Amnesty Moldavie est récompensée pour sa série à la TV nationale portant sur la revendication des droits humains

Par Chloe Roset London,

Amnesty Moldavie a reçu cette année 6 fois le prestigieux “Prix des Meilleures Réalisations Télévisées” pour sa série de documentaires sur les Droits Humains.

Igor Stoica, Coordinateur à Amnesty Moldavie s'exprime sur les droits en prison dans le documentaire sur les droits humains qui a gagné le premier prix. 26 Juin 2014, Moldavie © Amnesty International

“La Moldavie est un pays marqué par le communisme soviétique, la recherche en droits humains montre qu’ils n’y sont pas bien compris, soit que les gens n’ont pas conscience de leurs droits soit qu’ils ne savent pas comment réagir lorsque ces droits sont violés” ainsi s’exprime Violeta Terguta, responsable des Medias et des Relations Humaines, “nous avons réussi à nous adapter aux besoins des gens en leur proposant des documentaires très concrets qui leur procurent des outils pour combattre les violations des droits humains et comblent ainsi le manque de connaissance de ces droits ».

C’est un bon modèle de défense des Droits Humains, les films sont convaincants, authentiques, et loin des déclarations revendicatives, éplorées ou fausses- comme on en voit souvent dans nos medias.
Ion Bunduchi, membre du jury 'Prix des Meilleures Réalisations Télévisées'

Basé sur des cas réels

Les films sur les droits humains qui sont très éducatifs leur font prendre conscience des questions concernant les droits humains en leur offrant à la fois des témoignages de vie réelle et des conseils utiles donnés  par des experts en droits humains et des agents de l’état afin de mieux comprendre comment réagir face à leur violations.

Chaque épisode se base sur les principes de la Déclaration Universelle des Droits Humains. Le premier épisode, pour libérer de la torture et des traitements humiliants, fut diffusé à la fin Mars 2014 pour commémorer le 5ème anniversaire de la manifestation du 7 Avril 2009 au cours de laquelle plus d’une centaine de personnes ont été arrêtées, et certaines torturées, pour avoir protesté contre ce qu’elles jugeaient des élections frauduleuses. Le 12eme et dernier épisode sera diffusé le 26 Mars 2014. Tous les épisodes diffusés sont disponibles sur le site d’Amnesty Moldavie  (http://www.amnesty.md/media/type/emisiunea-carta-drepturilor/)

A la rencontre des besoins du telespectateur

En préparant ce travail, Amnesty a recherché quels pouvaient être les domaines des droits humains les plus adaptés au contexte national de la Moldavie. Cristina Pereteatcu, Directeur Exécutif á Amnesty Moldavie, qui conduit le projet, croit que le succès des documentaires vient d’avoir su évaluer correctement les besoins du peuple Moldave pour la compréhension de leurs droits.

La clé du succès de la série réside dans l’aptitude à transmettre des informations complexes de manière simple sans imposer de ton moralisateur sur les sujets débattus. Cristina explique, “les épisodes sont basés sur des histoires vraies de la Moldavie, elles concernent des personnes dont les droits ont été violés et ces témoignages vont de pair avec ceux d’experts en droits humains et d’agents du gouvernement qui expliquent point par point comment leurs droits devraient être revendiqués. La série devrait être vue comme un guide des droits humains qui n’impose pas d’opinion personnelle sur un fait ou une situation. Elle informe le public des relations existant  entre les détenteurs de droits et l’état, de façon juste, précise et claire.”

La série d’épisodes fut diffusée le dernier Jeudi du mois à 22h20, pendant 25 minutes. Chaque programme est rediffusé deux ou trois fois par la suite.

Atteindre un public national

Jusqu’à maintenant, le travail éducatif d’Amnesty Moldavie fut centré sur la mise en œuvre des programmes dans les écoles, visant principalement à sensibiliser les jeunes. En revanche, la série de documentaires vise à inclure le reste de la population dans la protection de ses droits humains.

La Société Nationale de Diffusion Publique, chaine qui diffuse la série, couvre l’ensemble du territoire du pays, réalisant des programmes accessibles aux régions rurales.  Là, les gens ont un niveau d’instruction très variable, ont peu d’accès à internet, il en résulte une tendance à être moins informés des questions des droits humains.

Les sondages disent que la TV et l’Eglise sont les deux institutions auxquelles on fait le plus confiance en Moldavie et la Société Nationale  de Diffusion publique est parmi les chaines en qui les gens font le plus confiance “L’année dernière la Société se classait au second rang dans le classement général national, mais au premier au classement des medias en région rurales. La population rurale est la première destinataire de notre programme. Les gens y ont moins accès aux informations et aux medias,” explique Violeta.

1er prix pour les documentaires sur le droit à des conditions de détention décentes et sur le droit à un niveau de vie décent. Moldavie, Decembre 2014 © Amnesty International

Un retour positif

Amnesty Moldavie a reçu un grand nombre de lettres positives concernant les documentaires. Des lettres encourageantes et exprimant de la reconnaissance de la part soit du réseau d’Amnesty soit des téléspectateurs du pays. Apres la sortie des premiers épisodes certains sont même venus au bureau pour demander les vidéos, et les remercier de leur travail.

La reconnaissance officielle est venue le 10 Décembre 2014 lorsqu’Amnesty reçut 6 prix, alors qu’elle était en compétition avec 49 autres travaux. Elle a gagné les deux premiers prix, l’un pour son documentaire sur le droit à des conditions de détention décentes et l’autre pour leur documentaire sur le droit à un niveau de vie décent. Elle a gagné deux troisième prix pour son documentaire sur le bénévolat et la discrimination  et a reçu deux “mentions spéciales” du jury pour son travail sur la liberté d’expression et son travail sur le droit à la démocratie.

En Moldavie, ce sont des prix très  prestigieux et très estimés, particulièrement parmi les journalistes. Ion Bunduchi, membre du jury explique : "Nous avons accordé le plus de points à ces travaux parce qu’ils abordent en profondeur des questions urgentes et en les présentant de cette façon  ils augmentent les chances de les résoudre. De plus, ce travail est réalisé de façon très professionnelle, l’information provient d’histoires réelles, avec des données concluantes et le travail est réalisé en conformité avec les normes professionnelles. C’est un bon modèle de défense des Droits Humains, les films sont convaincants, authentiques, et loin des déclarations revendicatives, éplorées ou fausses- comme on en voit souvent dans nos medias”.

L’idée de ce projet est née il y a deux ans, lorsque la Société Nationale de Diffusion Publique a pris contact avec des organisations non gouvernementales pour la production de programmes éducatifs à la TV nationale, et Amnesty a répondu.

Chaque épisode prend en moyenne plus d’un mois avant la production, un mois pendant la production et quelques semaines après la production. Cette expérience a permis à Amnesty Moldavie d’acquérir une grande visibilité dans le pays. Au moment de la rédaction  de cet article, la série a réuni plus de 800.000 téléspectateurs, avec chaque semaine une augmentation quasi constante.

Le dernier épisode, le plus regardé, sur le droit à l’éducation, fut diffusé le 26 Décembre et a réuni 140.466 téléspectateurs (la population totale de la Moldavie étant de 3.56 millions)

Andrei Shura, realisant le montage des documentaires sur les droits humains au studio de production NEBIRU, 9 Decembre 2014, Moldova © Amnesty International

Plus à venir ?

La chaine comme les producteurs sont ravis de ce succès et une autre série de 12 épisodes est en cours de discussion: “ce documentaire est une approche nouvelle des concepts de rédaction et de graphisme, ont observé à la fois le grand public et le monde de la télévision. C’est une collaboration performante que nous avons l’intention de poursuivre” déclare Mircea Surdu, Directeur de la Télévision Publique.

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