Les dirigeants réunis à Londres doivent élaborer un accord porteur de réels changements pour les réfugiés syriens et les pays d'accueil

Les dirigeants du monde réunis à Londres cette semaine pour une conférence de haut niveau sur la Syrie doivent conclure un accord portant sur plusieurs milliards de dollars, ambitieux et porteur de réels changements, pour les réfugiés syriens et les pays qui les accueillent dans la région, a déclaré mercredi 3 février 2016 une coalition mondiale de plus de 90 organisations humanitaires et de défense des droits humains. 

La coalition, qui englobe des organisations comme Malala Fund, Oxfam et Amnesty International, a déclaré que pour que cette conférence, coprésidée par le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Norvège, le Koweït et l'ONU, soit une réussite, elle doit déboucher sur un plan d’action ambitieux pour les réfugiés syriens et les populations qui les accueillent.  

Alors que la crise syrienne entre dans sa 6ème année et que les souffrances engendrées atteignent une ampleur et une intensité inégalées, les belligérants continuent de commettre des crimes de guerre, notamment en assiégeant des villes et en prenant pour cibles des civils. Sur le territoire syrien, 13,5 millions de personnes ont besoin immédiatement d'une aide d'urgence ; en moyenne, 50 familles syriennes ont dû quitter leur foyer chaque heure de chaque jour depuis que le conflit a éclaté en 2011.  

« Promettre plus d'argent ne suffira pas, même si les besoins financiers sont criants, a déclaré Rouba Mhaissen, fondatrice de Sawa for Development and Aid. La conférence de Londres doit marquer une rupture dans la réponse de la communauté internationale, en termes d'ampleur et d'ambition. Après cinq ans de crise, il est temps d'aller au-delà d'une assistance humanitaire prodiguée au compte-gouttes. Les gouvernements doivent faire davantage pour aider les Syriens à vivre dans la dignité et à reconstruire leurs vies, et pour soulager les tensions exercées sur les populations d'accueil dans les pays voisins. Les droits des réfugiés doivent être respectés, et ils doivent avoir la possibilité de travailler et d'éduquer leurs enfants. » 

La conférence de Londres doit marquer une rupture dans la réponse de la communauté internationale, en termes d'ampleur et d'ambition.
Rouba Mhaissen, fondatrice de Sawa for Development and Aid

Précisément, la coalition demande aux participants à la conférence d'allouer un financement pluriannuel important, de créer de nouveaux partenariats entre gouvernements, institutions financières, secteur privé et société civile, et de poser les fondations de la reprise et de la croissance futures. Ils doivent remédier aux principales causes de la crise humanitaire en Syrie, notamment les attaques menées sans discrimination, les tactiques de siège et le blocage de l'aide humanitaire.   

« Les Syriens sont plongés dans une guerre sans loi et dans une guerre sans fin, a déclaré David Miliband, président et PDG de l'International Rescue Committee. Les scènes d’horreur qui nous sont récemment parvenues de la ville assiégée de Madaya et la pression croissante sur les États voisins doivent inciter les dirigeants politiques à agir. La souffrance continue du peuple syrien doit pousser la communauté internationale à apporter une aide humanitaire afin d'y remédier et à mener une action politique en vue de mettre fin au conflit. » 

L'ONU lance un appel de fonds à hauteur de 7 milliards d'euros pour répondre à la crise syrienne, alors que les plans nationaux des gouvernements de la région nécessitent 1,1 milliards supplémentaires. Or, en 2015, les appels de l'ONU ont été financés à moins de 60 %. Les participants à la conférence doivent faire mieux cette année, et veiller à ce que l'ONU et les pays d'accueil obtiennent les fonds dont ils ont besoin pour venir en aide aux personnes touchées par le conflit, aujourd'hui et dans les années qui viennent. À ces fonds doivent s'ajouter des investissements du secteur privé et l'engagement des institutions financières de stimuler la croissance économique et de créer des emplois.  

Un effort collectif colossal est nécessaire pour aider à stabiliser les économies de la région, particulièrement celles du Liban et de la Jordanie.
Ahmad Tarakji, président de Syrian American Medical Society (SAMS)

« Un effort collectif colossal est nécessaire pour aider à stabiliser les économies de la région, particulièrement celles du Liban et de la Jordanie, a déclaré Ahmad Tarakji, président de Syrian American Medical Society (SAMS). Les réfugiés syriens ont besoin d'espoir et doivent pouvoir construire leur propre avenir. Il faut respecter leurs droits et leur donner la possibilité de travailler et d'éduquer leurs enfants. Par ailleurs, l'augmentation de l'aide ne décharge pas les pays non-voisins de la Syrie de leur responsabilité, à savoir accorder la priorité à la protection des civils et à la fin du conflit en Syrie, réinstaller des réfugiés syriens et garantir des voies sûres et légales pour ceux qui souhaitent demander l’asile en Europe. » 

Selon la coalition, tout accord conclu à l'issue de la conférence doit :  

  • prévoir un financement pluriannuel supplémentaire, afin de répondre aux besoins immédiats et à long terme des réfugiés et des pays qui les accueillent ; 
  • demander le renforcement de la protection des civils à l'intérieur et à l'extérieur de la Syrie, notamment la fin des attaques dirigées contre les habitations, les écoles et les centres médicaux, et l'abandon des tactiques de siège et des obstacles à l'aide humanitaire ; 
  • permettre aux pays qui accueillent des réfugiés de lever les obstacles qui leur barrent l'accès à l'emploi et à des services de base, comme les soins médicaux ;
  • prendre l'engagement de dispenser à tous les enfants de réfugiés syriens, et aux enfants des populations qui les accueillent, une éducation de qualité dès la rentrée scolaire prochaine ; 
  • s'engager à exploiter le potentiel des institutions financières internationales et des dirigeants d'entreprises à investir dans la reprise et la croissance économiques de la région ; 
  • mettre en place des mécanismes de coordination et d'obligation de rendre des comptes, afin que le plan soit mis en œuvre efficacement ; 
  • s'articuler autour des droits et des besoins des réfugiés, des Syriens touchés par le conflit et des populations d'accueil pauvres.  

« Ce n'est qu'en mettant fin aux combats et en négociant une solution politique que l'on pourra mettre un terme à la souffrance des Syriens. C'est pourquoi il est primordial que les gouvernements du monde mettent tout en œuvre pour qu’un accord soit trouvé dans le cadre des pourparlers de paix sur la Syrie à Genève, a déclaré Jan Egeland, secrétaire général du Norwegian Refugee Council. Parallèlement, nous devons absolument investir dans l'espoir, l'éducation et les moyens de subsistance de la population civile, en vue de préparer un avenir plus stable. »