Former les jeunes par l’illustration

Par Andrea Garcia Giribet

L’an dernier, à l’occasion de la campagne Écrire pour les droits, des milliers d’élèves ukrainiens ont découvert les droits humains grâce à l’illustration.

Chaque année, des personnes du monde entier se mobilisent pour écrire des lettres dans le cadre de la plus grande initiative d’Amnesty International : Écrire pour les droits. Des milliers de personnes s’associent dans un marathon d’écriture dont l’objectif est de faire libérer des prisonniers et prisonnières d’opinion, de protéger des défenseur·e·s des droits humains et d’agir pour que justice soit rendue aux victimes de violations des droits humains. En 2018, plus de 7 000 élèves d’Ukraine en ont appris davantage sur les droits humains, et en particulier sur les défenseur·e·s des droits humains, grâce aux illustrations d’Olia Maxymenko, qui a collaboré avec Amnesty International.

Volodymyr Selivanenko, chargé de l’éducation aux droits humains à Amnesty International Ukraine, explique que le but était de « transmettre l’essence des cas mis en avant lors du marathon aux plus jeunes élèves, en s’appuyant sur leur empathie et leur sympathie à l’égard des héros et des héroïnes » de bande dessinée. Il précise comment est représenté l’un des cas : « S’agissant des Sengvers, nous avons décrit brièvement leur vie et les menaces du gouvernement kenyan à leur encontre. Nous montrons les Sengvers non pas comme des victimes mais comme des personnes qui luttent pour leurs droits humains. »

Pour établir un lien entre les défenseur·e·s des droits humains et les enfants, et pour raconter leurs histoires de la manière la plus adaptée possible à des élèves si jeunes, Amnesty International a collaboré avec Olia Maxymenko, une jeune illustratrice et militante ukrainienne. « J’ai commencé à créer des bandes dessinées pour Amnesty International il y a un an ; cela semblait être le meilleur moyen de relater des histoires longues et complexes à des enfants, explique Olia Maxymenko, cela me donne la possibilité d’exprimer mon militantisme à travers l’art. »

Tout a commencé en 2017 au sein d’Amnesty International Ukraine, dont les militant·e·s cherchaient de nouvelles idées pour participer à Écrire pour les droits de manière créative. Olia Maxymenko a offert ses talents de dessinatrice ; ses bandes dessinées ont reçu un tel accueil qu’elle a décidé d’en créer d’autres en 2018 pour apprendre les droits humains aux enfants. « Nous avons essayé de choisir des histoires proches des enfants, avec des jeunes identifiables à leurs héros », explique Olia Maxymenko. Deux versions sont proposées, l’une en couleurs et l’autre en noir et blanc « pour que les enfants puissent peindre la carte et écrire des messages », comme l’indique Olia Maxymenko. Étant donné que les dessins pouvaient être coloriés, les enfants y ont prêté beaucoup d’attention ; elles/ils ont passé du temps à regarder tous les personnages et à apprendre leur histoire.

Quelques-unes des illustrations utilisées pour enseigner les droits humains aux élèves d’Ukraine Quelques-unes des illustrations utilisées pour enseigner les droits humains aux élèves d’Ukraine
Quelques-unes des illustrations utilisées pour enseigner les droits humains aux élèves d’Ukraine © Amnesty International Ukraine

Natalia Lytvyn et Iryna Matvienko sont professeures à l’école d’enseignement général n° 10 de Kryvy Rih. Elles apprécient l’initiative parce qu’« il est parfois difficile de faire parler les enfants ouvertement mais la bande dessinée casse le côté sérieux, elle a un aspect ludique ». Dans leurs cours, la bande dessinée a incité les élèves à débattre des droits humains. « Elles/Ils parlent des droits humains, du fait que chaque personne est différente mais vaut la peine, tout le monde mérite l’attention et le respect, déclarent-elles. Nous avons tenté de nous mettre dans la peau des personnages pour que les élèves comprennent que les droits humains ne sont pas un concept abstrait. »

Selon Mykhaïlo Skrypka, de l’école d’enseignement général n° 2 de Zhovkva, la bande dessinée est « un excellent moyen de rendre les histoires liées aux droits humains intéressantes et informatives » pour les élèves. À l’avenir, ses élèves aimeraient « des puzzles et un jeu de plateau basés sur les histoires » pour interagir et en savoir plus sur les droits humains. « Les histoires ont ému les élèves, qui ont compris la situation difficile et tragique de ce peuple kenyan, ce qui les a aidés à comprendre les atteintes aux droits humains dont il était victime », explique-t-il.

Grâce à la bande dessinée, les enfants peuvent apprendre que « nous devons tou·te·s être responsables de nos actes et chacun·e de nous peut stopper l’injustice car les défenseur·e·s des droits humains sont des personnes ordinaires », souligne Valentina Filipjeva, du collège professionnel de Mejivski. Et elle ajoute : « Ensemble, nous avons du pouvoir, personne ne peut nous arrêter. Je vais... à Varsovie ou à Chisinau. »