Venezuela. Les crimes contre l’humanité commis dans le pays requièrent une réponse ferme de la justice internationale

Les exécutions extrajudiciaires ciblées, les détentions arbitraires et les morts et blessures résultant d’une utilisation excessive de la force auxquelles le gouvernement de Nicolás Maduro a recours de manière systématique et généralisée depuis au moins 2017 peuvent constituer des crimes contre l’humanité, a déclaré Amnesty International le 14 mai dans son nouveau rapport intitulé Hambre de justicia: crímenes de lesa humanidad en Venezuela sobre los hechos ocurridos en Venezuela en finales de enero de 2019.

« Comme nous le dénonçons depuis des années, une politique systématique de répression des dissident·e·s ou des personnes perçues comme telles pour avoir simplement manifesté est menée au Venezuela, et le gouvernement de Nicolás Maduro devra être amené à rendre des comptes pour ces agissements devant la justice internationale », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice pour les Amériques à Amnesty International.

« Nous appelons tous les États à manifester de toute urgence leur soutien sans équivoque aux victimes de ces agissements et à faire en sorte que ces crimes ne restent pas impunis. La communauté internationale ne peut pas tourner le dos aux victimes de cette crise sans précédent, tant au Venezuela qu’à l’étranger. »

Il y a une forte demande de justice face aux graves atteintes aux droits humains, au manque d’accès aux médicaments et à l’alimentation et à la violence généralisée au Venezuela. Les probables crimes contre l’humanité que les autorités ont commis ne peuvent pas rester impunis.
Erika Guevara Rosas, directrice pour les Amériques à Amnesty International

Les crimes de droit international et les atteintes aux droits humains commis en janvier ont été menés à bien de manière cohérente dans presque tout le pays, avec une solide coordination entre les différentes forces de sécurité opérant tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle des États. Ces violences n’ont pas été menées au hasard ni de manière isolée, et s’inscrivaient au contraire dans le cadre d’une attaque préalablement planifiée et organisée par les forces de sécurité contre des personnes identifiées ou perçues comme dissidentes, particulièrement dans des zones très marginalisées, et elles avaient pour but de neutraliser ou d’éliminer ces personnes.

Les autorités, jusqu’au plus haut niveau de hiérarchie, y compris Nicolás Maduro, étaient au fait de ces agissements publics et avérés, et n’ont pris aucune des mesures nécessaires pour les empêcher ou pour ouvrir des enquêtes à ce sujet. Amnesty International considère par conséquent que la dissimulation de ces agissements et des violences commises par la suite était un élément de la politique de répression.

Compte tenu de la gravité des attaques de janvier, du nombre de victimes qu’elles ont fait, de la période à laquelle elles ont été menées et du lieu où elles ont été perpétrées, dans le cadre d’une coordination de plusieurs forces de sécurité, ainsi que de l’existence d’éléments indiquant que des faits similaires se sont produits entre 2014 et 2017, Amnesty International considère qu’il est possible que des crimes contre l’humanité aient été commis au Venezuela, ce qui doit être déterminé par une instance de justice indépendante et impartiale.

Amnesty International recommande la création d’une commission d’enquête par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU lors de sa prochaine session en juin et juillet 2019. En outre, l’organisation recommande l’activation de la compétence universelle de la part des pays qui se préoccupent réellement de la situation dans le pays, ainsi que l’évaluation et l’examen de ces agissements par le Bureau du procureur de la Cour pénale internationale, qui a ouvert une enquête préliminaire sur le Venezuela en 2018.

La grave détérioration des conditions de vie et les atteintes systématiques aux droits économiques, sociaux et culturels continuent de toucher la majorité de la population au Venezuela, et ont forcé plus de 3,7 millions de personnes à fuir le pays. Au moins trois millions de personnes se trouvent dans d’autres pays d’Amérique latine et des Caraïbes, et nombre d’entre elles ont besoin d’une protection internationale.

« Il y a une forte demande de justice face aux graves atteintes aux droits humains, au manque d’accès aux médicaments et à l’alimentation et à la violence généralisée au Venezuela. Les probables crimes contre l’humanité que les autorités ont commis ne peuvent pas rester impunis », a déclaré Erika Guevara Rosas.

« Tant qu’il n’existera pas de voie claire vers la vérité, la justice et les réparations, le Venezuela restera enlisé dans cette grave crise des droits humains et cette répression que nous observons depuis longtemps. Les faits qui se sont déroulés au début de l’année 2019 et fin avril 2019 en sont la preuve. »

Complément d’information

Amnesty International a mené une mission d’enquête en février 2019, dans le cadre de laquelle elle s’est entretenue avec des dizaines de victimes de crimes de droit international et de graves atteintes aux droits humains perpétrés principalement du 21 au 25 janvier, période pendant laquelle des manifestations de masse ont eu lieu dans tout le pays contre le gouvernement de Nicolás Maduro.

L’enquête démontre également l’inquiétant virage de la politique de répression menée par le gouvernement de Nicolás Maduro contre les personnes qui s’opposent à lui, dont la majorité appartient à des populations à faibles revenus.

La communauté internationale ne peut pas tourner le dos aux victimes de cette crise sans précédent, tant au Venezuela qu’à l’étranger.
Erika Guevara-Rosas

Du 21 au 25 janvier, dans 12 des 23 États du pays, au moins 47 personnes sont mortes dans le cadre des manifestations, toutes abattues par des tirs d’armes à feu. Au moins 33 de ces personnes sont mortes aux mains d’agents des forces de l’État, et six ont été tuées par d’autres acteurs agissant avec l’aval des autorités pendant les manifestations. Onze des personnes ayant perdu la vie ont été exécutées de manière extrajudiciaire, et Amnesty International a examiné en détail les cas de six de ces personnes et les a présentés dans ce rapport.

Au cours de ces cinq jours, plus de 900 personnes ont été arrêtées arbitrairement dans presque tous les États du pays. Environ 770 de ces personnes, parmi lesquelles des enfants et des adolescent·e·s, ont été arrêtées le 23 janvier, date à laquelle des manifestations ont été organisées au Venezuela.

Depuis 2014, Amnesty International rassemble des informations sur les méthodes et la politique de répression du gouvernement de Nicolás Maduro, qui s’appuient notamment sur un recours excessif à la force, des traitements cruels et inhumains et des actes de torture contre des manifestant·e·s, afin de neutraliser la contestation sociale. L’organisation a identifié et dénoncé les détentions arbitraires motivées par des considérations politiques qui ont eu lieu au cours de toutes les années du gouvernement de Nicolas Maduro, et a analysé 22 cas emblématiques et identifié au moins six prisonniers d’opinion.

Amnesty International a également dénoncé au moins 8 000 exécutions extrajudiciaires commises par les forces de sécurité entre 2015 et 2017, dont huit ont fait l’objet d’un examen approfondi et ont révélé des pratiques similaires d’attaques contre de jeunes hommes en situation de pauvreté. Toutes ces informations ont permis à l’organisation d’établir la nature systématique et généralisée des événements de janvier 2019 contre la population civile.