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Avancée dans le domaine des droits des autochtones au Canada

L’action d’une communauté autochtone du Canada visant à faire cesser la coupe à blanc sur ses terres a incité une multinationale du papier à ne plus acheter de fibre de bois provenant de cette région. Le 27 février, l’entreprise Boise Inc. a annoncé qu’elle allait « soutenir la recommandation d'Amnesty International » et qu’elle n'achèterait plus de fibre de bois venant du territoire traditionnel de la Première nation de Grassy Narrows, situé dans le nord-ouest de l’Ontario, jusqu’à ce que cette communauté ait donné son accord à l’abattage des arbres. « Boise a fait ce qu’il fallait, a déclaré Craig Benjamin, qui s’occupe des droits humains des populations autochtones pour la section canadienne d’Amnesty International. Cette entreprise a montré l’exemple et nous espérons que d’autres sociétés ainsi que la province de l’Ontario lui emboîteront le pas. » La forêt revêt une grande importance pour le peuple anishnaabe de Grassy Narrows, qui y chasse, y pose des pièges et y pratique la cueillette ainsi que d’autres activités centrales pour sa culture et essentielles à sa subsistance. En 1873, il a signé le Traité n° 3 avec le gouvernement canadien, qui lui a reconnu le droit de poursuivre ces activités sur l’ensemble des terres où il les menait traditionnellement. Les recherches actuellement effectuées par Amnesty International à Grassy Narrows confirment que la province de l’Ontario a autorisé l’abattage à grande échelle sans prévoir une protection adéquate des droits humains et sans respecter ses propres obligations au regard du droit canadien. Le 2 décembre 2002, des jeunes gens de Grassy Narrows se sont couchés sur la route empruntée par les engins forestiers, bloquant ainsi l’accès au territoire traditionnel de leur communauté. Leur action a marqué le début de la plus longue opération de barrage organisée par des autochtones contre la déforestation dans l’histoire du Canada. En janvier 2007, les dirigeants communautaires de Grassy Narrows ont déclaré un moratoire sur « toute nouvelle activité industrielle sur [leur] territoire traditionnel, jusqu’à ce que les gouvernements du Canada et de l’Ontario retrouvent leur honneur et obtiennent l'accord de [la] communauté sur ces questions qui infléchiront définitivement l’avenir de [ses] membres ». Les tribunaux ont conclu à plusieurs reprises que les autorités au Canada avaient une obligation légale très claire de mener une consultation rigoureuse chaque fois qu’elles étudiaient un projet susceptible d’avoir un impact sur les droits des peuples autochtones. La Cour suprême du Canada a indiqué que dans les cas où les droits des populations autochtones sont concernés, il est indispensable de mener une consultation « de bonne foi, dans l’intention de tenir compte réellement des préoccupations des peuples autochtones dont les terres sont en jeu ». Malgré cela, le gouvernement de l’Ontario n’a pas fait grand-chose pour protéger les droits de la population de Grassy Narrows, qui s’est déjà vu priver par le passé du contrôle de ses terres et territoires traditionnels. Dans les années 50, la construction de deux barrages hydroélectriques avait provoqué de vastes inondations. Des surfaces où poussait du riz sauvage, essentielles pour les habitants de cette région, avaient été complètement détruites. Dans les années 70, une usine de papier et de pâte à papier a contaminé les rivières traversant les terres de cette population en y déversant environ dix tonnes de mercure. Cette pollution a été à l’origine de problèmes sanitaires persistants. Aujourd’hui, près de la moitié du territoire traditionnel des habitants de Grassy Narrows a été déboisé, les arbres abattus alimentant les scieries exploitées par des entreprises transnationales comme Abitibi Consolidated et Weyerhaeuser. En septembre 2007, Amnesty International s’est intéressée, dans un document, au désastre social et économique qu’a subi Grassy Narrows à la suite des décisions gouvernementales prises au fil des ans. Dans ce document, l’organisation demandait à la province de l’Ontario « de respecter le moratoire déclaré par la population de Grassy Narrows et de mettre un terme à toutes les activités de coupe à blanc ainsi qu’à toute autre forme de développement industriel sur le territoire traditionnel jusqu’à ce que les intéressés aient accordé leur consentement préalable, libre et éclairé ».