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Algérie. Des membres de la minorité religieuse ahmadie doivent être libérés

Les autorités algériennes doivent, immédiatement et sans condition, libérer trois fidèles de la religion ahmadie de la paix et de la lumière, arrêtés au début de la semaine uniquement pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté de culte, et abandonner toutes les charges retenues contre eux, a déclaré Amnesty International ce dimanche 12 juin.

Les autorités doivent également abandonner toutes les charges pesant sur 21 autres hommes appartenant à cette minorité, qui ont été remis en liberté dans l’attente des résultats d’une enquête à leur encontre.

Le 6 juin 2022, le tribunal de première instance de Bejaia a inculpé ces 24 hommes, qui se réclament de l’ahmadisme, de « participation à un groupe non autorisé » (article 46 de la Loi relative aux associations) et de « dénigrement de l’islam » (article 144 bis 2 du Code pénal algérien). Le juge a ordonné le placement immédiat en détention de trois de ces hommes, et a remis les autres en liberté dans l’attente des résultats d’un complément d’enquête. Leur avocat a fait appel de cette décision le 8 juin.

« Les autorités algériennes sont juridiquement tenues de respecter, protéger, promouvoir et réaliser le droit à la liberté de culte de quiconque dans le pays, y compris des personnes dont les croyances religieuses diffèrent de celles de la majorité. Il est inacceptable qu’un groupe de personnes se retrouve derrière les barreaux uniquement pour la pratique de sa foi ou pour ses croyances », a déclaré Amna Guellali, directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

« Les autorités algériennes doivent, immédiatement et sans condition, libérer les trois hommes actuellement détenus, et abandonner toutes les charges qui pèsent sur eux et sur 21 autres fidèles de la religion ahmadie de la paix et de la lumière. »

Redouane Foufa, coordonnateur des fidèles de cette minorité à Bejaia, avait dit à Amnesty International avant d’être arrêté que les autorités algériennes les intimidaient et les harcelaient à Bejaia depuis le mois d’avril 2022. Elles les ont interrogés sur leurs croyances religieuses et ont saisi leurs passeports, téléphones et ordinateurs portables le 2 avril. Elles ont restitué les passeports le 7 juin, mais ont conservé les appareils électroniques.

Le 5 juin, la police de Bejaia a retenu en garde à vue les 24 membres du groupe durant 13 heures. Elle a soumis les adultes à interrogatoire, les a pris en photo et a relevé leurs empreintes digitales.

Selon Nadia Saliba, membre de cette minorité et épouse de Khireddine Ahman, actuellement détenu, un des policiers les a accusés de trahir l’islam et a dit qu’ils ne méritaient pas d’avoir des droits en tant que citoyens. Les membres du groupe ont été informés qu’ils comparaîtraient devant le tribunal le lendemain matin, et qu’il était interdit à leurs enfants de fréquenter les écoles algériennes jusqu’à l’année prochaine.

Le 6 juin, les 24 hommes ont passé 14 heures devant le tribunal, puis trois d’entre eux – Redouane Foufa, coordonnateur du mouvement à Bejaia, ainsi que Khireddine Ahman et Cherif Mohamed Ali – ont été inculpés et envoyés dans la prison d’Oued Ghir, à Bejaia.

Le courant de la religion ahmadie de la paix et de la lumière a été créé en 1993. Il suit les enseignements de l’imam Mahdi et considère l’imam Ahmed al Hassan comme son guide spirituel. Il compte actuellement quelque 70 fidèles en Algérie.

Il est inacceptable qu’un groupe de personnes se retrouve derrière les barreaux uniquement pour la pratique de sa foi ou pour ses croyances

Amna Guellali, Amnesty International

D’après Hadil El Khouly, un des porte-parole de ce courant religieux, les membres du groupe de Bejaia ont été interrogés par la police à 10 reprises au total ces trois derniers mois.

Redouane Foufa, au cours d’un entretien réalisé avec Amnesty International avant son arrestation, a dit qu’une trentaine de soldats avaient fouillé la maison qu’il partage avec les membres du groupe et saisi des documents tels que des cartes d’identité et des passeports, ainsi que des téléphones et des ordinateurs portables.

Youssra Bezai, une femme qui fait également partie de ce groupe religieux minoritaire, a dit à Amnesty International : « Nous vivions tranquillement dans notre maison. Nous n’avons jamais cherché à faire en sorte que nos croyances se répandent à l’extérieur. C’est eux qui sont venus chez nous et qui ont violé notre vie privée et nos droits. »