Aider autrui est normal. Et c’est la bonne chose à faire.

Quel est le problème ?

Ces dernières années, la compassion a été érigée en infraction dans toute l’Europe. Des personnes ayant aidé des réfugié·e·s et des migrant·e·s ont été menacées, calomniées, intimidées, harcelées et trainées devant les tribunaux pour être sanctionnées pour avoir simplement aidé d’autres personnes.

Lorsque les autorités sanctionnent et criminalisent de simples actes d’humanité, c’est notre dignité commune qui est attaquée.

Quelle est l’ampleur du problème ?

Dans toute l’Europe, des centaines de personnes sont sanctionnées pour avoir simplement aidé des personnes dans le besoin ou les avoir soutenues. Des dizaines de procédures judiciaires ont été ouvertes contre des ONG et des personnes en Italie, en Grèce, en France et en Suisse.

Qui est touché ?

La criminalisation de la solidarité touche des organisations de la société civile et des personnes partout en Europe, notamment des personnes retraitées, des guides de haute montagne, des prêtres, de jeunes militant·e·s, des capitaines de navires, entre autres. Elle touche également les réfugié·e·s et les migrant·e·s qui osent aider leurs ami·e·s et d’autres personnes en mouvement.

Pour en savoir plus, lisez notre rapport (en anglais) ou la synthèse (disponible en français).

Pour moi, il est normal d’aider. Je ne savais pas qu’il était interdit d’aider. Aider est mon devoir en tant qu’être humain.

“Valérie”

Nous nous sommes portés bénévoles pour aider les personnes dans le besoin. Nous risquons 25 ans de prison pour avoir secouru des gens, mais si vous me demandiez aujourd’hui si j’agirais autrement…

Sarah Mardini

…sachant que ma vie pourrait en être bouleversée, je vous répondrais que je ferais exactement la même chose.

Sarah Mardini

L’histoire de Sarah et Seán

Sarah et Seán se sont rencontrés lorsqu’ils étaient sauveteurs bénévoles à Lesbos, en Grèce. Sarah Mardini est une réfugiée de Syrie. Son périple jusqu’à l’Europe avait été relayé par la presse internationale. Sa sœur et elle avaient sauvé 18 personnes avec qui elles se trouvaient, en tractant jusqu’à la terre ferme leur bateau qui coulait. Avec son ami Séan Binder, un jeune plongeur sous-marin allemand vivant en Irlande, ils ont patrouillé à Lesbos pour repérer les embarcations en détresse. Ils ont décidé de devenir bénévoles, car ils ne pouvaient rester les bras croisés pendant que des réfugié·e·s se noyaient.

Leur travail humanitaire a contribué à sauver de nombreux réfugié·e·s, et pourtant, comme de nombreuses autres personnes en Europe, ils sont traités comme des criminels. Ils risquent jusqu’à 25 ans d’emprisonnement pour des accusations de « trafic d’êtres humains ». Ils ont déjà passé plus de 100 jours en prison avant d’être libérés sous caution en décembre 2018.

Agissez

Quelles actions sont érigées en infraction ?

  • Donner de la nourriture
  • Donner du thé chaud
  • Proposer un abri
  • Conduire des personnes épuisées en voiture
  • Publier sur Twitter
  • Aider des personnes dans les montagnes
  • Emmener des enfants au commissariat
  • Faire des appels de phares
  • Informer les gens de leurs droits
  • Alerter les gardes-côtes lorsque des personnes se noient en mer
  • Sauver des vies en mer
  • Surveiller et dénoncer les atteintes aux droits humains
  • Manifester contre les renvois vers la détention et la torture
  • Manifester pacifiquement
  • Empêcher le décollage d’un avion d’expulsion

Cette liste ne donne que quelques exemples de cas recensés par Amnesty dans lesquels des actions destinées à aider des personnes dans le besoin ont été érigées en infraction par différents gouvernements européens.

Quelles mesures sont utilisées pour prendre ces personnes pour cible ?

  • Les gouvernements utilisent un vaste éventail de mesures pour prendre pour cible la solidarité :
  • des campagnes de dénigrement
  • des lois répressives
  • des codes de conduite pour les ONG, pouvant entraîner des retards dans les secours en mer
  • des informations judiciaires
  • des poursuites en justice et des accusations sans fondement
  • des mesures de harcèlement et d’intimidation par la police
  • des amendes
  • des interdictions d’entrée sur le territoire

Les gouvernements utilisent de manière abusive des lois contre les passeurs et contre le terrorisme pour entraver la solidarité.

Sauver des vies en mer

Des sauveteurs et sauveteuses ont été la cible de campagnes de dénigrement et d’enquêtes pénales. Des navires d’ONG ont été bloqués au port ou placés sous séquestre, diminuant ainsi le nombre de navires en mer disponibles pour sauver des personnes de la noyade.

En Espagne, le gouvernement a arbitrairement bloqué deux navires de sauvetage pendant plusieurs mois, les empêchant ainsi de sauver des vies en Méditerranée centrale.

En Italie, des ONG de sauvetage ont été forcées à suivre un « code de conduite » pouvant entraîner des retards et ont fait l’objet d’enquêtes pour avoir simplement sauvé des vies. La situation s’est encore davantage détériorée en 2019, l’Italie ayant fermé ses ports et adopté une législation interdisant aux ONG d’entrer dans ses eaux territoriales, sous peine d’amendes.

En Grèce, des personnes formées au sauvetage en mer ont passé plusieurs mois en détention provisoire après leur arrestation par les autorités grecques pour avoir aidé des réfugié·e·s arrivant sur l’île grecque de Lesbos.

Les 10 du Iuventa sont dans l’incertitude depuis deux ans et demi et leurs vies sont en suspens dans l’attente d’un procès. Amnesty International demande l’abandon de l’enquête.

Elisa de Pieri (chercheuse pour Amnesty)

Les 10 du Iuventa

Le 2 août 2017, des procureurs italiens ont ordonné la mise sous séquestre du Iuventa, le navire de l’ONG de sauvetage allemande Jugend Rettet. Bien qu’ayant sauvé 14 000 personnes, 10 membres de l’équipage, les « 10 du Iuventa », font l’objet d’une enquête pour avoir facilité l’entrée irrégulière de réfugié·e·s et de migrant·e·s lors de trois opérations de sauvetage différentes menées en 2016 et 2017.

L’organisation indépendante Forensic Architecture a reconstitué les événements et a réuni des éléments de preuve montrant que l’équipage du Iuventa sauvait des vies.

Les 10 du Iuventa sont dans l’incertitude depuis deux ans et demi et leurs vies sont en suspens dans l’attente d’un procès. Amnesty International demande l’abandon de l’enquête.

El Hiblu

À Malte, trois demandeurs d’asile adolescents sont poursuivis pour des accusations graves passibles de peines de prison à perpétuité, pour avoir simplement osé s’opposer à la tentative illégale d’un capitaine de les ramener, avec 100 autres personnes, en Libye, où ils risquaient d’être victimes de graves violences, notamment d’être détenus dans des conditions inhumaines dans un centre de détention ou d’être soumis à des actes de torture ou d’autres mauvais traitements.

Amnesty appelle les autorités maltaises à abandonner les charges disproportionnées dont font l’objet les jeunes impliqués dans les événements du cargo El Hiblu 1, qui essayaient de se protéger et de protéger d’autres personnes secourues.

La solidarité consiste à aider une personne à préserver sa dignité.

Luigi Chiampo – Prêtre de Bussoleno, Italie

Lorsque vous voyez une personne épuisée qui ne peut plus marcher, vous lui tendez la main.

Pierre Mumber, guide de haute montagne français

Aider des personnes dans les montagnes

Dans les Alpes enneigées, à la frontière entre la France et l’Italie, un réseau de solidarité essaie d’empêcher la mort de réfugié·e·s et de migrant·e·s passant de l’Italie à la France. Des membres de ce réseau essaient de veiller à ce que les réfugié·e·s et les migrant·e·s aient pleinement conscience des risques, leur donnent des cartes, des chaussures robustes et des vêtements chauds pour veiller à leur sécurité dans les montagnes, et aident les personnes qui se perdent et ont besoin d’être ramenées en sécurité.

Cristina, une bénévole du Soccorso Alpino (le secours en montagne italien) a déclaré : « Pour moi, aider fait partie de mon amour pour la montagne. La solidarité consiste à prendre soin des autres. Dans le Val de Suse, nous sommes une famille qui s’entraide. »

Du côté français de la frontière, dans la ville de Briançon, des personnes ont organisé des sorties en montagne, à ski ou à pied, à la recherche de réfugié·e·s ou de migrant·e·s qui pourraient avoir besoin d’aide.

Du côté italien de la frontière, les actes de solidarité sont soutenus par les autorités, mais du côté français, ces mêmes actions sont punies.

D’autres actes de solidarité ont également été érigés en infraction. Sept manifestants ont été condamnés pour avoir participé à une marche pacifique spontanée contre la présence d’un groupe anti-migrants qui était arrivé à Briançon en avril 2018, créant un climat de peur. Pendant la manifestation, un migrant est entré en France de manière irrégulière, ce qui a permis aux autorités d’utiliser de manière abusive des accusations d’aide à l’entrée irrégulière pour réprimer la manifestation.

“Je suis très modeste, je ne demande pas la lune… Les personnes vulnérables et celles ayant une famille ne doivent pas être expulsées.”

Anni Lanz, une femme de 73 ans qui défend les droits des réfugié·e·s depuis plus de 30 ans, a été déclarée coupable et condamnée à une amende pour avoir fait traverser la frontière entre l’Italie et la Suisse à un demandeur d’asile afghan qui souffrait de gelures. Anni Lanz savait que cet homme voulait désespérément être avec sa sœur en Suisse et qu’il souffrait de graves problèmes de santé mentale depuis la mort de son épouse et de son enfant.

Aider des personnes en détresse

En Suisse, plusieurs personnes, dont un pasteur, ont été poursuivies et condamnées pour avoir simplement hébergé des réfugié·e·s ou les avoir aidés à demander une protection. Des migrant·e·s et des réfugié·e·s ont également été poursuivis pour avoir aidé des ami·e·s ou des membres de leur famille.

Pourquoi en sommes-nous là ?

Dans toute la région, des gouvernements cherchent de plus en plus à limiter et à dissuader les arrivées en Europe. En conséquence, le fait d’aider des réfugié·e·s ou des migrant·e·s en détresse est considéré comme une menace et une infraction.

En raison de l’effet dissuasif de ces mesures et du fait que les pays européens ne subviennent pas aux besoins les plus élémentaires des réfugié·e·s et des migrant·e·s, ce sont souvent des personnes ordinaires qui leur fournissent de la nourriture, un abri et de l’aide. En sanctionnant les gens qui redoublent d’efforts pour combler les lacunes des pouvoirs publics, les gouvernements européens exposent les personnes en mouvement à un danger encore plus grand.

Lorsque les autorités poursuivent en justice les personnes apportant leur aide, elles créent un environnement hostile, dissuadant d’autres personnes de faire preuve de solidarité et d’aider les réfugié·e·s et les migrant·e·s.

Confrontés à des amendes et à des frais de justice, les défenseur·e·s des droits humains et les ONG qui sont poursuivis sont contraints d’utiliser une partie du temps et des ressources limités normalement destinés à leur travail humanitaire pour se défendre contre des accusations infondées.

“Le travail humanitaire n’est ni criminel, ni héroïque. En élevant l’humanitarisme au rang d’héroïsme, on risque de normaliser le fait de ne pas aider. Aider les autres devrait être normal.”

Seán Binder

Que faire pour arrêter cela ?

Les autorités doivent cesser de traiter les défenseur·e·s des droits humains comme des délinquants.

Les autorités européennes doivent abandonner les charges retenues contre les personnes n’ayant fait qu’aider des réfugié·e·s et des migrant·e·s ou leur être solidaires. Elles doivent cesser d’utiliser de manière abusive des lois anti-passeurs défaillantes contre des personnes aidant d’autres personnes dans le besoin par simple humanité.

Pour cela, les gouvernements européens peuvent changer les lois pour veiller à ce que seules les personnes en tirant un profit matériel puissent être poursuivies.

La solidarité doit être saluée et non pas sanctionnée.

Ce que vous pouvez faire :

Rejoignez notre mouvement. Les gens devraient être libres d’aider. Vous pouvez nous aider :

  • Passez à l’action
  • Parlez à vos ami·e·s des problèmes liés à la criminalisation de la solidarité
  • Partagez l’infographie
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  • Organisez des événements de sensibilisation
  • Soutenez des organisations fournissant de l’aide aux réfugié·e·s et aux migrant·e·s
  • Faites pression sur votre gouvernement et votre Parlement pour qu’ils agissent