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Inde. La multiplication des homicides illégaux dans le territoire de Jammu-et-Cachemire met en lumière l’absence de protection des minorités

Les autorités indiennes doivent ouvrir sans délai une enquête indépendante et impartiale sur les récents homicides illégaux de civils commis par des groupes armés au Cachemire, a déclaré Amnesty International vendredi 10 juin. Les meurtres de trois personnes issues de la minorité hindoue la semaine dernières s’ajoutent aux violences subies depuis longtemps par les civils dans cette région, qui se sont multipliées depuis la révocation unilatérale de son statut spécial d’autonomie par le gouvernement indien, le 5 août 2019.

« Les autorités indiennes doivent prendre des mesures urgentes pour protéger la population du Cachemire. Depuis plusieurs décennies, les habitant·e·s du territoire de Jammu-et-Cachemire souffrent des graves atteintes aux droits humains commises à la fois par des agents gouvernementaux et non gouvernementaux. L’impunité flagrante avec laquelle les droits humains de la population cachemirie sont systématiquement méprisés par les autorités indiennes doit cesser si nous voulons faire en sorte que les droits des victimes soient respectés et que ces violations à l’encontre des civils ne se répètent pas indéfiniment », a déclaré Aakar Patel, directeur exécutif d’Amnesty International Inde.

Les autorités indiennes doivent prendre des mesures urgentes pour protéger la population du Cachemire

Aakar Patel, directeur exécutif d’Amnesty International Inde

Selon des informations parues dans les médias, au moins 19 civil·e·s ont été tués depuis janvier 2022, dont sept faisaient partie de la minorité hindoue. Parmi ces personnes se trouvaient une enseignante, un commerçant, des fonctionnaires et un travailleur journalier. D’après le gouvernement indien, entre août 2019 et novembre 2021, 87 civil·e·s ont été tués par des groupes armés dans le territoire de Jammu-et-Cachemire. De plus en plus de membres de la minorité hindoue fuiraient désormais leur domicile par crainte des menaces croissantes pesant sur leur vie, car les groupes armés les ciblent en les accusant de « collaborer » avec le gouvernement.

« Depuis 2019, les autorités indiennes punissent collectivement la population du Cachemire sous couvert de “lutte antiterroriste”. La récente série d’attaques visant des personnes civiles soulève toutefois d’autres questions quant aux actions du gouvernement comprenant la répression brutale des manifestations pacifiques dans la vallée, notamment celles organisées dernièrement par les Pandits du Cachemire qui ont essuyé des coups de matraque et des tirs de grenades lacrymogènes. La répression implacable de personnalités politiques, de journalistes et de militant·e·s des droits humains, ainsi que la suppression de la commission des droits humains du territoire de Jammu-et-Cachemire, ne font que museler encore davantage les voix indépendantes et laissent la population sans solution appropriée », a déclaré Aakar Patel.

Depuis la révocation du statut spécial du territoire de Jammu-et-Cachemire en 2019, les autorités indiennes ont arrêté de nombreux défenseur·e·s des droits humains, dont des journalistes et des militant·e·s, en invoquant la Loi relative à la prévention des activités illégales (UAPA), première loi antiterroriste adoptée dans le pays. Dans le même temps, au moins 36 journalistes ont fait l’objet d’interrogatoires, de descentes de police, de menaces ou d’agressions physiques en raison de leur travail. Selon l’ONG Access Now, la population du territoire de Jammu-et-Cachemire a subi au moins 85 coupures d’Internet en 2021 – l’un des nombres les plus élevés au monde. Ces coupures ont été imposées pendant de longues périodes en violation d’une décision de la Cour suprême indienne ayant statué que les coupures d’Internet doivent répondre à des critères de nécessité et de proportionnalité. Cette organisation de défense des droits numériques estime que les coupures imposées s’inscrivaient dans le cadre de la « lutte antiterroriste ».

Bien que les autorités indiennes affirment que la situation sécuritaire s’est nettement améliorée dans le territoire de Jammu-et-Cachemire, la Loi de 1958 relative aux pouvoirs spéciaux des forces armées est toujours en vigueur. Les forces de sécurité indiennes sont officiellement déployées pour protéger les civils, garantir la sécurité nationale et lutter contre les violences commises par les groupes armés. Cependant, au nom d’opérations de sécurité, ces agents se sont au fil du temps rendus coupables d’un grand nombre de graves violations des droits humains – dont des actes de torture, des viols et des exécutions extrajudiciaires – qui restent impunies. L’absence de suite donnée à ces violations bafoue le droit des victimes à réclamer la justice et à bénéficier de voies de recours, pourtant inscrit dans la Constitution indienne et le droit international relatif aux droits humains.

« Il est encore temps pour le gouvernement indien de prendre des mesures décisives pour créer une société inclusive et sûre, au lieu de colporter une fausse idée de normalité dans la région et d’encourager d’autres atteintes aux droits humains. Tant qu’il ne les aura pas prises, son échec historique à protéger la population du Cachemire continuera d’alimenter de cycle incessant ce violations et d’impunité », a déclaré Aakar Patel.

L’échec historique du gouvernement indien à protéger la population du Cachemire continuera d’alimenter de cycle incessant ce violations et d’impunité

Aakar Patel