• Communiqué De Presse

Égypte. Six hommes soumis à un test anal pour «débauche» dans le cadre d'une campagne de répression homophobe

Six hommes arrêtés pour avoir fait la « promotion d'une déviance sexuelle » et pour « débauche » sur les réseaux sociaux vont être soumis à des examens rectaux médicolégaux invasifs, a déclaré Amnesty International le 30 septembre, la veille de leur procès. Leur arrestation, dans la soirée du 27 septembre, est intervenue peu après l'annonce, faite par le procureur général, de l'ouverture d'une enquête à la suite de la réaction hostile du public à l'égard d'un récent concert, au Caire, du groupe libanais Mashrou’ Laila au cours duquel des drapeaux arc-en-ciel ont été brandis.

L'Autorité médicolégale va soumettre les six hommes à des examens rectaux afin de savoir s'ils ont eu des relations homosexuelles. Amnesty International estime que ces examens violent l'interdiction de la torture et des autres mauvais traitements au titre du droit international.

Les examens rectaux forcés sont abominables et constituent un acte de torture.
Najia Bounaim, directrice du travail de campagne pour l'Afrique du Nord à Amnesty International

« Il est absolument inadmissible que le procureur général égyptien se donne pour priorité de faire la chasse à certaines personnes en raison de leur orientation sexuelle présumée. Ces hommes doivent être libérés immédiatement et sans condition, ils ne doivent pas être jugés, a déclaré Najia Bounaim, directrice du travail de campagne pour l'Afrique du Nord à Amnesty International.

« Les examens rectaux forcés sont abominables et constituent un acte de torture. Les autorités égyptiennes recourent de façon consternante à des examens physiques invasifs constituant des actes de torture contre les personnes qu'elles placent en détention. Elles doivent immédiatement mettre fin à tout projet visant à soumettre ces hommes à de tels tests. »

Selon les informations reçues, dans les jours qui ont suivi le concert de Mashrou’ Leila, qui a eu lieu le 22 septembre, les autorités égyptiennes ont lancé une vaste opération de répression contre les personnes soupçonnées par la police d'avoir des relations homosexuelles. À la suite de ce concert, les médias nationaux ont mené ont campagne de dénigrement, demandant que les hommes ayant brandi le drapeau arc-en-ciel soient sanctionnés.

Il est absolument inadmissible que le procureur général égyptien se donne pour priorité de faire la chasse à certaines personnes en raison de leur orientation sexuelle présumée.
Najia Bounaim, directrice du travail de campagne pour l'Afrique du Nord à Amnesty International

Le 25 septembre, le procureur Nabil Sadiq a ordonné au parquet de la sécurité de l'État d'enquêter sur l'« incident » du concert de Mashrou’ Leila « incitant à l'homosexualité » et lors duquel des symboles « incitant à de tels actes » ont été montrés.

Le lendemain du concert, un jeune homme de 19 ans a été arrêté pour « débauche ». Il a été condamné cette semaine à une peine de six ans d'emprisonnement suivis de six ans de mise à l'épreuve.

Deux autres hommes arrêtés au début de la semaine et actuellement détenus au poste de police d'Agouza, au Caire, doivent passer en jugement le 11 octobre. Deux autres hommes encore, arrêtés le 28 septembre, sont détenus au poste de police de Dokki.

« La sinistre campagne de dénigrement menée par les médias égyptiens contre les personnes soupçonnées d'avoir brandi le drapeau arc-en-ciel durant le concert de Mashrou’ Leila, a incité les forces de sécurité à arrêter au moins 11 personnes en raison de leur orientation sexuelle présumée », a déclaré Najia Bounaim.

Tous les hommes arrêtés font l'objet d'enquêtes menées par des procureurs du Caire et risquent d'être soumis à des actes de torture et à d'autres mauvais traitements, notamment à des examens rectaux, par l'Autorité médicolégale.

Complément d’information

Selon l'Initiative égyptienne pour les droits de la personne, plus de 250 hommes ont fait l'objet de poursuites judiciaires en raison de leur orientation sexuelle présumée depuis l'arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah al Sissi.

La répression pénale des relations sexuelles consenties et en privé entre adultes du même sexe viole les obligations juridiques internationales de l'État, notamment les obligations de protéger la vie privée et de garantir une protection contre la discrimination. L'application des lois réprimant ces relations avec des poursuites judiciaires et des condamnations viole toute une série de droits humains.

La pratique des examens rectaux viole la Convention de l'ONU contre la torture, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. Le Comité de l’ONU contre la torture a souligné qu'ils « n’ont aucune justification médicale et ne peuvent être consentis de manière libre et éclairée par les personnes qui les subissent ».