Arabie saoudite. Les dernières conclusions renforcent la nécessité d’amener les responsables du meurtre de Jamal Khashoggi à rendre des comptes

Les pressions se font plus vives pour que les autorités saoudiennes rendent des comptes pour l’exécution extrajudiciaire de Jamal Khashoggi et les violations des droits humains subies de longue date par des journalistes, des détracteurs et des défenseur·e·s des droits humains, a déclaré Amnesty International le 4 mars 2021.

La publication cette semaine d’un rapport des services de renseignement américains, qui conclut que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a donné le feu vert à l’opération visant à capturer ou tuer Jamal Khashoggi, a amené le gouvernement des États-Unis à décréter des sanctions contre plusieurs officiels saoudiens. Quelques jours plus tard, Reporters sans frontières (RSF) a déposé plainte auprès du procureur général allemand contre le prince héritier et plusieurs hauts responsables saoudiens pour l’assassinat de Jamal Khashoggi et la persécution des journalistes en Arabie saoudite.

« Plus de deux ans après le meurtre cautionné par l’État de Jamal Khashoggi, sa famille n’a toujours aucune information sur le lieu où se trouve sa dépouille, tandis que de hauts responsables continuent de se soustraire à la justice et sont libres de poursuivre leur répression  brutale contre les dissidents pacifiques, a déclaré Heba Morayef, directrice du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient à Amnesty International.

« Pourtant, le cas de Jamal Khashoggi n’est pas tombé dans l’oubli et se retrouve de nouveau sous les feux des projecteurs. Il est primordial d’amener les responsables présumés de son assassinat à rendre des comptes. Établir effectivement les responsabilités pourrait avoir d’énormes implications pour les nombreux défenseur·e·s des droits humains injustement détenus et persécutés en Arabie saoudite, et pour les militant·e·s saoudiens exilés installés à l’étranger. »

Il est primordial d’amener les responsables présumés de son assassinat à rendre des comptes. Établir effectivement les responsabilités pourrait avoir d’énormes implications pour les nombreux défenseur·e·s des droits humains injustement détenus et persécutés en Arabie saoudite, et pour les militant·e·s saoudiens exilés installés à l’étranger.
Heba Morayef, directrice du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient à Amnesty International

Amnesty International a souligné à maintes reprises que le procès à huis clos, en Arabie saoudite, à l’issue duquel huit personnes ont été condamnées pour le meurtre de Jamal Khashoggi, a péché par manque de crédibilité et de transparence. Aussi appelle-t-elle de ses vœux une enquête internationale, indépendante et impartiale, identifiant toutes les personnes impliquées dans cet assassinat, quel que soit leur rang ou leur statut, en vue de les déférer à la justice. La disparition forcée, la torture et l’exécution extrajudiciaire dont il a été victime constituent des crimes relevant du droit international, et n’importe quel État pourrait enquêter et engager des poursuites.

« Il faut replacer l’assassinat de Jamal Khashoggi dans le contexte de la répression systématique qu’exerce le gouvernement saoudien contre les journalistes, les défenseur·e·s des droits humains et d’autres au sein de la société civile. Cette campagne minutieusement orchestrée pour écraser les dissident·e·s et les opposant·e·s politiques à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, notamment l’arrestation et la torture infligée à des femmes qui défendent les droits, est menée depuis des années sous la direction des plus hautes sphères du pouvoir saoudien, a déclaré Heba Morayef.

« Les autorités saoudiennes doivent agir immédiatement et libérer les dizaines de détracteurs pacifiques et de défenseur·e·s qui sont injustement incarcérés parce qu’ils ont exprimé sans violence leurs opinions. »

Amnesty International a recensé au moins 47 cas de personnes en Arabie saoudite qui purgent des peines de prison pouvant aller jusqu’à 30 ans, pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. C’est notamment le cas de la défenseure des droits des femmes Loujain al Hathloul, qui a récemment bénéficié d’une libération conditionnelle assortie d’une mise à l’épreuve.