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Le pouvoir de l'insistance

Par Kristin Hulaas Sunde

Prisonnier politique, Albin Kurti a assuré sa propre défense devant un tribunal en s’aidant du manuel d’Amnesty Pour des procès équitables et a été remis en liberté. À l’occasion de la publication de la nouvelle édition du manuel, ce 9 avril, il nous a raconté son histoire.

Prisonnier politique, Albin Kurti a assuré sa propre défense devant un tribunal en s’aidant du manuel d’Amnesty Pour des procès équitables et a été remis en liberté. À l’occasion de la publication de la nouvelle édition du manuel, ce 9 avril, il nous a raconté son histoire.

« VETËVENDOSJE! manifestait pacifiquement contre le plan Ahtisaari pour l’avenir du Kosovo en 2007, nous a-t-il relaté. Nous pensions qu’il était néfaste et qu’il allait aggraver la misère sociale.

« La police de la MINUK nous a tiré dessus avec des balles en caoutchouc. Certaines personnes ont été touchées au visage. Deux manifestants sont morts et plus de 80 ont été blessés. Plusieurs militants, dont moi-même, ont reçu des coups de poing et de pied et ont été aspergés de gaz poivre. Une femme a été assommée. Au total, 16 d’entre nous ont été arrêtés et placés en détention.

« Étant le leader du mouvement, j’étais une cible. J’ai passé cinq mois en prison et cinq autres assigné à résidence. Je n’ai été interrogé qu’une fois, pendant une demi-heure. La priorité était de m’isoler, et non d’enquêter sur mes agissements. Mes conditions de détention laissaient à désirer ; j’ai été classé prisonnier de “catégorie A” et détenu avec des gens qui purgeaient des peines allant de 25 à 30 ans.

« Quand mon procès a débuté, un ami m’a donné le manuel d’Amnesty International Pour des procès équitables. Je l’ai lu d’un bout à l’autre et j’ai commencé à ne plus me considérer seulement comme un militant politique victime de l’injustice du système, mais aussi comme un être humain, avec des droits et des libertés. Cela m’a donné les outils nécessaires pour ma lutte.

« Mon procès était entaché de nombreuses irrégularités, notamment le fait que tous les avocats de la défense étaient désignés par la MINUK. Autrement dit, la MINUK me poursuivait, me jugeait et me défendait en même temps. J’ai donc refusé l’avocat qu’on me proposait pour m’assister et j’ai fini par assurer ma propre défense.

« Le manuel Pour des procès équitables m’a fait prendre conscience qu’il existait une multitude de cas analogues au mien dans le monde entier. J’en ai tiré de nombreux enseignements précieux. J’ai également constaté que des lois et dispositifs de protection des droits humains m’avaient été refusés. Le manuel m’a permis de bien mieux me préparer à interroger les témoins à charge et à suivre les audiences.

« Au bout du compte, sept avocats différents ont renoncé à me défendre lorsqu’ils se sont aperçus qu’il s’agissait d’un procès “pour l’exemple”. Leur désobéissance civile m’a libéré.

« Le groupe Top Media m’a élu “personnalité de l’année” en 2011. La même année, VETËVENDOSJE! remportait 14 sièges aux élections législatives du Kosovo, preuve du succès que rencontre notre mouvement.

« Ma détention et mon procès m’ont aidé à mieux comprendre les mécanismes internationaux à l’œuvre au Kosovo et à me battre plus efficacement. Aux autres militants, j’ai envie de dire : Organisez-vous, agissez et ne sous-estimez jamais le pouvoir de l’insistance. »

Cet article est paru initialement dans LE FIL, le magazine mondial de campagne d’Amnesty.