Mise à jour du 24 mars 2020
Le conflit au Yémen ne montre aucun signe d’apaisement alors qu’il entre dans sa sixième année, et que les populations civiles de tout le pays et de toutes les générations demeurent les principales victimes des hostilités militaires et des pratiques illégales des groupes armés étatiques et non étatiques.
Des violations manifestes des droits humains, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre, sont commises dans tout le pays. À la fin de l’année 2019, on estime que plus de 233 000 Yéménites auraient été tué·e·s du fait des affrontements et de la crise humanitaire. Dans le même temps, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a recueilli des informations sur plus de 20 000 civils tués ou blessés par les combats depuis mars 2015. Cette crise humanitaire imputable à l’homme a pris de l’ampleur : quelque 16 millions de personnes se réveillent en souffrant de la faim chaque jour.
Un conflit de plus en plus étendu
Les révoltes populaires qui ont éclaté au Yémen en 2011 ont contraint le président Ali Abdullah Saleh à quitter le pouvoir après 33 ans, sur fond d’accusations de corruption et de mauvaise gestion et dans le contexte d’un conflit de longue date non résolu avec les Houthis, un groupe armé basé dans le nord du pays, dont les membres sont adeptes du zaïdisme, un courant de l’islam chiite.
Ali Abdullah Saleh a été remplacé par son vice-président, Abd Rabbu Mansour Hadi, ce qui a permis d’organiser la Conférence de dialogue national. Après deux années de consultation, un projet de nouvelle carte fédérale a été présenté ; il divisait le Yémen en régions, sans tenir compte des doléances à caractère socio-économique ou régional. Il a reçu un accueil extrêmement réservé de la part de la population et a suscité une vive opposition des différentes factions, y compris les Houthis.
Les Houthis se sont appuyés sur le mécontentement général pour renforcer leur mainmise sur le gouvernorat de Saada et les zones environnantes du nord du Yémen. En septembre 2014, ils sont parvenus à étendre leur contrôle territorial en s’emparant d’un certain nombre de positions de l’armée et des forces de sécurité dans la capitale, Sanaa. L’alliance de circonstance nouvellement scellée avec l’ancien président, Ali Abdullah Saleh, contre qui ils s’étaient battus pendant des décennies, leur a facilité la tâche dans une certaine mesure. Après la prise de Sanaa par les Houthis, au début de l’année 2015, le président Abd Rabbu Mansour Hadi et les membres de son gouvernement ont été obligés de fuir.
Le 25 mars 2015, une coalition d’États dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis est intervenue à la demande du président, en vue de réinstaller au pouvoir le gouvernement reconnu par la communauté internationale.
Cette opération, au cours de laquelle la coalition a lancé un raid aérien contre les forces houthies, a marqué le début d’un véritable conflit armé. Pendant les quatre années qui ont suivi, le conflit s’est étendu jusqu’à englober l’ensemble du territoire et les parties, dont un certain nombre de groupes armés soutenus par la coalition, se sont multipliées. Les Émirats arabes unis, par exemple, bien qu’ils aient annoncé s’être retirés du Yémen en octobre 2019, entraînent, financent et arment activement différents groupes depuis le deuxième semestre de 2015, favorisant ainsi la prolifération de milices qui ne sont pas soumises à l’obligation de rendre des comptes, comme les Forces de la ceinture de sécurité, les « Brigades des Géants » et les Forces d’élite.
En décembre 2017, les Houthis ont encore consolidé leur pouvoir après avoir assassiné leur allié, l’ancien président Ali Abdullah Saleh ; ils contrôlent toujours la plupart des centres urbains, y compris Sanaa.
Si les pourparlers encouragés par les Nations unies, qui se sont achevés en Suède à la fin de l’année 2018, ont donné lieu à des cessez-le-feu partiels et fragiles à Hodeïdah au cours de l’année 2019, ils n’ont pas mené à des échanges de prisonniers comme espéré initialement. Cependant, le 16 février 2020, un plan détaillé d’accord d’échange de prisonniers a été conclu entre les parties au conflit, ce qui constituerait le premier échange officiel de grande ampleur de détenus en lien avec ce conflit depuis 2015.
Détention arbitraire et procès inéquitables
Toutes les parties au conflit bafouent la liberté d’expression et d’association en ayant recours à des détentions arbitraires, à des disparitions forcées, à des manœuvres de harcèlement, à la torture et autres mauvais traitements et à des procès inéquitables.
Le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale a harcelé, menacé et détenu arbitrairement des militant·e·s, notamment des défenseur·e·s des droits humains. Dans le sud du Yémen, les forces soutenues par les E.A.U. ont mené une campagne de détentions arbitraires et de disparition forcée à l’encontre de personnes qui étaient ensuite détenues dans un réseau de prisons secrètes, dans des conditions qui pourraient constituer des crimes de guerre.
Les forces houthies ont arrêté et détenu arbitrairement des détracteurs et des opposants, ainsi que des journalistes, des militant·e·s en faveur des droits humains et des membres de la communauté baha’i. Amnesty International a recensé les cas de 66 personnes, en grande majorité des hommes, qui ont comparu devant le Tribunal pénal spécial siégeant à Sanaa, un tribunal traditionnellement réservé aux affaires de terrorisme, en lien avec leurs activités pacifiques. Dans tous les cas qui ont été recensés, les Houthis et leurs alliés ont soumis ces personnes à des dizaines de violations, notamment des disparitions forcées, des détentions arbitraires, et des actes de torture et de mauvais traitements.
Les conditions de vie dans les prisons et les centres de détention, notamment la surpopulation massive dans les cellules, le manque d’accès aux soins, à suffisamment de nourriture, à de l’eau propre et à des installations sanitaires ont concouru à la propagation du COVID-19 dans les prisons gérées par les Houthis, exposant ainsi les détenu·e·s à d’importants risques pour leur santé. Aucune des parties n’a pris de mesures pour protéger les détenu·e·s et ralentir la diffusion du virus dans les prisons et les centres de détention, par exemple en fournissant des masques et d’autres articles d’hygiène.
Vous trouverez ci-dessous certaines des personnes emprisonnées par les autorités houthies de facto, et pour lesquelles Amnesty International fait campagne :
HAMID HAYDARA
Hamid Haydara est un Yéménite de foi baha’i qui, comme d’autres membres de sa communauté, a sacrifié des années de sa vie uniquement en raison de ses croyances religieuses. Détenu depuis décembre 2013, il a été soumis à une procédure judiciaire profondément entachée d’irrégularités, notamment des allégations selon lesquelles il aurait été soumis à des actes de torture et à d’autres formes de mauvais traitements en détention. En janvier 2018, le tribunal pénal spécial l’a condamné à la peine capitale.
En mars 2020, les autorités houthies de facto ont annoncé la décision de libérer Hamid Haydara et de révoquer sa condamnation à mort. Il a été remis en liberté le 5 juillet 2020, mais a été contraint à l’exil.
Hamid Haydara, prisonnier d'opinion baha'i
LES DIX JOURNALISTES
Au cours de l’été 2015, les Houthis ont incarcéré un groupe de 10 journalistes : Abdelkhaleq Amran, Hisham Tarmoom, Tawfiq al Mansouri, Hareth Hamid, Hasan Annab, Akram al Walidi, Haytham al Shihab, Hisham al Yousefi, Essam Balgheeth et Salah al Qaedi.
Depuis leur arrestation en 2015, ces personnes sont restées détenues sans inculpation ni jugement. Elles ont enfin été déférées devant le Tribunal pénal spécial en décembre 2019. Au cours de leur détention, ces hommes ont été soumis à une disparition forcée, détenus au secret et à l’isolement de façon intermittente, privés de soins médicaux, et au moins trois d’entre eux ont été victimes de torture de d’autres mauvais traitements.
En avril 2020, le tribunal pénal spécial a ordonné la remise en liberté de six d’entre eux et a condamné à la peine capitale les quatre hommes restants, Akram al Walidi, Abdelkhaleq Amran, Tawfiq al Mansouri et Hareth Hamid.
Parmi les six journalistes acquittés par le tribunal pénal spécial, les autorités houthies de facto ont libéré Salah al Qaedi le 26 avril 2020 ; et les cinq autres le 15 octobre 2020 dans le cadre d’un échange de prisonniers, cinq mois et demi après leur acquittement.
YOUSSEF AL BAWAB
Youssef al Bawab, père de cinq enfants, est un enseignant en linguistique et une personnalité politique. Il avait été arrêté en octobre 2016 alors qu’il sortait de la mosquée près de chez lui, à Sanaa. Plus tard cette nuit-là, les Houthis ont effectué une descente à son domicile et ont confisqué ses possessions. Il a fallu plus de trois mois pour que ses proches parviennent à déterminer où il se trouvait et à lui rendre visite. Les circonstances de son arrestation, suivies par le refus des autorités de révéler son sort ou le lieu où il se trouvait, s’apparentent à une disparition forcée. Il a été inculpé, en avril 2017 de plusieurs infractions, passibles de la peine capitale pour la plupart, notamment d’avoir aidé la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis en lui fournissant des renseignements sur ses objectifs militaires et d’avoir organisé des assassinats. La procédure judiciaire engagée contre Youssef al Bawab a été entachée de graves irrégularités tout au long de sa détention.
À l’issue d’un procès inique entaché de graves violations des règles de procédure, le Tribunal pénal spécial l’a condamné à mort le 9 juillet 2019, de même que 29 autres personnes, principalement des universitaires et des personnalités politiques, pour espionnage au profit de la coalition menée par l’Arabie saoudite. Les 30 hommes, qui ont tous été arrêtés entre 2015 et 2016, ont fait appel de leur condamnation.
ASMAA AL OMEISSY
En 2016, Asmaa al Omeissy, une mère de deux enfants, était en route pour Sanaa quand les Houthis l’ont arrêtée à un poste de contrôle et l’ont placée en détention. Elle a ensuite subi un calvaire qui l’a amenée à devenir la première femme yéménite, à notre connaissance, condamnée à mort pour des infractions liées à la « sûreté de l’État ».
Au cours de sa détention, elle a été frappée violemment, et on l’a forcée à regarder pendant que deux autres personnes détenues étaient pendues au plafond par les poignets et frappées à coups de pied et de poing. C’est seulement en mai 2017 qu’elle a finalement été inculpée et déférée au Tribunal pénal spécial de Sanaa, chargé de juger les affaires liées au « terrorisme » et à la « Sécurité de l’État ». Alors que les trois hommes impliqués dans la même affaire ont été libérés sous caution, elle est restée en détention, et le 30 janvier 2017, le juge l’a condamnée à mort. Le 9 juillet 2019 le juge a annulé sa condamnation à mort et l’a commuée en peine de 15 ans d’emprisonnement.
La population civile lutte pour survivre
Non seulement ce conflit a fait de nombreux morts et blessés parmi eux, mais il a aussi aggravé la crise humanitaire qui était déjà profonde après des années de pauvreté et de mauvaise gestion de l’État, entraînant une grande souffrance de la population.
Comme il s’agit d’un conflit prolongé, les mécanismes auxquels la population civile a recours pour faire face sont mis à rude épreuve. Environ 24,1 millions de Yéménites ont besoin d’une aide humanitaire pour survivre. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), au moins 500 000 fonctionnaires n’ont pas touché leur salaire depuis trois ans à cause du conflit, et 12,24 millions d’enfants ont besoin d’assistance.
Les conditions économiques difficiles n’ont fait qu’aggraver une crise humanitaire déjà catastrophique. Face à l’inflation du riyal yéménite et à l’impossibilité pour le gouvernement de payer les salaires des fonctionnaires, une vague de manifestations a balayé tout le sud du pays en septembre 2018 ; les manifestant·e·s protestaient contre la corruption et tenaient le gouvernement pour responsable de la dégradation de l’économie, à cause de laquelle la grande majorité des Yéménites ne sont plus en mesure d’acheter des produits de première nécessité.
Entre-temps, les combats menés par intermittence depuis la fin de l’année 2017 en vue du contrôle de Hodeïda ont fait des centaines de victimes civiles ; selon les Nations unies, près d’un million de personnes ont fui le gouvernorat pendant l’année. Ces personnes ont évoqué les routes minées, les postes de contrôle houthis et les dangers disséminés le long du chemin : ce qui aurait dû être un voyage de six heures jusqu’à Aden est devenu pour certains un calvaire de trois jours.
Le coût humain du conflit
Des atteintes aux droits humains commises par toutes les parties au conflit
Toutes les parties au conflit au Yémen ont commis de graves violations du droit international humanitaire. Les forces houthies, qui contrôlent de vastes portions du territoire, ont bombardé de manière aveugle des zones d’habitation au Yémen et tiré sans discernement des missiles en Arabie saoudite. La coalition emmenée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui soutenait le gouvernement yéménite internationalement reconnu, a continué de bombarder des infrastructures civiles et de mener des attaques aveugles, faisant des centaines de morts et de blessés parmi la population civile.
Depuis 2015, la coalition que dirigent l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis a procédé à un nombre considérable de frappes aériennes disproportionnées et menées sans discrimination contre des civils et des infrastructures civiles, qui ont touché logements, écoles, hôpitaux, marchés, mosquées, mariages et enterrements. Amnesty International a rassemblé des informations sur 42 frappes aériennes de la coalition ayant, semble-t-il, enfreint le droit international humanitaire, et dont un grand nombre constituent des crimes de guerre. Ces frappes ont fait 518 morts et 433 blessés parmi la population civile.
Le 28 juin 2019, une bombe à guidage de précision fabriquée aux États-Unis a été utilisée dans une frappe aérienne déclenchée par la coalition contre une maison d’habitation du gouvernorat de Taizz ; six civils ont été tués, parmi lesquels trois enfants. Le 1er septembre 2019, une frappe aérienne contre un centre de détention sous contrôle houthi de la ville de Dhamar, dans le sud-ouest du pays, a fait 130 morts et 40 blessés parmi les personnes détenues.
Amnesty International a rassemblé des informations sur l’utilisation par la coalition de six types d’armes à sous-munitions, notamment de fabrication brésilienne, américaine et britannique dans les gouvernorats de Sanaa, Hajjah, Amran et Saada.
Des armes imprécises sont employées quotidiennement dans des zones résidentielles, faisant des victimes civiles ; ces attaques menées sans discrimination bafouent les lois de la guerre.
Nous les avons enterrés le jour même, parce qu’ils étaient réduits à des membres mutilés. Il n’y avait pas de cadavres à examiner. La chair de telle personne était mélangée à celle de telle autre. Ils ont été enveloppés [dans des couvertures] et emmenés.
Témoignage recueilli par Amnesty International depuis Hodeïda en août 2019 auprès d’un proche de victimes d’une frappe aérienne contre une maison à Warzan, dans le gouvernorat de Taizz.
Des groupes armés sont également accusés de diverses atteintes aux droits humains, notamment de l’utilisation d’armes imprécises dans des zones résidentielles. Depuis 2015, Amnesty International étudie l’incidence du conflit armé prolongé à Taizz, y compris le pilonnage aveugle par les forces houthies et d’autres milices, qui a fait des centaines de victimes.
De même, en mai 2018, l’organisation s’est entretenue avec 34 civils qui étaient arrivés à Aden après avoir fui les affrontements dans plusieurs villes et villages du gouvernorat de Hodeïda. Ils ont parlé de terrifiantes attaques au mortier, de frappes aériennes, de mines terrestres et d’autres dangers liés à la nouvelle offensive sur Hodeïda. En outre, les forces houthies ont délibérément militarisé un hôpital en activité à Hodeïda en postant des combattants sur le toit ; elles ont ainsi mis en péril la vie des nombreux civils qui se trouvaient à l’intérieur.
J’ai aussi vu un homme qui marchait aussi vite qu’il le pouvait, transportant une poche d’urine. Il s’enfuyait, son cathéter urinaire encore en place. Cette scène restera gravée dans ma mémoire le restant de ma vie. Il y avait aussi beaucoup d’enfants. Des parents portaient leurs enfants. J’en ai vu entre 10 et 12 parmi tous les gens qui partaient.
Un membre du personnel médical de l’hôpital Al Thawra
En dépit des opérations militaires, toutes les parties au conflit ont contribué activement à la crise humanitaire au Yémen. La coalition a imposé des restrictions à l’importation des biens de première nécessité et de l’aide essentielle, notamment des denrées alimentaires, du combustible et du matériel médical, tandis que les autorités houthies de facto ont fait obstruction à la circulation de l’aide humanitaire sur le territoire. Ces restrictions ont entravé l’accès des civils yéménites à des biens et services de base et indispensables, comme la nourriture et l’eau potable. Elles ont eu une incidence extrêmement négative sur les soins de santé, en partie parce que la pénurie de combustible compromettait le fonctionnement des hôpitaux.
La poursuite du conflit a engendré une situation de vide politique et d’insécurité, et créé un havre pour les milices et les groupes armés, soutenus par des gouvernements étrangers. Une enquête menée par Amnesty International a révélé que des enfants, dont certains n’avaient que huit ans, avaient été violés dans la ville de Taizz. Les agresseurs présumés, parmi lesquels figurent des membres de milices soutenues par la coalition, n’ont pas encore été traduits en justice.
Il m’a menacé avec son fusil […] il a commencé à me frapper avec l’arrière du fusil, il m’a donné des coups de pied et m’a poussé contre le mur pour essayer de m'assommer […] et m’a ensuite dit qu’il voulait me violer. J’ai commencé à pleurer à ce moment-là […] et je lui ai demandé de me considérer comme son fils. Cela l’a encore plus mis en colère et il s’est mis à me frapper encore plus […] il m’a attrapé par le cou et m’a jeté au sol et j’ai commencé à crier et il m’a frappé au cou avec son fusil et m’a violé.
Un adolescent de 16 ans, qui déclare avoir été violé à la fin du mois de décembre 2018 par un membre d’une milice alliée au parti Al Islah (Rassemblement yéménite pour la réforme) dans une zone de Taizz contrôlée par celui-ci
Les armes qui alimentent la crise
Depuis le début du conflit, un consortium d’États a fourni aux membres de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis du matériel militaire d’une valeur de plus de 15 milliards de dollars des États-Unis. Le principal destinataire a été l’Arabie saoudite mais des pays occidentaux ont également approvisionné les Émirats arabes unis en navires de guerre, avions de combat, chars, véhicules blindés, armes légères, pièces détachées et munitions, pour un montant total de plus de 3,5 milliards de dollars des États-Unis.
Malgré les éléments accablants qui prouvent que ces armes ont servi à commettre des crimes de guerre et d’autres graves atteintes au Yémen, plusieurs pays, parmi lesquels les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et d’autres pays européens, continuent de fournir des armes aux membres de la coalition, faisant ainsi fi de leurs obligations au regard du Traité sur le commerce des armes, du droit européen et de leur législation nationale.
Une enquête menée par Amnesty International à partir d’informations disponibles en libre accès a mis en évidence un danger croissant dans le conflit au Yémen du fait que les Émirats arabes unis équipent des milices avec du matériel de guerre sophistiqué sans se soucier des conséquences. Elle montre que les Émirats arabes unis sont devenus un fournisseur majeur de véhicules blindés, de mortiers, de fusils, de pistolets et de mitrailleuses, qui sont vendus illégalement à des milices agissant en dehors de tout contrôle et accusées de crimes de guerre et d’autres graves exactions.
Seuls quelques pays ont cessé de vendre et de transférer des armes à l’Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et aux autres membres de la coalition, notamment les Pays-Bas, la Norvège, le Danemark, la Finlande et la Suisse.
Amnesty International exhorte tous les États à veiller à ce qu’aucune partie au conflit au Yémen ne reçoive – directement ou indirectement – des armes, des munitions ou des équipements ou technologies militaires susceptibles d’être utilisés dans le conflit, tant que perdurent ces graves violations. Ces restrictions doivent aussi s’appliquer au soutien logistique et financier pour de tels transferts.
Des armes détournées
Détournements d’armes pas des milices au Yémen, une nouvelle menace