Yémen. La guerre oubliée

Depuis trois ans, le monde ignore une crise de plus en plus grave

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Un conflit de plus en plus étendu

Le 25 mars 2015, une coalition internationale menée par l’Arabie saoudite lançait des frappes aériennes contre le groupe armé des Houthis au Yémen, déclenchant un conflit armé de grande ampleur. 

Au cours des trois années qui ont suivi, le conflit au Yémen n’a pas montré de signe d’apaisement. Des atteintes aux droits humains et des crimes de guerre sont perpétrés dans tout le pays par toutes les parties au conflit, causant des souffrances insupportables à la population civile.

Pendant que les forces de la coalition bombardent sans relâche depuis les airs, les factions rivales s’affrontent sur le terrain. D’un côté se trouvent les Houthis, un groupe armé yéménite dont les membres appartiennent à une branche de l’islam chiite connue sous le nom de zaïdisme. Face à eux, les forces anti-Houthis, alliées à l’actuel président du Yémen, Abd Rabbu Mansour Hadi, et à la coalition menée par l’Arabie saoudite.

Les civils sont piégés entre les deux camps. Plus de 15 000 d’entre eux ont été tués ou blessés, et la crise humanitaire ne cesse de s’aggraver.

Depuis trois ans, une grande partie du monde ignore ce conflit et ne reçoit que peu d’informations sur ses conséquences dévastatrices.

Amal Sabri, un habitant de Mocha, à propos d'une frappe aérienne qui a tué au moins 63 civils :
[C’était comme] le Jugement dernier. Il y avait des cadavres et des têtes dispersés partout, mangés par les flammes et enfouis sous les cendres.
© Amnesty International

Le lourd tribut payé par les civil-e-s

Les civils sont les premiers touchés par la violence du conflit au Yémen. Non seulement celui-ci a fait de nombreux morts et blessés parmi eux, mais il a aussi aggravé la crise humanitaire qui était déjà profonde. Cette crise a été déclenchée par l’homme. La guerre aggrave et exacerbe la situation humanitaire et toutes les parties en présence empêchent l’aide humanitaire d’arriver.

Près de 22,2 millions de Yéménites survivent actuellement grâce à l’aide humanitaire. Afin d'empêcher les forces des Houthis de se ravitailler, la coalition menée par l’Arabie saoudite a mis en place un blocus aérien et maritime partiel. Après le lancement par les forces houthies, fin novembre, d’un missile visant des quartiers civils de Riyadh, la capitale saoudienne, la coalition emmenée par l’Arabie saoudite a illégalement renforcé son blocus maritime et aérien imposé au Yémen. Bien que le blocus ait depuis été relâché, la coalition continue d’imposer des restrictions à l’aide humanitaire et aux importations commerciales de produits de première nécessité, notamment la nourriture, les médicaments et le carburant. 

Mon fils était né depuis 14 heures quand il est mort [...] les médecins nous ont dit qu’il avait besoin de soins intensifs et d’oxygène. Nous l’avons amené à tous les hôpitaux ouverts, mais il est mort. J’aurais aimé l’emmener hors de la ville, mais on ne pouvait pas sortir.
Mohamed, père d’un nouveau-né qui est mort en raison des pénuries d’oxygène à Taizz en décembre 2015

Les travailleurs humanitaires ont également signalé que les Houthis ont limité de façon excessive la circulation des biens et du personnel, et les ont forcés à fermer certains de leurs programmes d'aide humanitaire.

Le coût humain du conflit

+ de 5 900

civil-e-s tués pendant le conflit, et + de 9400 civils blessés

3 millions

de personnes ont dû partir de chez elles à cause des combats

22,2 millions

de personnes ont besoin d’une aide humanitaire vitale, notamment de nourriture, d’eau, d’abris, de carburant et de services sanitaires

2,5 millions

d’enfants sont déscolarisés

© AFP/Getty
© AFP/Getty Images

Qui se bat contre qui ?

Dun côté, le groupe armé houthi – souvent appelé « Comités populaires » – qui est soutenu par certaines unités de larmée et des groupes armés fidèles à lancien président Ali Abdullah Saleh.

Dans le camp opposé, la coalition militaire menée par lArabie saoudite et soutenue par le président Abd Rabbu Mansour Hadi, qui a lancé des attaques aériennes et mené des opérations au sol au Yémen. Cette coalition comprend les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït, le Qatar, la Jordanie et le Soudan. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont fourni à la coalition un soutien essentiel en termes de renseignement et de logistique.

La puissance de l’explosion a éjecté mes sœurs et ma mère à cinq mètres, les tuant sur le coup. Le corps d’Hani n’a été désenseveli que 12 heures plus tard. Il n’y a que mon père, Faisal (60 ans), qui a survécu.
Leila Hayal a perdu sa mère et ses quatre sœurs quand leur maison a été détruite par une frappe aérienne de la coalition, à Taizz, au milieu de la nuit, le 16 juin 2015

La coalition est alliée à des groupes armés anti-Houthis opérant au sol au Yémen, souvent appelés « Comités de résistance populaire ». Elle est en outre soutenue par des unités des forces armées fidèles au président Hadi et par plusieurs autres factions.

Types d’attaques interdites au regard du droit international :

Contre les habitations ou les bâtiments civils

Contre les établissements médicaux

Attaques lancées depuis des zones habitées par des civil-e-s

© Amnesty International
© Amnesty International
© Amnesty International
© Rawan Shaif

Des atteintes aux droits humains commises par toutes les parties au conflit

Amnesty International a rassemblé des éléments révélant que toutes les parties au conflit ont perpétré de graves atteintes aux droits humains et bafoué le droit international humanitaire, notamment en commettant des crimes de guerre.

Amnesty International a rassemblé des informations sur 36 frappes aériennes menées dans six gouvernorats (Sanaa, Saada, Hajjah, Hodeidah, Taizz et Lahj) par la coalition conduite par l'Arabie saoudite, qui ont manifestement violé le droit international humanitaire – les règles s'appliquant en cas de conflit armé, parfois appelées « lois de la guerre » – et lors desquelles 513 civils (dont au moins 157 enfants) ont été tués et 379 blessés. Il s'agit notamment d'attaques ayant délibérément pris pour cibles des civils et des biens de caractère civil tels que des hôpitaux, des écoles, des marchés et des mosquées, et qui peuvent constituer des crimes de guerre. 

Elle pense que si elle rentre chez elle, elle les retrouvera... Elle avait cinq frères et sœurs avec qui jouer. Maintenant elle n’en a plus aucun... Quel chagrin et quelle douleur peut-elle ressentir ?
Ali al Raymi, 32 ans, a perdu son frère Mohamed al Raymi, sa belle-sœur et ses cinq nièces et neveux âgés de deux à 10 ans dans une frappe aérienne menée à Sanaa par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite. Sa nièce Buthaina, cinq ans, est la seule survivante de sa famille.

La coalition menée par l'Arabie saoudite a aussi utilisé des armes à sous-munitions, armes explosives meurtrières interdites au titre du droit international. Les bombes à sous-munitions libèrent des dizaines, voire des centaines, de « petites bombes » qui, souvent, n’explosent pas immédiatement et peuvent causer de terribles blessures longtemps après l’attaque initiale. Amnesty International a rassemblé des informations sur l'utilisation par la coalition d'au moins quatre types différents d'armes à sous-munitions, notamment des armes de fabrication américaine, britannique et brésilienne.

Amnesty International a aussi enquêté sur 30 attaques au sol, menées par des forces pro et anti-Houthis, à Aden et à Taizz, qui n'ont pas fait de distinction entre les combattants et les civils, et qui ont causé la mort d'au moins 68 civils, des femmes et des enfants pour la plupart. Des combattants des deux camps ont également utilisé des armes imprécises, notamment avec des pilonnages d'artillerie et des tirs de mortier et de roquettes Grad, dans des secteurs densément peuplés par des civils, et ont agi dans des quartiers résidentiels en lançant des attaques depuis des positions situées dans des maisons, des écoles et des hôpitaux ou à proximité. Toutes ces attaques sont de graves violations du droit international humanitaire et peuvent constituer des crimes de guerre.

Dans la capitale comme dans d’autres zones sous leur contrôle, les Houthis et leurs alliés se livrent toujours à des arrestations et à des détentions arbitraires. Ils se sont rendus responsables de dizaines de disparitions forcées et ils n’hésitent pas à imposer la peine de mort à l’issue de procès totalement inéquitables. Ces exactions visent notamment des personnes dont le seul « crime » est d'avoir exercé leur liberté d'expression (journalistes, personnes critiques à l’égard de la politique menée, membres de la minorité baha’ie, etc).

Les forces anti-Houthis alliées au président Hadi et la coalition ont également mené une campagne d'intimidation et de harcèlement contre le personnel de l'hôpital à Taizz, et elles mettent en danger les civils en positionnant des combattants et en prenant des positions militaires près d'établissements médicaux.

Les armes qui alimentent la crise

En dépit de nombreux éléments tendant à prouver que des atteintes graves au droit international ont été perpétrées au Yémen et des effets dévastateurs sur la population civile des graves violations du droit international, beaucoup de pays continuent de procéder à la vente et au transfert, vers l’Arabie saoudite et ses alliés, d’armes utilisées dans le conflit. Ces armes ont été utilisées par la coalition menée par l’Arabie saoudite pour blesser et tuer des civils et détruire les moyens de subsistance des Yéménites. Des armes ont également été détournées pour finir entre les mains des Houthis et d'autres groupes armés qui combattent au Yémen. Bien que plusieurs pays européens aient suspendu les transferts d’armes vers l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, d’autres pays, les États-Unis et le Royaume-Uni en tête, continuent de leur fournir du matériel militaire sophistiqué.

Aucune explication ne peut justifier le fait que des États tels que les États-Unis et le Royaume-Uni soutiennent la coalition menée par l’Arabie saoudite et lui vendent des armes de manière irresponsable, alors que des éléments irréfutables prouvent que cela a entraîné des souffrances considérables au Yémen ces trois dernières années.
Lynn Maalouf, Amnesty International

Plusieurs de ces États sont parties au Traité sur le commerce des armes, qui vise à « réduire la souffrance humaine » et qui rend illégal le transfert d'armes quand ces armes risquent d'être utilisées pour commettre de graves violations du droit international.

Amnesty International exhorte tous les États à veiller à ce qu'aucune partie au conflit au Yémen ne reçoive – directement ou indirectement – des armes, des munitions ou des équipements ou technologies militaires susceptibles d'être utilisés dans le conflit, tant que perdurent ces graves violations. Ces restrictions doivent aussi s'appliquer au soutien logistique et financier pour de tels transferts.

#Yémen

Il faut agir maintenant pour faire cesser les ventes d’armes qui servent à commettre des atrocités et détruisent la vie de civils au Yémen.

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