Crimée. Un éminent détracteur de l’occupation russe condamné à deux ans dans une colonie pénitentiaire

La condamnation d’Ilmi Oumerov, éminent détracteur de l’occupation russe et dirigeant tatar de Crimée, est la dernière attaque en date contre les libertés et les droits fondamentaux dans la péninsule et doit être annulée immédiatement, a déclaré Amnesty International. Ilmi Oumerov a été condamné à deux ans dans une colonie pénitentiaire par un tribunal de facto en Crimée le 27 septembre.

La semaine dernière, le même tribunal avait condamné le journaliste ukrainien Mykola Semena à deux ans et demi de prison avec sursis. Les deux hommes étaient accusés de menace contre l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie en raison de leur opposition à l’occupation russe et à l’annexion de la Crimée.  

« La condamnation d’Ilmi Oumerov, qui a 60 ans et est atteint de la maladie de Parkinson, marque une nouvelle étape de la persécution à laquelle le soumet depuis longtemps le gouvernement de facto. Son emprisonnement s’inscrit dans le cadre d’une série de procès motivés par des considérations politiques, d’arrestations arbitraires et d’actes d’intimidation contre des détracteurs des autorités russes en Crimée. Il s’agit d’une violation claire de la liberté d’expression », a déclaré Oxana Pokaltchouk, directrice d’Amnesty International Ukraine.

En moins d’un mois, trois détracteurs de l’annexion de la Crimée par la Russie ont été condamnés après avoir été jugés devant des tribunaux pénaux pour s’être opposés de manière non violente aux autorités de facto. Le 22 septembre, Mykola Semena, un journaliste ukrainien vivant en Crimée, a été déclaré coupable d’accusations de « séparatisme » similaires. Onze jours plus tôt, Akhtem Tchiïgoz, vice-président du Mejlis - l’instance exécutive représentant les Tatars de Crimée, avait été condamné à huit ans dans une colonie pénitentiaire à l’issue d’un simulacre de procès.

Il semble qu’en Crimée, les représailles continueront jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne pour critiquer l’occupation
Oxana Pokaltchouk, directrice d’Amnesty International Ukraine

« Il semble qu’en Crimée, les représailles continueront jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne pour critiquer l’occupation », a déclaré Oxana Pokaltchouk.

« Les condamnations d’Akhtem Tchiïgoz, de Mykola Semena et d’Ilmi Oumerov doivent être annulées immédiatement. Akhtem Tchiïgoz doit être libéré immédiatement et sans condition et toutes les restrictions imposées à ces hommes dans le cadre de leur condamnation doivent être immédiatement levées. »

Complément d’information

Ilmi Oumerov, vice-président du Mejlis - l’instance exécutive maintenant interdite représentant les Tatars de Crimée, a été déclaré coupable d’avoir « appelé publiquement à violer l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie » (article 280.1 du Code pénal russe) et condamné à deux ans dans une colonie pénitentiaire par le tribunal de district de Simferopol.

Pendant l’enquête, Ilmi Oumerov a été détenu dans un établissement psychiatrique durant trois semaines au cours desquelles il a été soumis à des examens forcés. Ilmi Oumerov a été placé dans un service fermé réservé à des patients présentant des troubles graves, vraisemblablement à titre punitif. Ses avocats ont affirmé qu’ils feraient appel de sa condamnation et qu’Ilmi Oumerov resterait chez lui jusqu’à ce que son appel soit examiné.

Mykola Semena était un des derniers journalistes pro-ukrainiens toujours en Crimée depuis le début de l’occupation russe en 2014. Les services de sécurité russes l’ont placé sous surveillance et ont finalement lancé des poursuites pénales contre lui, en raison d’un article dans lequel il appelait les forces russes à quitter la Crimée. Le 22 septembre, le tribunal de district de Simferopol l’a condamné à deux ans et demi de prison avec sursis, lui interdisant ainsi de prendre part à la vie publique pendant trois ans.