Formation de jeunes éducateurs aux droits humains au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

Par Camille Roch

Les programmes d’éducation aux droits humains au Moyen-Orient et en Afrique du Nord rassemblent des jeunes militants qui sont formés pour proposer des services d’éducation aux droits humains à d’autres jeunes. Ces programmes permettent aux jeunes de partager leurs méthodes et bonnes pratiques afin de perfectionner leurs compétences en matière d’animation et favorisent le développement des activités de défense des droits humains dans la région.

« Ces ateliers nous permettent de passer de la théorie à la pratique et comportent des éléments sur lesquels nous n’avons pas eu l’occasion de travailler avant, notamment l’animation, les méthodes de formation et la préparation des séances. En tant qu’animateur, j’ai toujours besoin d’être encouragé à développer mes compétences, et la formation régionale est le meilleur moyen de rencontrer des militants d’Afrique du Nord et d’échanger nos expériences », explique Houssam Hatim, un jeune éducateur marocain.

Mazen Jaber, coordinateur de l’éducation aux droits humains pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International, nous en dit plus sur les programmes :

« Créer un espace commun pour la formation permet de mettre les éducateurs en contact au niveau régional et d’utiliser les réseaux sociaux pour partager les réussites. C’est essentiel pour renforcer le soutien apporté aux militants des droits humains dans la région et répondre aux problèmes auxquels ils sont confrontés », a déclaré Mazen Jaber.

Comparer et opposer

Au-delà du fait que cela permet d’encourager le partage des connaissances et des ressources, former des éducateurs de différents pays crée des espaces sûrs pour comparer et opposer les expériences.

Les participants sont sélectionnés pour les formations régionales sur la base de leur capacité à devenir des « multiplicateurs ». Cela aide les organisateurs à définir leurs attentes et à adapter les ateliers en fonction des besoins spécifiques de chaque pays.

Les formations ont pour objectif principal de sensibiliser les participants aux spécificités de chaque pays pour qu’ils puissent se positionner dans leur propre contexte. Elles permettent également d’analyser les expériences passées afin de comparer les difficultés que les participants ont rencontrées en tant qu’animateurs et d’élaborer des solutions grâce à des méthodes participatives telles que les jeux de rôles.

Lors de l’une de ces formations en Afrique du Nord, de jeunes éducateurs ont fait part de leurs inquiétudes quant aux problèmes qui se posent pendant les séances sur la violence contre les femmes, le public ayant des réactions différentes selon que le problème est abordé d’un point de vue juridique ou humain. Dans ce cas, les jeux de rôles ou la mise en scène d’un scénario ont aidé les participants à trouver une solution ensemble.

« Cette méthode permet des solutions créatives car nous voulons que les réponses viennent d’eux. Nous ne sommes là que pour organiser les mises en situation et les aider à arriver à des conclusions par eux-mêmes », explique Mazen Jaber, qui anime des formations régionales.

Étudier les expériences passées permet aux éducateurs d’identifier les modèles efficaces qui peuvent être réutilisés dans différents environnements. Lors de l’une de ces discussions, des représentants venant de Tunisie ont expliqué qu’ils avaient récemment réussi à conclure un accord avec le ministère de l’Éducation après avoir rencontré des difficultés en ce qui concerne l’accès à l’enseignement.

Ces échanges sont une précieuse source d’inspiration et ils permettent de réaffirmer l’importance du rôle des participants en tant qu’éducateurs : « Lorsque nous organisons un atelier en tant qu’animateurs et que nous voyons plus tard ces mêmes participants diriger des activités et des séances, nous voyons que le flambeau est passé d’un groupe à un autre. C’est là la différence entre les activités de sensibilisation aux droits humains et l’éducation aux droits humains », a déclaré Amine Letaief, un éducateur tunisien.

Vingt jeunes éducateurs venus d’Algérie, du Maroc et de Tunisie ont participé à une formation régionale sur les droits des réfugiés et des migrants. Ils y ont appris à concevoir des activités et des ateliers destinés à d’autres jeunes. Hammamet, Tunisie, juillet 2016 © Amnesty International

Dénoncer les préjugés, combattre les stéréotypes

Cette année, l’un des programmes avait pour but de former des gens pour qu’ils puissent offrir des services d’éducation aux droits des réfugiés et des migrants. Les éducateurs ont reçu une formation sur des méthodes d’animation et d’élaboration de cours et ont notamment appris à lutter contre les attitudes et les stéréotypes d’un public donné.

Ils ont par exemple participé à un exercice visant à lutter contre les stéréotypes pendant lequel ils ont utilisé des photos de personnes inconnues, parmi lesquelles figuraient un poète comme un criminel de guerre. En se basant uniquement sur l’apparence de ces personnes, les participants doivent écrire leur première impression de ces photos. Ces impressions sont ensuite affichées et les autres participants essaient de les associer aux photos correspondantes. À la fin de l’activité, l’identité des personnes sur les photos est révélée et les participants réalisent à quel point les jugements sont fondés sur des préjugés cognitifs, souvent bien loin de la réalité.

« Le principal message est que les impressions peuvent être très trompeuses et qu’on ne peut pas juger quelqu’un sur la base de son visage. Cet exercice montre comment les participants peuvent comprendre que nous vivons dans un monde compliqué que nous avons tendance à simplifier en utilisant des stéréotypes qui permettent de faire des raccourcis et nous évitent de trop réfléchir. Mais en faisant cela, nous déshumanisons les gens », dit Mazen Jaber.

Les participants ont acquis des connaissances grâce à une expérience pratique et aux conseils des animateurs expérimentés et enfin en élaborant une série d’activités pour un atelier d’une demi-journée sur les droits des réfugiés conçu pour des groupes spécifiques, notamment des écoles, des universités ou des organisations non gouvernementales.

En plus d’approfondir leur compréhension des méthodes d’animation, les éducateurs ont acquis des connaissances solides sur le cadre juridique relatif aux droits des réfugiés. En analysant des études de cas, ils ont acquis des connaissances sur le droit international et les conventions sur les réfugiés, ainsi que sur le mécanisme régional africain, ce qui a permis de renforcer leur capacité à comprendre les implications de chaque cas individuel et de créer une plateforme de dialogue avec les participants.

« Les ateliers sont conçus pour que vous vous mettiez à la place des réfugiés et que vous puissiez comprendre leur expérience. Cela passe tout d’abord par des activités qui nous aident à réfléchir à des réponses régionales à la crise mondiale des réfugiés, mais également par des jeux de rôles permettant de représenter les vraies situations dans lesquelles se trouvent les réfugiés dans le monde », explique Ikram Aïs, un éducateur venant d’Algérie.

Les participants lors d’un exercice visant à lutter contre les préjugés. Hammamet, Tunisie, juillet 2016 © Amnesty International

Renforcer les compétences et favoriser la confiance en soi

Les éducateurs sont également encouragés pendant toute la formation à partager les bonnes pratiques, à promouvoir une participation active et à observer la formation de rapports de force dans un groupe, entre les participants ou avec les animateurs. Cela leur donne les outils pour être plus affirmés lorsqu’ils définissent leur rôle en tant qu’éducateur.

« Après cette formation, je me sens plus en capacité de faire davantage pour changer le monde. Je ne veux pas juste acquérir des compétences, je veux pousser d’autres personnes à changer leur vie de cette manière », explique Ikram Aïs.

Pour Mazen Jaber, ce qui est le plus gratifiant dans cette formation est de voir les participants réaliser qu’ils peuvent élaborer des séances ou des ateliers seuls, sans s’appuyer sur des documents existants : « C’est lorsqu’ils réfléchissent ensemble pendant la formation qu’ils réalisent à quel point ils sont compétents. La plupart d’entre eux pensent qu’ils n’ont pas la structure ou les compétences d’animation nécessaires, alors que ce n’est en fait qu’une question de confiance en soi. Ils n’ont pas conscience qu’ils sont doués et les formations peuvent aider à les faire réaliser », dit-il.

« Je n’avais jamais eu la chance de travailler avec des éducateurs spécialistes des droits humains, j’ai donc dû comprendre beaucoup de choses par moi-même, par exemple comment pousser les gens à s’inscrire ou comment les mobiliser. Grâce à cette formation, j’ai acquis encore plus de connaissances, plus de compétences et de capacités pour diriger des ateliers, les concevoir et les mettre en œuvre », explique Nahla Bendefaa, une éducatrice venant du Maroc.

 

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