Portugal. L’interdiction générale de l’occultation du visage menace plusieurs droits humains

Réagissant à l’adoption par le Parlement portugais d’une loi interdisant l’occultation du visage dans les lieux publics, le directeur d’Amnesty International Portugal, João Godinho Martins, a déclaré :

« Cette nouvelle loi est discriminatoire et elle représente une menace pour les droits humains. Malgré la suppression des références directes à l’islam qui figuraient dans les versions précédentes du texte, cette nouvelle loi viole manifestement les droits humains des femmes musulmanes qui choisissent de couvrir leur visage. Elle représente une menace directe pour leur liberté d’expression et leur liberté de religion. Personne ne devrait dicter à une femme ce qu’elle peut ou ne peut pas porter, et aucune femme ne devrait être pénalisée pour avoir pratiqué sa foi, son identité culturelle ou ses convictions.

« Au lieu de promouvoir les droits des femmes comme cela a été affirmé, cette interdiction générale risque d’avoir l’effet inverse. Les femmes qui choisissent de porter un voile intégral risquent d’être davantage exclues de la vie publique, de subir un isolement social et de rencontrer des difficultés accrues pour accéder à l’éducation, à l’emploi et aux services publics.

Au lieu de promouvoir les droits des femmes comme cela a été affirmé, cette interdiction générale risque d’avoir l’effet inverse

João Godinho Martins, Amnesty International Portugal

« Cette loi a également des répercussions sur le droit au respect de la vie privée et le droit à la liberté de réunion pacifique, car elle interdit spécifiquement de se dissimuler le visage lors de manifestations. Cela va directement à l’encontre du droit international, qui autorise cette dissimulation afin de garantir la possibilité d’y participer de manière anonyme et afin d’empêcher les représailles.

« Cette interdiction n’est pas compatible avec les obligations qui incombent au Portugal au titre du droit international relatif aux droits humains, car elle restreint de manière disproportionnée la liberté de religion, la liberté d’expression et l’autonomie personnelle des femmes, et constitue une menace pour le droit de manifester. De plus, elle porte gravement atteinte à plusieurs droits protégés par la Constitution portugaise. Nous appelons le président de la République portugaise à ne pas promulguer cette loi et à la soumettre à un contrôle de constitutionnalité. »

Complément d’information

Le projet de loi a été adopté aujourd’hui à la majorité des deux tiers par le Parlement portugais. 

Le 17 octobre 2025, le Parlement avait approuvé une première version du projet de loi présenté par le parti d’extrême droite Chega visant à interdire le port de la burqa et des voiles dissimulant le visage dans les lieux publics, invoquant les droits des femmes et des préoccupations en matière de sécurité.

La législation portugaise prévoit déjà des restrictions spécifiques concernant le port de voiles couvrant entièrement le visage dans des lieux à haut risque clairement définis tels que les postes de contrôle aux frontières. Les personnes peuvent également être tenues de dévoiler leur visage lorsque cela est objectivement nécessaire, par exemple pour vérifier leur identité.