Russie. La demande d’interdiction des organisations d’Alexeï Navalny est une nouvelle tentative de réprimer complètement la dissidence

Réagissant aux informations selon lesquelles un procureur russe a déposé une requête auprès d’un tribunal pour demander de qualifier la Fondation anticorruption d’Alexeï Navalny et les organisations associées d’« extrémistes » et donc d’interdire leurs activités, Natalia Zviaguina, directrice du bureau d’Amnesty International à Moscou, a déclaré :

« Cette menace d’interdiction a de lourdes conséquences pour la société civile russe. Des dizaines de milliers de manifestant·e·s pacifiques et de membres du personnel des organisations d’Alexeï Navalny sont en grand danger : si leurs organisations sont qualifiées d’“extrémistes”, ces personnes risqueront à tout moment d’être poursuivies en justice.

Cette menace d’interdiction a de lourdes conséquences pour la société civile russe. Des dizaines de milliers de manifestant·e·s pacifiques et de membres du personnel des organisations d’Alexeï Navalny sont en grand danger.
Natalia Zviaguina, directrice du bureau d’Amnesty International à Moscou

« Cette mesure ramènera la Russie à l’époque où la peur des graves représailles de l’État empêchait toute forme de dissidence ou d’actions contraires à la “ligne du parti”.

« La Russie utilise depuis de nombreuses années la législation “anti-extrémisme” de manière abusive, comme en 2017, lorsque le mouvement des Témoins de Jéhovah a été interdit pour des motifs fallacieux d’“extrémisme”. Les poursuites pour “extrémisme” ont généralement bafoué les droits humains et les garanties d’équité des procès. La requête formulée aujourd’hui par le procureur amènera de nombreuses personnes à réfléchir à deux fois avant de continuer de soutenir l’organisation anticorruption d’Alexeï Navalny et les organisations similaires.    

« Si le tribunal qualifie les organisations d’Alexeï Navalny d’“extrémistes” et les interdit, cela portera l’un des plus graves coups au droit à la liberté d’expression et d’association de l’histoire postsoviétique. »

Si le tribunal qualifie les organisations d’Alexeï Navalny d’“extrémistes” et les interdit, cela portera l’un des plus graves coups au droit à la liberté d’expression et d’association de l’histoire postsoviétique.
Natalia Zviaguina

Complément d’information

Le 16 avril 2021, le bureau du procureur de Moscou a déposé une requête officielle auprès du tribunal municipal de Moscou demandant de qualifier d’« extrémistes » et d’interdire trois organisations liées à Alexeï Navalny : la Fondation anticorruption, la Citizens’ Rights Protection Foundation (Fondation pour la protection des droits des citoyens) et le « Quartier général d’Alexeï Navalny ». D’après le service de presse du procureur, ces organisations « œuvrent à créer des conditions pour déstabiliser la situation sociale et socio-politique sous couvert de slogans libéraux ».

Au titre de la législation russe, le fait d’appartenir à des organisations « extrémistes », d’en fonder ou d’en diriger est passible de 10 ans d’emprisonnement. Le fait de financer ces organisations est passible de huit ans d’emprisonnement et l’utilisation publique de leurs symboles et logos peut entraîner une inéligibilité d’un an.

Alexeï Navalny a survécu de justesse à un empoisonnement – ce qui a depuis été confirmé de manière indépendante – au moyen d’un agent neurotoxique de type Novitchok le 20 août 2020. Le 17 janvier 2021, il a été arrêté à son arrivée en Russie en revenant d’Allemagne, où il se rétablissait, et a été emprisonné pour deux ans et six mois pour « violation des conditions de sa mise à l’épreuve ».

Amnesty International considère que la détention d’Alexeï Navalny est illégale et motivée par des considérations politiques et appelle les autorités russes à lui permettre immédiatement de consulter un médecin de son choix et à le libérer.