Amnesty International

Parlons du OUI : comment déconstruire les préjugés et éviter les stéréotypes

La « culture du viol », qui banalise, voire justifie le viol et l’ensemble des agressions sexuelles dans nos sociétés, repose sur des préjugés et des stéréotypes de genre dangereux et les perpétue.

Le viol peut se produire dans des circonstances très différentes. Pour savoir s’il ne s’agit pas d’un viol, la seule solution est de constater que les deux parties ont librement exprimé leur consentement. Ni les vêtements, ni un comportement passé, ni le mariage n’équivalent à un consentement.

Il est important que nos activités militantes et nos discussions participent à déconstruire les préjugés sur le viol, au lieu de les renforcer.

N’oubliez pas qu’un raisonnement de « déconstruction des préjugés » peut au contraire les renforcer involontairement. En attirant trop l’attention sur les préjugés, on peut contribuer à les diffuser. Il est possible que les gens ne retiennent que le préjugé et non sa déconstruction.

Si vous créez du contenu à partager, faites très attention à ne pas utiliser ni renforcer par inadvertance de préjugés ni de stéréotypes sur le genre, le sexe, le consentement, etc. dans vos créations, vos messages et vos commentaires. En cas de doute, soumettez-les à d’autres personnes avant de les publier.

Voici quelques arguments factuels pour répondre à des préjugés et stéréotypes sur le viol :

  • La façon dont une personne s’habille, la quantité d’alcool qu’elle choisit de consommer, les gens avec lesquels elle choisit de sortir, son comportement, la vie qu’elle choisit de mener… Rien ne la rend responsable si elle subit un viol. La seule personne responsable d’un viol est son auteur.
  • Le viol est une atteinte à l’intégrité physique et à l’autonomie sexuelle d’autrui. Par conséquent, il s’agit d’un crime dont le violeur est responsable, PAS la victime. (Pour répondre à des affirmations telles que « elle l’a bien cherché, avec ses vêtements », « elle/il était en train de flirter », « même si c’était un viol, c’est la faute de la victime », « les travailleuses et travailleurs du sexe ne peuvent pas être violé·e·s », etc.)
  • Chaque personne concernée est responsable de veiller à ce que l’autre soit consentante. Ne pas dire « non », cela ne veut pas dire « oui » ; c’est un « oui » enthousiaste qui doit être obtenu. Une personne peut être dans l’incapacité de dire « non » pour diverses raisons, et chaque personne réagit différemment lors d’une agression sexuelle. (Pour répondre à des affirmations telles que « elle/il n’a pas dit non », « elle/il n’a pas protesté » ou « il n’y a eu aucune violence ».)
  • Bien que la majorité des victimes de viol soient des femmes et des filles, n’importe quelle personne, quel que soit son genre, peut subir un viol. (Pour répondre à des affirmations telles que « un homme ne peut pas être violé ».)
  • Avoir un rendez-vous avec quelqu’un, rentrer avec quelqu’un ou avoir déjà eu des relations sexuelles avec quelqu’un ne signifie pas nécessairement l’expression d’un consentement sexuel ce jour-là. (Pour répondre à des affirmations telles que « elle/il avait donné son consentement pour avoir un rapport sexuel la semaine dernière, donc ça compte aussi pour aujourd’hui ».)
  • La plupart du temps, le viol est perpétré par un partenaire, un ancien partenaire ou un ami de la victime. (Pour répondre à des affirmations telles que « la plupart des viols sont commis par des inconnus, quelqu’un que la victime n’a jamais vu, une “mauvaise personne” au sens absolu du terme », « on ne peut pas agresser sexuellement sa/son partenaire ou son époux/épouse ».)
  • Dans la plupart des cas, le viol se déroule chez la victime, non loin de chez elle ou chez quelqu’un de sa connaissance. (Pour répondre à des affirmations telles que « la plupart des gens pensent que les agressions sexuelles et les viols se passent seulement la nuit, en public ou à l’extérieur, dans des endroits sombres comme des ruelles, des forêts ou des parcs ».)
  • Le viol est un crime, et ses effets peuvent être profondément destructeurs. On pense souvent que le viol n’est pas un « vrai crime » ou que les victimes portent plainte pour viol lorsqu’elles regrettent simplement une relation sexuelle, MAIS la qualification pénale du viol s’explique par ses conséquences physiques et émotionnelles et l’atteinte à l’intégrité physique et à l’autonomie sexuelle. (Pour répondre à des affirmations telles que « au fond, c’est juste un rapport sexuel non désiré ».)
  • Le signalement d’une agression à la police demande énormément de courage et de force de la part des victimes. Les victimes méritent d’être crues, elles doivent recevoir le soutien auquel elles ont droit et les faits qu’elles signalent doivent faire l’objet d’une enquête approfondie. (Pour répondre à des affirmations telles que « beaucoup de victimes mentent quand elles disent qu’elles ont été violées/harcelées, et elles font des dépositions mensongères pour se venger ou parce qu’elles ne veulent pas assumer une relation », « les femmes aiment se venger ».)
  • La plupart des victimes ne portent pas plainte pour viol. Celles qui le signalent à la police ou qui racontent leur histoire le font souvent plusieurs semaines, plusieurs mois, voire plusieurs années après le viol. Cela ne retire rien à la véracité ni à l’importance de leur vécu. (Pour répondre à des affirmations telles que « une “vraie” victime d’agression sexuelle porte toujours plainte tout de suite » ; voir les hashtags #jenaipasportéplainte et #WhyIDidn’tReport sur Twitter.)
  • Le viol est bien plus répandu qu’on ne le pense, et il concerne les femmes de manière disproportionnée. Dans l’UE, une femme de 15 ans ou plus sur 20 a été violée, ce qui représente environ neuf millions de femmes. Et une femme de 15 ans ou plus sur 10 dans l’UE a été victime de violences sexuelles sous une forme ou une autre. (Pour répondre à des affirmations telles que « les viols arrivent rarement ».)
  • Il est important de prendre en compte le rôle du genre dans le viol et d’adopter une approche intégrant la dimension de genre, tout en considérant les besoins spécifiques des différentes catégories de victimes de violences sexuelles. Les mesures susceptibles de donner davantage de moyens d’action aux femmes et aux filles profiteront également aux hommes, aux personnes non binaires et aux personnes de tous les genres qui subissent des violences sexuelles. (Pour répondre à des affirmations telles que « Pourquoi tu parles seulement des femmes ? Les hommes aussi se font violer. »)
  • Les travailleuses et travailleurs du sexe ont le droit de donner et de retirer leur consentement à toute activité sexuelle. Par conséquent, elles et ils peuvent être violé·e·s comme n’importe qui d’autre. Lorsqu’ils et elles négocient un rapport sexuel tarifé, cela implique des activités consensuelles, pas un viol ni des actes de violence. (Pour répondre à des affirmations telles que « les travailleuses et travailleurs du sexe ne peuvent pas être victimes d’agressions sexuelles ».)

Maintenant que vous savez comment parler du consentement et créer du contenu, il est peut-être temps d’élargir la conversation en organisant un atelier, par vous-même ou dans le cadre d’un groupe. Le prochain billet concernera l’effet multiplicateur, autrement dit les moyens dont vous disposez pour encourager le dialogue et l’expression créative grâce à des ateliers.