Côte d’Ivoire. La répression des voix critiques met la liberté d’expression à rude épreuve

  • Le procès d’un député poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles s’ouvre demain
  • Un membre de la Coalition des indignés inculpé aujourd’hui
  • Un activiste en ligne arbitrairement arrêté et torturé dans un commissariat de police

Les autorités ivoiriennes doivent abandonner les poursuites judiciaires contre des activistes et opposants et immédiatement libérer les personnes arbitrairement arrêtées pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression, a déclaré Amnesty International à la veille du procès d’un député accusé de diffusion de fausse publication et incitation à la révolte.

Le député Alain Lobognon sera jugé ce 29 janvier. L’activiste Daleba Nahounou, secrétaire général par intérim de la Coalition des indignés de Côte d’Ivoire (CICI) est pour sa part convoqué aujourd’hui par un juge, et finalement inculpé pour diffusion de fausse nouvelle mais n’a pas été incarcéré. Un autre activiste en ligne Soro Tangboho alias Carton Noir avait subi des actes de torture infligés par des agents de police, et est détenu depuis près de trois mois à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) pour trouble à l’ordre public.

Les arrestations arbitraires et le harcèlement judiciaire des activistes et opposants ne visent qu’à museler les voix dissidentes dans un pays qui sort à peine d’élections locales émaillées de violences
Kiné Fatim Diop, chargée de Campagne pour l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International


  «Les arrestations arbitraires et le harcèlement judiciaire des activistes et opposants ne visent qu’à museler les voix dissidentes dans un pays qui sort à peine d’élections locales émaillées de violences,» a déclaré Kiné Fatim Diop, chargée de Campagne pour l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

« Les violations de la liberté d’expression risquent non seulement de fragiliser la paix sociale, mais aussi d’entraver le droit à l’accès et à la libre diffusion d’informations dans un contexte politique tendu à un an de l’élection présidentielle. Les autorités doivent abandonner les poursuites contre Alain Lobognon et Soro Tangboho, et les libérer immédiatement et sans condition.»

Le député Alain Lobognon, proche du président de l’Assemblée nationale ivoirienne Guillaume Soro, avait publié le 9 janvier dernier sur les réseaux sociaux une information selon laquelle le procureur avait ordonné l’arrestation d’un autre député, Jacques Ehouo.  

Au cours d’une conférence de presse, le procureur avait démenti l’information publiée par Lobognon qui sera convoqué et auditionné. Il sera accusé de « diffusion de fausse publication à partir des réseaux sociaux et incitation à la révolte.» Il sera transféré le 15 janvier à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA).

Bien qu’Alain Lobognon soit protégé par son immunité parlementaire, le procureur avait ordonné son arrestation en vertu d’un article de la Constitution qui permet de juger un député en flagrant délit. Si Lobognon est jugé coupable demain, il risque une condamnation à une peine comprise entre un et cinq ans de prison.

Ce procès s’inscrit dans la vague de répression visant les activistes depuis plusieurs mois en Côte d’Ivoire. Le 8 novembre dernier l’activiste en ligne Soro Tangboho alias Carton Noir avait été arrêté de façon arbitraire dans la ville de Korogho au nord du pays.

Il a été soumis à des actes de torture et des mauvais traitements pour avoir filmé en direct sur Facebook des agents de police qui, selon lui, rackettaient des automobilistes. Il a été battu dans les locaux du commissariat de police de Korhogo. Après avoir passé deux nuits au commissariat, il a été transféré dans les locaux de la Direction de la surveillance du territoire (DST) où, la première nuit de sa détention, il a dormi menotté dans le dos.  

Daleba Nahounou, un autre activiste, secrétaire général par intérim de la Coalition des indignés de Côte d’Ivoire (CICI) a été convoqué le 23 janvier dernier pour se présenter devant le juge ce 28 janvier. Il a été inculpé pour diffusion de fausse nouvelle mais n’a pas été incarcéré.  

« Des opinions exprimées librement ne peuvent faire l’objet de poursuites devant les tribunaux simplement parce qu’elles sont critiques, sauf si les autorités entendent en faire un moyen pour réduire au silence les voix dissidentes, » a déclaré Kiné Fatim Diop.

« Toutes les personnes arbitrairement arrêtées pour avoir simplement exercé leur droit à la liberté d’expression doivent être immédiatement libérées. »

Toutes les personnes arbitrairement arrêtées pour avoir simplement exercé leur droit à la liberté d’expression doivent être immédiatement libérées
Kiné Fatim Diop

Complément d’information
Des élections municipales et régionales ont eu lieu en Côte d’Ivoire le 13 octobre dernier. Le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et pour la paix (RHDP) et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) se sont mutuellement accusés de fraudes à l’issue d’un scrutin particulièrement tendu dans certaines localités.

La commune du Plateau, l’une des plus grandes d’Abidjan était au centre d’une crise politique durant ces élections locales. Le député Jacques Ehouo, qui a dirigé une liste conduite par le PDCI y a gagné les élections.  Il est inculpé par le procureur pour des faits de « détournement de deniers publics, faux et usage de faux, et blanchiment de capitaux. » Il n’a pas été arrêté.