Réagissant à la disparition de l’avocat malien et leader de l’opposition Mountaga Tall survenue aux premières heures du 3 mai, Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, a déclaré :
« Nous sommes alarmés par la disparition de Mountaga Tall, qui a été emmené de son domicile par des hommes armés cagoulés. À ce jour, personne ne sait s’il est détenu ni où il se trouve, ni si des charges ont été retenues contre lui. Les autorités maliennes doivent de toute urgence révéler ce qu’il est advenu de lui et où il se trouve, et le libérer immédiatement ou respecter une procédure régulière s’il est accusé d’infractions.
Les autorités doivent mettre fin aux restrictions qu’elles imposent à l’espace civique et aux atteintes aux droits humains.
Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale
« Nous avons constaté une tendance aux enlèvements au Mali, perpétrés par des agents de l’Agence nationale de la Sécurité d’État (ANSE). Les autorités doivent mettre fin aux restrictions qu’elles imposent à l’espace civique et aux atteintes aux droits humains, et respecter les obligations et engagements du pays en matière de droits humains. »
Contexte
Aux premières heures du 3 mai 2026, Mountaga Tall, leader du Congrès national pour l’Initiative démocratique (CNID), a été enlevé à son domicile à Bamako par des hommes armés et cagoulés circulant dans des véhicules sans immatriculation. Dans un communiqué publié le 3 mai, sa famille a dénoncé l’absence de motifs invoqués pour ce qu’elle considère comme une arrestation, ainsi que le manque d’informations concernant son sort ou sa détention.
Si cet enlèvement a été perpétré par des agents de l’État, ou avec leur soutien ou leur accord, il constitue une disparition forcée et place Mountaga Tall hors de la protection de la loi, l’exposant à un risque élevé de torture ou d’autres mauvais traitements.
Au cours des trois dernières années, Mountaga Tall, figure clé de la démocratisation politique du Mali dans les années 1990, a contesté devant les cours et tribunaux maliens la dissolution des partis politiques par les autorités militaires, et a défendu devant les tribunaux plusieurs personnalités politiques détenues arbitrairement.
Le 25 avril 2026, le groupe armé Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, en coordination avec le groupe armé Front de libération de l’Azawad, a mené des attaques simultanées dans six villes du Mali, faisant de nombreuses victimes, dont le ministre de la Défense. Le 1er mai, le tribunal militaire de Bamako a annoncé qu’une enquête sur ces attaques était en cours et que plusieurs personnes, dont des responsables politiques et des membres de l’armée, avaient été arrêtées, d’autres arrestations étant attendues.


