Israel/ TPO. Israël intensifie ses mesures d’annexion par le biais d’ordres illégaux de saisies de terres en Cisjordanie occupée

Israël intensifie l’expansion des colonies illégales en confisquant des terres en Cisjordanie occupée, et a notamment ordonné une mesure des plus inquiétantes : la saisie de terres situées dans la Zone A, sous contrôle de l’Autorité palestinienne. Cette initiative renforce l’entreprise de colonisation illégale menée par Israël et sape encore les droits des Palestinien·ne·s vivant sous occupation, a déclaré Amnesty International le 3 septembre 2026.

Rien qu’en juillet 2026, l’armée israélienne a signé au moins 15 ordres de saisie de terres couvrant environ 200 dunams (20 hectares) dans les zones A et C, dans le gouvernorat de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée, manifestement en vue de relier deux colonies israéliennes prévues dans la région : Emek Dotan et Noa. Elles comptent parmi les 34 nouvelles colonies dont la création a été approuvée par l’actuel gouvernement israélien courant 2026.

« Ces derniers ordres de saisie de terres en Zone A montrent qu’Israël étend désormais sans vergogne son programme d’annexion à des zones placées sous contrôle des autorités palestiniennes depuis les Accords d’Oslo. Les États qui entretiennent des relations commerciales et politiques étroites avec le gouvernement israélien doivent faire pression sur Israël et lui demander d’annuler ces ordres. Tout État apportant son soutien à l’expansion des colonies illégales ou à des crimes de guerre commis par Israël risque de se rendre complice de crimes internationaux contre la population palestinienne, a déclaré Heba Morayef, directrice du programme régional Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« En construisant de nouvelles routes pour relier les colonies entre elles, Israël morcelle le gouvernorat de Jénine en cantons isolés, portant atteinte à l’intégrité géographique et économique de la zone et séparant la population palestinienne, ce qui revient à la fragmenter davantage et à restreindre sa liberté de mouvement. Venant s’ajouter au transfert forcé et au nettoyage ethnique du peuple palestinien dans la Zone C, ces mesures illustrent dans la pratique la détermination des autorités israéliennes s’agissant d’accélérer l’annexion officielle des terres palestiniennes en Cisjordanie occupée.

Ces derniers ordres de saisie de terres en Zone A montrent qu’Israël étend désormais sans vergogne son programme d’annexion à des zones placées sous contrôle des autorités palestiniennes depuis les Accords d’Oslo

Heba Morayef, directrice du programme régional Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International

Dans un récent rapport, Amnesty International dénonçait le fait que les autorités israéliennes accélerent l’annexion par le biais d’une campagne de nettoyage ethnique orchestrée par l’État, ciblant les communautés bédouines et pastorales palestiniennes  dans la Zone C de la Cisjordanie illégalement occupée.

Selon Peace Now, c’est la première fois depuis les Accords d’Oslo que des ordres militaires de saisie de terres sont clairement émis dans la Zone A à des fins civiles au profit des colons, et non pour de prétendues raisons de sécurité. En mai 2026, l’armée a saisi des terres privées dans la ville de Jénine afin d’y établir une base militaire.

Aux termes du droit international, une puissance occupante ne doit pas confisquer de terres dans un territoire occupé, sauf en cas d’absolue nécessité pour des raisons militaires ; cela n’inclut pas l’expansion illégale des colonies.

Ces derniers jours, Israël a suscité un tollé mondial en poursuivant son projet controversé dans la Zone E1, en violation du droit international, en annonçant avoir lancé des appels d’offres pour la construction de 1 234 logements israéliens en Cisjordanie occupée. S’il est mis en œuvre, ce projet isolera Jérusalem-Est du reste du territoire palestinien et divisera de fait la Cisjordanie en deux, rendant plus difficile la circulation entre ces zones du territoire palestinien occupé et fragmentant davantage la population palestinienne.

Séparer les localités palestiniennes

Selon le bureau du gouverneur de Jénine, la route prévue pour relier les deux colonies israéliennes, combinée à d’autres activités de colonisation dans la région, isolera Jénine de gouvernorats palestiniens tels que Tulkarem, Tubas et Naplouse, fragmentant encore la population palestinienne en Cisjordanie occupée illégalement. Le fait de couper les localités palestiniennes les unes des autres fragilise les liens qu’elles entretiennent au niveau économique, social et politique.

Le bureau du gouverneur de Jénine a indiqué que l’application de ces ordres de saisie avait déjà commencé et qu’une fois achevée, les répercussions économiques négatives pour des centaines de familles seraient immenses, car celles-ci se verraient coupées de leurs moyens de subsistance, notamment de leurs terres agricoles et de leurs oliveraies, lors même que la saison des récoltes approche.

La plupart des terres confisquées appartiennent à des particuliers habitant les villages de Qabatiya, Arraba, Mirka, Misilya, Jirba et Al Yamoun, dans le gouvernorat de Jénine.

La majorité se situent le long de la route 60, qui traverse la Cisjordanie du nord au sud. Le 29 juillet 2026, le Conseil suprême de planification de l’Administration civile israélienne a approuvé un projet d’élargissement de cette route, élément essentiel de l’infrastructure des colonies qui facilite les déplacements des colons à travers la Cisjordanie, souvent au détriment de la liberté de mouvement des Palestinien·ne·s, et favorise l’installation d’Israélien·ne·s dans des colonies illégales. Ces dernières années, l’armée israélienne a bloqué les points d’accès aux villes et villages palestiniens situés le long de la route 60 à l’aide de portails métalliques, de postes de contrôle militaires et de barrières de terre.

En avril 2026, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a recensé 925 obstacles restreignant de manière permanente ou intermittente les déplacements de 3,4 millions de Palestinien·ne·s en Cisjordanie, ce qui représente un record en 20 ans, à savoir 43 % de plus que la moyenne annuelle des 20 dernières années. L’armée israélienne a émis d’autres ordres de confiscation de terres dans le but d’agrandir des routes et des infrastructures des colonies dans d’autres secteurs de la Cisjordanie, notamment à Qusra (gouvernorat de Naplouse) et à Kafr Ni’ma (gouvernorat de Ramallah).

« Israël doit arrêter de se servir des ordres de saisie dans le but de spolier les Palestinien·ne·s et d’accélérer l’annexion du territoire palestinien occupé. En confisquant des terres palestiniennes pour étendre les colonies illégales, les autorités israéliennes aggravent des violations persistantes du droit international et consolident un système de spoliation et d’oppression. Israël doit cesser de saisir illégalement des terres et d’étendre encore et encore ses colonies illégales, a déclaré Heba Morayef.

« La communauté internationale ne doit pas se contenter de beaux discours et doit agir concrètement afin de respecter ses obligations juridiques en mettant fin aux violations imputables à Israël. Les États doivent mettre en œuvre tous les moyens à leur disposition en vue de suspendre toute coopération contribuant à ces violations, de subordonner les projets économiques avec Israël à la suppression de ces ordres de saisie de terres et de faire en sorte que les entreprises ne financent pas de projets liés aux colonies, à l’occupation illégale, à la confiscation de terres et à l’annexion.

« En outre, les acteurs privés ont un rôle crucial à jouer : ils ne doivent pas faire passer les profits avant le respect des normes relatives aux droits humains. En toute responsabilité, ils doivent se désengager ou ne pas démarrer de projets commerciaux avec des entités contribuant à l’expansion de la présence illégale israélienne dans le territoire palestinien occupé, notamment à travers des infrastructures liées à la sécurité et aux transports, ou d’autres projets commerciaux. »

Amnesty International appelle de nouveau les autorités israéliennes à démanteler toutes les colonies, constituant des crimes de guerre au regard du droit international, ainsi que son système d’apartheid envers la population palestinienne, constituant un crime contre l’humanité. Enfin, elle engage Israël à mettre un terme définitif à son occupation illégale du territoire palestinien, conformément à l’avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice en juillet 2024 et approuvé par l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2024.