Thaïlande. Les autorités doivent abandonner les poursuites absurdes engagées à la suite d’une action de protestation pacifique dans une université

Ces poursuites absurdes seraient risibles sans leurs conséquences potentiellement graves pour les personnes concernées, et ce qu’elles révèlent de l’état alarmant du droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique en Thaïlande.
Katherine Gerson, chargée de campagne sur la Thaïlande à Amnesty International

En réaction aux informations indiquant que deux professeurs et deux étudiants de l’Université de Chiang Mai ont été inculpés mercredi 4 juillet, en même temps qu’une écrivaine, pour « rassemblement politique illégal » après avoir été photographiés lors d’une conférence universitaire privée avec une bannière de protestation contre la surveillance de cet événement par l’armée, Katherine Gerson, chargée de campagne sur la Thaïlande à Amnesty International, a déclaré :

« Ces poursuites absurdes seraient risibles sans leurs conséquences potentiellement graves pour les personnes concernées, et ce qu’elles révèlent de l’état alarmant du droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique en Thaïlande.

« Ces étudiants et professeurs n’ont rien fait d’autre qu’un commentaire satirique non violent sur la forte présence militaire lors d’une conférence universitaire. À cause des poursuites, ils pourraient encourir six mois d’emprisonnement en vertu d’un décret répressif introduit par le gouvernement militaire. En portant ce cas devant la justice, les autorités attirent l’attention sur les mesures désastreuses qu’elles utilisent pour réduire au silence les universitaires et étouffer toute forme de dissidence.

« Les autorités thaïlandaises doivent abandonner ces poursuites ridicules et abroger le décret militaire qui interdit les rassemblements publics pacifiques de cinq personnes ou plus. Elles doivent également mettre fin aux poursuites, au harcèlement et à la surveillance d’universitaires, de militants et d’intellectuels, qui minent le pays depuis le coup d’État. »

Complément d’information

Lors de la 13Conférence internationale sur les études thaïlandaises qui s’est déroulée à l’Université de Chiang Mai en juillet 2017, des participants ont brandi une bannière en langue thaïe proclamant : « Un colloque universitaire n’est pas une base militaire », en référence à la lourde surveillance de l’événement par des membres des forces de sécurité en uniforme et en civil.

Ce groupe a été photographié avec la bannière et en train de faire des saluts inspirés de celui qui apparaît dans la série de films Hunger Games. L’armée royale de Thaïlande a déposé une plainte contre ses membres en août 2017.

Les personnes inculpées mercredi 4 juillet par le tribunal de Chiang Mai sont Chayan Vaddhanaphuti, organisateur de conférences et professeur, Chaipong Samnieng, doctorant en sociologie et anthropologie et enseignant à l’université, Teeramon Buangam, étudiante en maîtrise, Nontawat Machai, étudiant en licence, et Pakavadi Veerapaspong , écrivaine et traductrice freelance. Ce groupe a affirmé subir une surveillance et un harcèlement permanents depuis un an.

Depuis qu’il a pris le pouvoir par coup d’État en mai 2014, le gouvernement militaire a mis en place des mesures injustifiables visant à réprimer toute critique à son égard et tout engagement dans des activités politiques, qui, entre autres conséquences sur le droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique, ont eu un effet paralysant sur l’exercice des libertés académiques.