Philippines. Il faut amener la police à rendre des comptes pour les homicides illégaux de la «guerre contre la drogue»

En réaction aux informations selon lesquelles la police a repris son rôle dans la mise en œuvre de la « guerre contre la drogue » déclarée par le gouvernement du président Rodrigo Duterte, James Gomez, directeur régional pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique à Amnesty International, a déclaré :

« Depuis que le président Rodrigo Duterte est arrivé au pouvoir, la police a tué illégalement des milliers de personnes, la vaste majorité des victimes étant issues de milieux pauvres et marginalisés, dans des attaques si répandues et si brutales qu’elles pourraient bien s’apparenter à des crimes contre l’humanité. Maintenant que la police retourne à nouveau en première ligne des opérations de lutte contre les stupéfiants, le gouvernement doit veiller à ce que les bains de sang de ces derniers 18 mois ne se répètent pas.

« Jusqu’à présent, la police a été autorisée à opérer dans une culture d’impunité quasi-totale. La décision du ministère de la Justice d’engager des poursuites pour meurtre contre trois policiers accusés de l’homicide de Kian Loyd Delos Santos, l’adolescent dont la mort est emblématique des horreurs de la “guerre contre la drogue”, est une mesure positive. Cependant, des enquêtes indépendantes doivent être menées sur chacun des milliers d’autres homicides illégaux, et tous les responsables, y compris ceux qui se trouvent à des postes de commandement, doivent être amenés à rendre des comptes.

« Le fait que le chef de la police nationale ait lui-même déclaré que la prochaine phase des opérations de lutte contre les stupéfiants ne se ferait pas “sans effusion de sang” souligne qu’une vigilance accrue est nécessaire. Ce dont le pays a besoin, c’est d’une politique publique en matière de drogue basée sur la santé, qui respecte les droits humains, l’état de droit et la justice pour les familles des victimes. Les Philippines ne doivent pas, et ne devraient pas tenter de régler leurs problèmes de stupéfiants par les armes. »

Complément d’information

Le 12 octobre 2017, le président des Philippines Rodrigo Duterte a réduit pour la seconde fois le rôle de la police dans les opérations liées aux stupéfiants au profit de l’Agence nationale de lutte contre les stupéfiants. Le 22 novembre cependant, il a déclaré dans un discours à la nation qu'il envisageait de revenir sur cette décision.

Le 29 janvier 2018, la police a repris son rôle dans les opérations liées aux stupéfiants, en faisant des descentes au domicile de trafiquants présumés et de consommateurs de stupéfiants. Le chef de la police nationale, Ronaldo dela Rosa a déclaré que la campagne devrait être exempte de toute violence « tant que les délinquants ne résistaient pas à leur arrestation », mais il a prévenu qu’il ne pouvait pas garantir une « campagne de lutte contre les stupéfiants infaillible qui se ferait sans effusion de sang ». La police a régulièrement affirmé que des suspects avaient « résisté » pour justifier des exécutions extrajudiciaires.

Le même jour, le ministère de la Justice a engagé des poursuites pour meurtre contre trois policiers accusés de l’homicide de Kian Loyd Delos Santos, un adolescent dont la mort a galvanisé les critiques des homicides illégaux perpétrés par la police.

Compte tenu de la gravité des crimes en question et de l’incapacité du gouvernement à enquêter dessus de manière efficace, Amnesty International appelle à l’ouverture d’une enquête internationale, menée par la Cour pénale internationale, afin d’établir les faits, d’amener les responsables présumés à rendre des comptes et de veiller à ce que des réparations soient accordées aux victimes.