Soudan. Le gouvernement mène une offensive meurtrière contre les manifestants, faisant neuf morts et empêchant l’approvisionnement en eau et en nourriture

Neuf personnes auraient été tuées au Soudan depuis le début, le 6 avril, d’un sit-in organisé par des manifestants devant le quartier général de l’armée à Khartoum, dans le cadre duquel la police et les forces de sécurité ont eu recours à une force excessive pour essayer de disperser les manifestants demandant le départ du président Omar el Béchir, a appris Amnesty International.

« Les autorités soudanaises doivent cesser d’ouvrir le feu sur des manifestants exerçant pacifiquement leur droit à la liberté d’expression. Le fait que neuf personnes qui se mobilisaient simplement pour leurs convictions aient été tuées est totalement inacceptable », a déclaré Joan Nyanyuki, directrice régionale pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands Lacs à Amnesty International.

Les autorités soudanaises doivent cesser d’ouvrir le feu sur des manifestants exerçant pacifiquement leur droit à la liberté d’expression. Le fait que neuf personnes qui se mobilisaient simplement pour leurs convictions aient été tuées est totalement inacceptable.
Joan Nyanyuki, directrice régionale pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands Lacs à Amnesty International

Amnesty International a pu confirmer que deux hommes avaient été tués tôt mardi 9 avril au matin, dont un près de chez lui à Omdurman, alors qu’il rentrait du sit-in. L’autre homme a été tué dans ce qui semblait être un accrochage entre le Service national de la sûreté et du renseignement (NISS) et la police d’un côté et des agents des Forces armées soudanaises (SAF) de l’autre. Un militaire aurait également été tué d’une balle dans la tête lors des affrontements de la matinée.

Selon le Comité central des médecins soudanais (CCSD), cinq autres personnes ont été abattues à Khartoum le 6 avril, lorsque le NISS et des policiers ont tiré à balles réelles et utilisé du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants du sit-in.

Le Comité de coordination des personnes déplacées du Darfour a également signalé qu’une femme était morte le même jour à Zalingei, la capitale de l’État du Darfour central. Elle a été abattue lorsque des agents des forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants.

Le Comité central des médecins soudanais a également déclaré qu’un homme était mort après avoir été renversé par un véhicule du NISS à El Obeid, la capitale du Kordofan, le 7 avril.

En outre, le 8 avril, des officiers subalternes de l’armée ont ouvert le feu, officiellement pour protéger les manifestants pacifiques, après que des agents du NISS avaient essayé de disperser les manifestants devant le quartier général de l’armée au moyen d’armes à feu.

« Toutes les forces de sécurité et forces armées du gouvernement doivent immédiatement mettre fin à ce recours irresponsable et meurtrier à la violence dans le cadre des manifestations pacifiques devant le quartier général de l’armée », a déclaré Joan Nyanyuki.

Toutes les forces de sécurité et forces armées du gouvernement doivent immédiatement mettre fin à ce recours irresponsable et meurtrier à la violence dans le cadre des manifestations pacifiques devant le quartier général de l’armée.
Joan Nyanyuki

Des manifestants ont déclaré à Amnesty International que toutes les plateformes de réseaux sociaux avaient été bloquées et que le réseau téléphonique autour du quartier général de l’armée était devenu sensiblement plus faible.

Les autorités municipales de Khartoum ont également coupé l’approvisionnement en eau et en nourriture dans la zone, et les voitures transportant de l’eau et de la nourriture pour les manifestants sont fouillées et confisquées par le NISS.

« Ces mesures prises par les autorités en vue d’essayer d’affamer les manifestants et de les empêcher de communiquer constituent une tentative évidente de les réduire au silence et de les priver de leurs droits humains. Le gouvernement doit immédiatement cesser d’utiliser la privation d’eau et de nourriture comme moyen d’oppression contre ces personnes », a déclaré Joan Nyanyuki.

Ces mesures prises par les autorités en vue d’essayer d’affamer les manifestants et de les empêcher de communiquer constituent une tentative évidente de les réduire au silence et de les priver de leurs droits humains.
Joan Nyanyuki

Complément d’information

L’Association des professionnels soudanais (APS) a lancé un appel à manifester le 6 avril 2019, d’une part pour marquer le 34e anniversaire du renversement du gouvernement de l’ancien président Gaafar Mohammed al Nimeiry par les Forces armées soudanaises (SAF) à la suite d’un soulèvement populaire, et d’autre part pour protester contre le gouvernement actuel.

Des milliers de manifestants ont répondu à l’appel et se sont réunis devant le quartier général de l’armée soudanaise pour demander la démission du gouvernement du président Omar el Béchir. L’APS a appelé les manifestants à organiser un sit-in devant le quartier général de l’armée jusqu’à ce que leurs demandes de changement de gouvernement dans le pays soient satisfaites.

Le nouveau Premier ministre soudanais Mohamed Tahir Ayala aurait accusé l’APS de harceler les forces de sécurité et aurait affirmé que les institutions gouvernementales répondraient de manière ferme.

Le comité central des médecins soudanais et le comité de coordination des personnes déplacées ont également signalé des blessés parmi les manifestants, faisant état d’au moins 21 personnes blessées depuis le 6 avril. Parmi ces personnes, 17 ont été blessées pendant le weekend à Khartoum, dont un militaire, et quatre étaient des personnes déplacées vivant actuellement à Zalingei.