Les scènes auxquelles nous assistons sont le résultat des tentatives persistantes de l’Europe visant à fermer et à externaliser ses frontières au lieu d’investir dans des voies sûres et légales.

« De plus, les manœuvres politiques visant à attribuer la flambée du nombre d’arrivées au programme de régularisation espagnol, qui a pris fin le 30 juin, sont infondées et visent honteusement à semer la peur au sujet des politiques migratoires qui ne sont pas axées sur l’endiguement et l’expulsion. Les programmes de régularisation constituent un outil important et couramment employé de gestion des migrations, utilisé pour garantir aux personnes concernées un accès continu aux droits et aux services. Ces programmes sont appliqués depuis de nombreuses années dans plusieurs pays européens par des gouvernements de différentes tendances politiques.

« Les États ont la responsabilité de gérer leurs frontières avec humanité et d’éviter de mettre les personnes en danger. Les autorités espagnoles et marocaines doivent garantir l’accès au système d’asile à celles et ceux qui en font la demande, s’abstenir de procéder à des expulsions collectives, qui sont toujours illégales, fournir une aide humanitaire d’urgence aux personnes qui en ont besoin et respecter leurs droits humains quel que soit leur mode d’arrivée, sans discrimination. »  

Complément d’information

Les autorités de Ceuta ont déclaré que plus de 60 000 personnes, selon les estimations, ont franchi la frontière, dont 48 000 seraient retournées au Maroc. L’Espagne a déployé des unités de l’armée à Ceuta pour prêter main-forte à la police et à la Garde civile.

Selon certaines informations, des milliers de personnes dorment dans la rue.

Amnesty International va continuer de suivre la situation afin de surveiller si des atteintes aux droits humains sont commises telles qu’un recours excessif à la force ou des violations de l’obligation de « non-refoulement ».

Le 31 juillet, Amnesty International Espagne a publié cette déclaration.