Moldavie. Le Tournoi des droits humains change les comportements

Par Andrea Garcia Giribet

Des élèves moldaves analysent la situation des droits humains dans leur établissement scolaire afin d’en savoir plus sur leurs droits et de contribuer à faire de leur établissement une école amie des droits humains.

En Moldavie, les enfants apprennent ce que sont les droits humains et comment ils influencent leur quotidien grâce au Tournoi national des droits humains, une initiative créative qui leur permet de découvrir leurs droits et de partager leurs idées pour améliorer l’action des garants des droits.

Cet événement, organisé par Amnesty International Moldavie et le Centre d’information sur les droits de l’enfant, vise à impliquer les enfants dans les droits humains, en les amenant à connaître leurs droits et à vérifier si ces droits sont respectés dans leur établissement et leur entourage en général. Expliquer aux membres du monde scolaire comment revendiquer leurs droits fait partie de l’approche des Écoles amies des droits humains.

Chaque année en été, Amnesty Moldavie propose des formations aux enfants pour leur apprendre quels sont leurs droits et comment participer au travail de suivi et d’information par rapport aux droits humains. Chaque groupe – comptant une dizaine d’élèves – choisit ensuite un droit en particulier à étudier pendant l’année scolaire. Durant les mois qui suivent, les élèves en apprennent plus sur les droits humains pendant leurs cours d’éducation civique et leurs cours facultatifs d’éducation aux droits humains. Ils/elles surveillent aussi l’application du droit qu’ils ont choisi selon les indicateurs qu’ils/elles ont mis au point, en recueillant des données auprès de plusieurs sources fiables, en compilant toutes ces informations et, finalement, en présentant un rapport aux garants des droits concernés. Pour terminer, au mois de mai, les élèves venant de tout le pays se rassemblent à Chisinau pour le tournoi, officieusement appelé « Les Jeux olympiques de l’éducation civique et de l’éducation aux droits humains ».

Celui-ci compte une phase régionale et une phase nationale. Il n’y a pas de nombre limite de groupes au niveau régional. N’importe quel groupe, venant de n’importe quel établissement, peut participer. Les différents départements d’éducation régionaux choisissent les meilleurs rapports, et les élèves concerné·e·s peuvent participer à la phase nationale. Les groupes sont répartis en deux niveaux : Gimnasyum (12-15 ans) et Lyceum (16-18 ans). Vingt groupes maximum peuvent aller au niveau national.

Pendant le tournoi, les élèves présentent leur projet devant un public. Pendant le tournoi, les élèves présentent leur projet devant un public.
Pendant le tournoi, les élèves présentent leur projet. © Centre d’information sur les droits de l’enfant

Un jury composé de membres de la société civile, de représentant·e·s du ministère de l’Éducation et du monde universitaire détermine ensuite le groupe gagnant sur la base de plusieurs critères : élaboration des indicateurs pour suivre les droits ; groupe cible concerné par tel droit ; bonne identification des lois nationales et internationales qui protègent tel droit, ainsi que des garants de ce droit concernés ; et formulation des recommandations adressées à ces garants.

Le Tournoi national des droits humains, lancé en 2013, aide les élèves à travers le pays à résoudre divers problèmes et améliorer les conditions dans leur établissement. En 2017, le gagnant – groupe Amnesty venant de Sircova – a étudié la question de la sécurité routière devant son établissement. Il a signalé au garant des droits – le service régional de la police – qu’il n’y avait pas de passage piéton, de feu ou de panneau indiquant la présence d’un établissement scolaire à proximité. Quand la police a reçu le rapport, elle a fait le nécessaire.

Le gagnant de cette année, originaire de Balti, s’est intéressé au droit à la santé et à l’hygiène. Les élèves se sont concentré·e·s sur la qualité de la nourriture servie à la cantine et ont vérifié si leurs camarades étaient bien informé·e·s en matière d’alimentation saine. Leur rapport a montré que 44 % des enfants consommaient de la malbouffe sans en connaître les risques. Le groupe a recommandé à l’administration scolaire de mieux expliquer aux élèves ce qu’est une bonne alimentation et de veiller à offrir des plats de qualité à la cantine. L’administration scolaire a alors engagé un assistant médical pour examiner la nourriture proposée. Des affiches sur l’alimentation saine et les risques de la malbouffe ont été placardées dans toute l’école.

Des élèves posent après avoir présenté leur projet. Des élèves posent après avoir présenté leur projet.
Des élèves posent après avoir présenté leur projet. © Centre d’information sur les droits de l’enfant

Diana Galanton, qui enseigne l’EDH à Balti, explique que grâce à l’EDH, les enfants « n’apprennent pas de façon passive », ils endossent plutôt « le rôle de citoyens actifs qui défendent leurs droits et ceux des autres ». Elle ajoute que le tournoi « est synonyme de participation, et donc d’élèves actifs, qui deviendront des défenseur·e·s des droits humains ».

D’autres professeur·e·s et élèves reconnaissent le rôle du tournoi dans la vie de leur établissement. Nicoleta Oloinic, élève, estime que cet événement est « notre instrument pour entraîner le changement, dans notre entourage et en nous ». Elle précise que cette initiative « permet de changer l’attitude des garants des droits envers nous ». Elle a aussi l’impression d’avoir changé : « J’ai acquis des compétences en communication et en recherche, et j’ai davantage confiance en moi. » Ce sentiment est partagé par sa camarade Svetlana Busuoic, qui dit se sentir « plus en sécurité dans le cadre des actions car [elle sait] ce qui est juste et ce qui ne l’est pas ». La jeune fille est très satisfaite du tournoi qui a permis « d’amener l’administration scolaire à nous entendre à propos de problèmes qui peuvent être réglés ».

Maria Piciriga, une autre élève, pense qu’étudier les droits humains aide « à se façonner soi-même et à gagner en assurance ». Elle explique que cela lui a permis de passer à l’action pour défendre un camarade présentant un handicap mental et qui faisait l’objet de harcèlement : « Je ne pouvais pas l’ignorer. J’ai organisé une séance d’information avec les élèves, y compris la personne qui se moquait de ce camarade, et je leur ai parlé du concept d’égalité des droits ». Après le tournoi elle a « remarqué certains changements dans [son] environnement scolaire ». Selon elle, « le cadre est plus sûr pour tout le monde, et les élèves ont moins peur d’exprimer leurs opinions ».

Natalia Cebotari, enseignante en EDH, affirme que le tournoi « donne aux enfants la possibilité de s’impliquer dans des activités sociales » et leur permet de « ressentir les droits humains, de développer des relations positives avec différents acteurs, notamment leurs pairs issus de milieux différents du leur, ou les garants des droits ». Elle souligne que les élèves « apprennent que pour entraîner un changement, il faut s’impliquer et agir ».