Le retrait de Donald Trump du Conseil des droits de l'homme ne fera qu'affaiblir les États-Unis

Par Erika Guevara Rosas, Americas Director at Amnesty International

Le 19 juin dans la soirée, fait sans précédent, le « Conseil des droits de l'homme de l'ONU » était en vogue sur Twitter. La décision qu'ont prise les États-Unis de se retirer de l'un de plus puissants organes chargés de la défense des droits humains était un sujet beaucoup plus prisé que la Coupe du monde de football.

Il est extrêmement regrettable que les États-Unis aient décidé de quitter le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, mais cela a involontairement pour effet d'attirer l'attention au niveau mondial sur ce qui se passe dans les coulisses des Nations unies. Cela ne peut être que positif. Le Conseil des droits de l'homme a été créé pour protéger et promouvoir les droits humains à travers le monde. Son fonctionnement et les normes qu'il respecte doivent être soumis au contrôle du public.

Cela est d'autant plus important que de nombreux gouvernements de par le monde se désintéressent des droits humains. Nous avons là l'occasion de modeler le futur programme du Conseil des droits de l'homme et de faire en sorte que les droits humains continuent d'être un élément clé des relations internationales.

En quoi consistent donc les activités du Conseil des droits de l'homme ? Il mène des enquêtes d'une importance cruciale sur les violations des droits humains commises dans le monde entier. Il veille à ce que les récits des victimes soient entendus et à ce que soit respectée l'obligation de rendre des comptes en ce qui concerne les auteurs des atteintes aux droits humains. Il a récemment ouvert des enquêtes en Syrie, au Yémen, au Burundi, au Myanmar et au Soudan du Sud, et en mai il a voté en faveur de l'ouverture d'une enquête sur les homicides de manifestants palestiniens commis par des militaires israéliens. Il met aussi en place de nouvelles normes en matière de droits humains : durant sa première année d'existence, il a adopté de nouveaux traités sur les droits des personnes handicapées et sur les disparitions forcées, ainsi que la Déclaration sur les droits des peuples autochtones en 2007.

Malgré ces réalisations concrètes, le président Donald Trump menaçait depuis quelque temps de quitter le Conseil, invoquant la présence parmi ses membres d'États présentant un bilan catastrophique en matière de droits humains, ainsi qu'une « attitude partiale envers Israël ». Il est tout à fait significatif qu'il ait décidé de sauter le pas à un moment où le bilan de Washington en matière de droits humains est lui-même désastreux.

Alors que l'ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Nikki Haley, déclarait que son pays allait « continuer de montrer la voie à suivre en matière de droits humains », des centaines d'enfants originaires d'Amérique centrale continuaient d'être séparés de leurs parents, et étaient enfermés dans des cages dans des centres de détention à la frontière sud des États-Unis. Ces enfants terrifiés recroquevillés sous des couvertures de survie, qui réclament en pleurant leurs parents, sont torturés par les autorités des États-Unis qui affirment, pendant ce temps-là, défendre les droits humains. Le retrait du Conseil des droits de l'homme ne suffira pas pour mettre fin à l'horreur et à l'indignation suscitées par le traitement réservé à ces enfants. Il va au contraire renforcer l'isolement des États-Unis, et montre que son gouvernement est prêt à abandonner des valeurs et des principes qui lui sont chers depuis longtemps, afin de prouver quelque chose.

Le Conseil des droits de l'homme n'est pas parfait. Il est vrai que des pays responsables de terribles violations des droits humains tels que l'Arabie saoudite, l'Égypte, la Chine et le Venezuela – et jusqu'à ce mardi les États-Unis – siègent au Conseil. De nombreux autres États, ainsi que des organisations telles qu'Amnesty International, ont demandé des réformes pour que les États membres soient amenés à répondre des violations qu'ils commettent. Le statut d'État membre devrait s'accompagner de responsabilités.

Mais les États-Unis ont beaucoup plus de chances de réaliser des réformes en étant à l'intérieur du Conseil qu'en étant à l'extérieur. Il suffit d'un coup d'œil sur la politique de Donald Trump pour comprendre que les préoccupations affichées au sujet des droits humains ne sont qu'une façade. Si le président Trump était réellement préoccupé par les violations des droits humains commises en Arabie saoudite, par exemple, il cesserait de lui fournir des armes pour détruire le Yémen. S'il était véritablement scandalisé par le comportement du gouvernement vénézuélien, il n'essaierait pas de construire un mur pour empêcher les gens de chercher à obtenir l'asile en traversant la frontière sud des États-Unis.

Le Conseil des droits de l'homme existe pour promouvoir les principes de liberté et de justice que les États-Unis ont toujours chéris. Il est certain qu'il a besoin d'être amélioré. Mais en quittant le Conseil, le président Trump gaspille un siège précieux. Cela ne peut aboutir en définitive qu'à une aggravation de l'isolation du pays sur la scène internationale.

La présidence de Donald Trump prouve que l'on ne peut pas toujours compter sur les gouvernements pour protéger nos libertés, et souligne l'importance d'une surveillance internationale et d'une responsabilisation partagée. Face à des revirements politiques majeurs, nous avons plus que jamais besoin d'institutions telles que le Conseil des droits de l'homme pour amener les tenants du pouvoir à répondre de leurs actes. Le changement ne peut être obtenu que grâce à une coopération réfléchie, et non en claquant la porte.