Il faut tirer parti de la dynamique enclenchée par la libération d’un condamné à mort au Japon

Par Shiromi Pinto

Hakamada Iwao a passé 46 ans dans le couloir de la mort avant d’être libéré au mois de mars. Pour Wakabayashi Hideki, directeur d’Amnesty International Japon, ce fut un moment incroyable, mais le combat n’est pas encore terminé.

Wakabayashi Hideki se souvient précisément du moment où il a entendu l’annonce de la libération d’Hakamada Iwao.

« Je me trouvais à une conférence de presse, raconte-t-il. C’était le lancement du rapport 2013 d’Amnesty International sur la peine de mort, dans l’après-midi du 27 mars 2014. »

Il se trouvait au Parlement du Japon, au milieu d’une foule de journalistes. « Puis, une journaliste a levé la main et a posé une question », se souvient Hideki.

Ce faisant, elle a mentionné qu’Hakamada Iwao venait d’être remis en liberté.

Hideki a été pris au dépourvu : « J’étais surpris, cela dépassait tellement nos espérances que je n’arrivais pas à croire ce qu’elle disait. »

Plus tard, il a vu Hakamada Iwao au journal télévisé : « Il marchait, sans aide, et quittait le centre de détention. Je ne pouvais tout simplement pas en croire mes yeux. C’était comme un rêve. »

Hakamada Iwao a passé 46 années dans le couloir de la mort, avant qu’un tribunal japonais ne finisse par lui accorder un nouveau procès en raison des irrégularités qui avaient entaché son procès en première instance. Condamné à la peine capitale en 1968, il est probablement le plus ancien condamné à mort du monde.

Ce qui l’a poussé à agir

Hideki fait campagne en faveur d’Hakamada Iwao depuis 2011, lorsqu’il est devenu directeur d’Amnesty International Japon.

« Lorsque j’ai découvert la manière dont il avait été traité par la police, les procureurs et les tribunaux, j’étais choqué et en colère, explique-t-il. J’avais confiance dans ces représentants de l’État avant de commencer à travailler avec Amnesty International. Je me suis presque senti trahi lorsque j’ai réalisé ce qui s’était passé. Trahi, parce que les policiers et les procureurs sont censés rechercher la vérité au nom du peuple du Japon. »

C’est l’admiration qu’il vouait à la sœur d’Hakamada Iwao, Hideko, qui a amené Hideki à s’impliquer personnellement dans l’affaire.

« Hideko a une force si grande et si tranquille, raconte-t-il. Elle sait émouvoir les gens. Pourtant elle est aussi victime de cette situation. Cela lui a pris 10 ans pour commencer à obtenir un peu de soutien. Pendant 48 ans, elle n’a jamais cessé de soutenir son frère. Elle a été à ses côtés toute sa vie.

« Parce qu’Hideko apprécie le travail d’Amnesty International, je peux lui parler, bien qu’elle soit âgée et très occupée. Nous éprouvons un respect mutuel. »


Hakamada Iwao reçoit une ceinture de champion du monde de boxe à titre honorifique, mai 2014. © Amnesty International
46 ans passés à l’isolement

En mai, Hideki a rencontré Hakamada Iwao pour la première fois, lorsque l’ancien boxeur, aujourd’hui âgé de 78 ans, s’est vu offrir une ceinture de boxe de champion du monde à titre honorifique.

« Avant la cérémonie, j’ai essayé de lui parler, mais il m’était impossible de communiquer avec lui, raconte Hideki. Il souffre de graves troubles psychologiques, dus à ces 46 ans passés à l’isolement, sous la menace d’une exécution. J’étais choqué de constater les répercussions physiques et mentales d’un tel traitement. »

Durant sa détention, Hakamada Iwao n’a pas été autorisé à sortir. Pour faire de l’exercice, il était confiné dans une petite zone, située dans l’enceinte du centre de détention. Hideki s’est rendu sur place.

« J’ai pu voir une cellule d’isolement et les salles d’exercice, dit-il. La " pièce " dédiée à l’exercice se trouvait sur le toit, elle mesurait 5 mètres de long par 2 mètres de large. Le prisonnier pouvait faire des aller-retour, surveillé par un gardien, comme un animal dans un zoo. »

Les conséquences de ces décennies passées à l’isolement furent telles que lorsqu’il a fini par rencontrer sa sœur Hideko, Hakamada Iwao ne l’a pas reconnue.Parmi les affaires qu’Hakamada Iwao a ramenées chez lui, il y avait six cartons de lettres, dont un grand nombre lui avaient été adressées par des sympathisants d’Amnesty International. Parce qu’il se trouvait dans le couloir de la mort, Hakamada Iwao n’était pas autorisé à les recevoir.

Bouleversé par sa libération, il ne les a pas encore lues. Mais pour sa sœur Hideko, ces lettres sont une grande source d’encouragement.

Sans Hideko, aujourd’hui âgée de 80 ans, la campagne en faveur d’Hakamada Iwao n’aurait jamais été médiatisée. Sans Amnesty International, ajoute Hideko, son affaire n’aurait jamais été diffusée aux quatre coins du globe, et la décision de lui accorder le nouveau procès qui a débouché sur sa libération conditionnelle n’aurait pas été prise sans la contribution active des sympathisants d’Amnesty International.

Pour Hideki, qui a mené la campagne en faveur d’Hakamada Iwao au sein d’Amnesty International, les lettres sont très importantes.

« Cette forme de solidarité est vitale, explique-t-il, non seulement pour les victimes, mais aussi pour tous ceux qui les soutiennent. Des lettres du monde entier sont parvenues au centre de détention où il était incarcéré, montrant qu’il bénéficiait d’un appui mondial. »

Hakamada Iwao rentre chez lui au bout de 48 ans, après sa libération du centre de détention de Tokyo, le 27 mai 2014. © Amnesty International

La lutte n’est pas encore terminée cependant. Hakamada Iwao pourrait retourner en prison si son nouveau procès est un échec. La question se pose également de savoir si cette affaire incite la population à se positionner contre la peine de mort.

« Tout le monde affirme que les erreurs judiciaires sont terribles et que nous devrions tout faire pour les éviter, déclare Hideki. Pourtant, je n’ai pas constaté de regain d’intérêt pour le débat contre la peine de mort. Nous devons rebondir sur la dynamique créée par l’affaire Hakamada Iwao afin de débattre de la peine capitale, et de gagner l’opinion publique à la cause de l’abolition. »

Le combat d’Hakamada Iwao pour un procès équitable se poursuit. Amnesty International Japon lance cette pétition pour qu’il bénéficie sans délai d’un nouveau procès : agissez maintenant pour qu’Hakamada Iwao soit enfin un homme libre.

Les noms sont écrits dans la tradition japonaise, le nom de famille apparaissant en premier.