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Conséquence de l'expulsion d'ONG humanitaires hors du Darfour : des millions de personnes exposées à la famine et à la maladie

Plus de deux millions de personnes risquent de connaître la famine et la maladie au Darfour, le gouvernement soudanais ayant décidé le 4 mars de chasser de cette région plus de 10 organisations humanitaires, parmi lesquelles Oxfam, Care, Save the Children et Médecins sans Frontières. Les autorités ont procédé à ces expulsions peu après que la Cour pénale internationale (CPI) eut décerné un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar el Béchir pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Plusieurs autres organisations humanitaires se sont vu confisquer leur équipement. « Des millions de vies sont en jeu et l’heure n'est pas aux manèges politiciens, a déclaré Tawanda Hondora, directeur adjoint du programme Afrique d'Amnesty International. Ces organisations fournissent l'essentiel de l’aide humanitaire requise par plus de deux millions de personnes se trouvant dans une situation de grande vulnérabilité. » Aux termes du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, que le Soudan a ratifié, le gouvernement soudanais est tenu de s’abstenir de commettre des actes enfreignant les droits économiques, sociaux et culturels de ses citoyens ; il doit également solliciter une aide internationale s'il se trouve dans l'incapacité d'honorer ses obligations. « En expulsant ces organisations humanitaires, le gouvernement soudanais prend de fait l'entière population civile du Darfour en otage – il s'agit là d'un acte agressif qui doit être condamné dans les termes les plus vigoureux par la Ligue arabe, l'Union africaine et la communauté internationale dans son ensemble, a ajouté Tawanda Hondora. La population du Darfour, qui a payé le plus lourd tribut à ce conflit ces six dernières années, est désormais punie par son propre gouvernement, qui réagit ainsi au mandat d'arrêt. » Les stratégies militaires employées par toutes les parties au conflit au Darfour ont fait plus de 300 000 morts et causé le déplacement de plus de 2,2 millions de personnes. « Les autorités soudanaises doivent immédiatement revenir sur leur décision d’expulser ces organisations humanitaires de premier plan et de suspendre les opérations de celles-ci, et leur permettre de poursuivre leur action vitale. Toute autre solution est absolument inimaginable », a expliqué Tawanda Hondora. L'Union africaine s'est réunie en urgence jeudi 5 mars afin d'évoquer le mandat d'arrêt. Les membres de la Ligue arabe en ont débattu ensemble le 4 et ont exprimé leur solidarité au président el Béchir. Amnesty International a exhorté le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union africaine de convoquer une audience spéciale afin d'examiner la question de l'acheminement de l'aide, dans l'optique que les organisations humanitaires puissent retourner au Darfour. « Comme tout pays, le Soudan a la responsabilité, au titre du droit international humanitaire, de faire le nécessaire pour que l’aide humanitaire parvienne aux personnes qui en ont besoin. Le fait qu’un mandat d’arrêt ait été décerné à l’encontre du président du pays ne doit pas entrer en ligne de compte », a conclu Tawanda Hondora.