Ouzbékistan : voie express vers la torture

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Des centaines de personnes réfugiées, en quête d’asile ou migrantes en Russie sont renvoyées de force en Ouzbékistan, où elles sont torturées.

Des dizaines de personnes parties chercher refuge en Russie ont été enlevées par des agents des forces de sécurité russes, qui les ont forcées en plein jour à monter dans une voiture, leur ont mis un sac sur la tête et ont collaboré avec des agents des forces de sécurité ouzbeks pour les renvoyer en Ouzbékistan.

Dans ce pays, la torture est monnaie courante. Les personnes renvoyées là-bas reçoivent des coups de pied dans les dents, ont les côtes brisées, et sont rouées de coups jusqu’à ce qu’elles « avouent ». Leurs « aveux » sont ensuite utilisés devant les tribunaux pour les condamner.

Dites aux autorités russes d’enquêter sur les enlèvements de demandeurs d’asile ouzbeks.

Les proches d’une victime de torture
Ils lui ont cassé presque toutes les dents à coups de pied... Il n’a plus que de petites esquilles qui dépassent des gencives.

Un jeune père enlevé et torturé

Mirsobir Khamidkariev, jeune producteur de cinéma, cherchait à obtenir l’asile en Russie quand il a été enlevé en plein jour et renvoyé en Ouzbékistan, où il a été torturé.

En 2014, par une agréable journée d’été, le producteur de cinéma ouzbek Mirsobir Khamidkariev, alors âgé de 35 ans, était assis dans un taxi devant une pharmacie de Moscou. Il attendait sa femme, qui achetait des médicaments pour leur fils de sept mois.

Soudain, deux hommes sont montés dans le taxi et ont obligé le conducteur à rouler rapidement.

Quand le taxi s’est enfin arrêté, les deux hommes, des agents des forces de sécurité russes, ont conduit Mirsobir dans un sous-sol, lui ont mis un sac sur la tête et l’ont roué de coups pendant le reste de la journée. Le lendemain, ils l’ont emmené à l’aéroport, où des agents des forces de sécurité ouzbeks l’attendaient sur le tarmac. Mirsobir a été renvoyé en Ouzbékistan, où il a été torturé.

En Ouzbékistan, des membres des forces de sécurité ont torturé Mirsobir Khamidkariev pendant les deux mois qui ont suivi. Ils l’ont roué de coups, lui cassant les dents et les côtes, jusqu’à ce qu’il fasse des « aveux » qui ont été utilisés contre lui.

Condamné sur la base de ces « aveux » à huit ans de prison pour des infractions « contre l’État », Mirsobir Khamidkariev a été envoyé dans un camp de prisonniers isolé, où il se trouve encore aujourd’hui. Il n’a jamais eu la possibilité de dénoncer son enlèvement.

Le procès de Mirsobir Khamidkariev n’était pas équitable et depuis qu’il a été torturé cet homme n’a pas été autorisé à bénéficier des soins médicaux dont il a besoin. Les autorités russes n’ont pas mené d’enquête efficace sur son enlèvement. Et ce n’est pas le seul demandeur d’asile venu d’Ouzbékistan à avoir été enlevé en Russie pour être remis aux autorités ouzbèkes et torturé. Ils sont des dizaines dans ce cas.

LES CHIFFRES

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Nombre d'années au pouvoir pour le président Karimov

« Erkin, mon fils, savait écouter et faire preuve de compassion. »

« Il a fait de son mieux pour aider ses proches, sa famille, ses amis et collègues. Il était instruit, professionnel et travaillait dur. Il n’aimait pas la flatterie, il était toujours franc et honnête et, de ce fait, il est parfois tombé en disgrâce vis-à-vis de ses supérieurs. Mais les gens ont été vraiment choqués quand ils ont appris ce qui lui était arrivé. »

En 2006, Erkin Moussaïev a été arrêté alors qu'il montait à bord d'un vol pour le Kirghizistan, où il devait participer à une conférence dans le cadre de son travail avec le Programme de développement des Nations unies. Il soutient qu'un fichier contenant des informations sensibles avait été dissimulé dans ses bagages.

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© Amnesty International
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Pas de justice pour les familles

Après son arrestation, Erkin a été détenu pendant plusieurs semaines sans contact avec le monde extérieur. Les membres de sa famille ne savaient ni où il se trouvait, ni s’il était encore en vie. Il leur a fallu attendre quatre mois avant de le revoir. Aïdjan Moussaïev, son père, un ancien professeur de géologie âgé de 81 ans, expose les faits.

« Pendant que nous le recherchions, Erkin était torturé sauvagement. Pendant un mois, il a été battu le jour et interrogé la nuit. On lui a dit que sa famille l’avait dénoncé. Il a été contraint de signer des « aveux » où il reconnaissait être un espion. »

« Les mots ne peuvent pas exprimer ce que nous avons ressenti à l'époque. Du chagrin, de la colère, de l’incompréhension et de la douleur. Après avoir découvert ce qui s’était réellement passé, notre colère s’est encore renforcée et nous voulions la justice. »

Par l’intention de quelqu'un, mon fils a perdu neuf précieuses années de sa vie. En tant que père, je dois défendre mon fils accusé à tort et exiger la justice.
Aïdjan Moussaïev, père d’Erkin

Actuellement, Erkin est toujours en prison et son état de santé se dégrade rapidement. « Ces neuf ans d’emprisonnement l’ont profondément altéré. Les tortures et les pressions psychologiques l’ont vieilli et il a besoin d’un suivi médical sérieux. En prison, au mieux, on lui donne de l'aspirine. Sinon, on l’ignore tout simplement. Écrivez pour exiger sa libération

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Un agent de la sécurité à un ancien détenu
Les gens qu’on amène ne sont jamais innocentés ni libérés. Toute personne qui comparaît ici est déclarée coupable. Ils doivent plaider coupables.

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