Chine. L’incarcération de militantes révèle l’hypocrisie du président Xi sur les droits des femmes avant un Sommet à l’ONU

Le gouvernement chinois doit cesser de sévir contre les militantes sil souhaite réellement faire progresser les droits fondamentaux des femmes et des filles, a déclaré Amnesty International avant une réunion co-organisée par la Chine et ONU Femmes rassemblant des dirigeants mondiaux aux Nations unies.

Il est prévu que Xi Jinping préside la réunion sur lautonomisation des femmes dimanche 27 septembre aux Nations unies, à New York, bien que les autorités chinoises maintiennent actuellement en détention au moins 11 militantes en faveur des droits des femmes et en aient persécuté des dizaines dautres depuis son arrivée au pouvoir.

Ces deux dernières années, les autorités chinoises ont également mis un terme aux activités de trois organisations non gouvernementales défendant les droits des femmes, dans le cadre dune vaste opération de répression contre la société civile.

« Il est hypocrite de la part du président Xi Jinping dutiliser la scène internationale pour proclamer limportance des droits fondamentaux des femmes pendant que les autorités chinoises continuent à jeter en prison des femmes luttant pour ces mêmes droits », a déclaré Roseann Rife, directrice des recherches pour lAsie de lEst à Amnesty International.

Il est hypocrite de la part du président Xi Jinping d’utiliser la scène internationale pour proclamer l’importance des droits fondamentaux des femmes pendant que les autorités chinoises continuent à jeter en prison des femmes luttant pour ces mêmes droits.
Roseann Rife, directrice des recherches pour l’Asie de l’Est à Amnesty International

« Le gouvernement chinois continue à réduire au silence des femmes comme Su Changlan et Wang Yu. Leur voix doit être entendue si lon souhaite que les droits des femmes et légalité des genres avancent. »

La réunion sinscrit dans les commémorations de « Beijing+20 » qui marquent les 20 années écoulées depuis que les gouvernements se sont rassemblés dans la capitale chinoise pour sengager en faveur de lautonomisation des femmes et de légalité des genres dans le monde entier.

Les progrès considérables réalisés par la Chine en matière de réduction de la pauvreté et daccès à léducation pour les femmes et les filles sont gravement compromis par les actes dintimidation, les manœuvres de harcèlement et les incarcérations dont sont victimes des militantes en faveur des droits humains.

Su Changlan, une ancienne institutrice de 44 ans originaire du sud de la Chine, encourt 15 ans de prison pour « incitation à la subversion de lÉtat », bien que la mise en accusation nait pas encore été prononcée. Elle a milité pour mettre fin à la violence contre les femmes et aux mariages précoces et forcés, et aidé des victimes de la politique coercitive de planification familiale en Chine.

Wang Yu, avocate de renom spécialisée dans la défense des droits humains, qui a combattu le harcèlement sexuel subi par des écolières et défendu des militantes en faveur des droits humains, a été arrêtée au début du mois de juillet dans le cadre dune opération de répression sans précédent contre les avocats en Chine. Accusée d« incitation à la subversion de lÉtat », elle est détenue dans un lieu secret.

En mai, la journaliste indépendante Gao Yu a été condamnée à sept ans de prison pour « divulgation de secrets dÉtat », une charge infondée. Son état de santé sest détérioré depuis son incarcération et suscite de vives inquiétudes.

Les autorités chinoises nont toujours pas obligé qui que ce soit à rendre des comptes pour la mort en détention de Cao Shunli, qui a succombé à une défaillance organique en mars dernier. Sa famille a demandé à plusieurs reprises quelle reçoive des soins pour les graves problèmes de santé dont elle souffrait, en vain. Cao Shunli se trouvait en détention depuis septembre 2013, lorsque la police de Pékin la empêchée de se rendre à Genève pour assister à un programme de formation en matière de droits humains.

En mars, cinq militantes en faveur des droits des femmes ont été placées en détention pour avoir voulu mener une action contre le harcèlement sexuel à loccasion de la Journée internationale de la femme. Ces cinq militantes - Wei Tingting, Wang Man, Wu Rongrong, Li Tingting et Zheng Churan - ont été libérées sous caution au bout dun mois, après que leur arrestation eut suscité un tollé international, mais elles risquent toujours dêtre poursuivies.

Elles continuent à être harcelées par les autorités. Cette semaine, Li Tingting a révélé que la police locale et le conseil de quartier avaient exercé des pressions sur son propriétaire afin de linciter à expulser la jeune femme.

« Ces femmes courageuses, et beaucoup dautres comme elles, paient un prix élevé pour leur dévouement à la lutte pour les droits des femmes et leur autonomisation », a déclaré Roseann Rife.  

« Le signal le plus clair que pourrait donner le président Xi Jinping afin de montrer que la Chine est déterminée à renforcer les moyens daction des femmes serait de garantir la libération immédiate de ces militantes. Les autorités chinoises doivent travailler avec elles, pas contre elles. »