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Iran. « Les homicides de manifestant·e·s doivent immédiatement faire l’objet d’une enquête par un mécanisme international d’obligation de rendre des comptes », selon la secrétaire générale d’Amnesty International

L’enquête que mène actuellement Amnesty International sur la répression des manifestations en Iran a révélé un recours illégal à la force et une violence impitoyable qui relèvent d’une pratique systématique des forces de sécurité. Celles-ci utilisent notamment des tirs de balles réelles, de grenaille et d’autres plombs, rouent de coups des manifestant·e·s et se livrent à des violences liées au genre, y compris sexuelles, contre des femmes. En réaction à l’intensification de cette répression brutale à la faveur des coupures délibérées de l’accès à Internet et aux réseaux mobiles, Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a déclaré :

« Nous voyons des images d’Iraniennes et d’Iraniens des quatre coins du pays qui se dressent avec bravoure contre les forces de sécurité, de femmes qui se coupent les cheveux et brûlent leurs foulards. À l’heure qu’il est, des dizaines de personnes, dont des enfants, ont déjà été tuées et des centaines d’autres blessées. Les voix du courageux peuple d’Iran réclamant désespérément le soutien de la communauté internationale ne doivent pas être ignorées.

Les voix du courageux peuple d’Iran réclamant désespérément le soutien de la communauté internationale ne doivent pas être ignorées.

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International

« Les lois discriminatoires, la répression de toute forme d’opposition depuis des décennies et l’impunité systématique pour les homicides illégaux commis lors de manifestations et derrière les murs des prisons ont suscité cette vague de colère nationale sans précédent.

« Nous demandons à toutes les personnes à travers le monde de signer notre pétition mondiale pour exiger une action décisive des dirigeant·e·s de leurs pays. Il faut que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies crée de toute urgence un mécanisme indépendant d’enquête et d’obligation de rendre des comptes pour les plus graves crimes de droit international commis par les autorités iraniennes. La population iranienne mérite mieux que des mots creux. La crise de l’impunité systématique qui sévit depuis longtemps dans le pays doit cesser, et elle doit cesser immédiatement. »

En Iran, les forces de sécurité ont tiré illégalement et délibérément des balles réelles, des grenailles et d’autres plombs pour interrompre violemment des manifestations majoritairement pacifiques. Ce mouvement de protestation a été déclenché par la mort en détention de Mahsa (Zhina) Amini, âgée de 22 ans, le 16 septembre, quelques jours après sa violente arrestation par la « police des mœurs » iranienne pour non-respect des lois discriminatoires imposant le port du voile.

Amnesty International a recensé des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont été tués par les forces de sécurité. L’organisation pense que le nombre réel de morts est plus élevé encore et poursuit ses efforts pour identifier les victimes.

Une personne présente à la manifestation qui a eu lieu dans la rue Sattar Khan à Téhéran le 25 septembre a raconté à Amnesty International : « Les forces de sécurité n’ont pas eu la moindre pitié pour quiconque. Elles ont tiré avec des fusils sur les gens et ont roué des personnes de coups de matraque, de poing et de pied. »

Amnesty International a relevé de nombreuses violences liées au genre ; des membres des forces de sécurité ont notamment agressé sexuellement des manifestantes, par exemple en leur empoignant les seins, et tiré violemment des femmes par les cheveux car elles avaient enlevé leur foulard.

L’organisation enquête également sur les arrestations massives de manifestant·e·s et de passant·e·s, ainsi que de journalistes, de militant·e·s politiques, d’avocat·e·s et de défenseur·e·s des droits humains, en particulier parmi les personnes défendant les droits des femmes et les membres de minorités ethniques opprimées.

Certaines informations indiquent que des manifestant·e·s ont commis des violences. Amnesty International souligne que le recours à la violence par un petit groupe ne justifie par l’usage de la force meurtrière contre des personnes qui ne représentent pas une menace imminente de mort ou de blessure grave envers les membres des forces de sécurité ou d’autres personnes. Selon le droit international et les normes connexes, même lorsque des manifestant·e·s se livrent à des actions violentes, les responsables de l’application des lois doivent veiller à ce que les personnes qui restent pacifiques puissent continuer de manifester sans subir de pressions ni d’intimidation de la part des forces de sécurité.