Botswana 2019
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Botswana 2019

La liberté d’expression faisait toujours l’objet de restrictions. Le gouvernement a fait appel d’une décision historique de la Haute Cour dépénalisant les relations sexuelles consenties entre personnes de même sexe. Le taux de chômage restait élevé dans le pays, atteignant 17,7 %, et l’indice de Gini, mesurant les inégalités de revenus, y était de 0,52, soit l’un des plus élevés au monde.

SURVEILLANCE INTERNATIONALE

En mai, le Comité des droits de l’enfant [ONU] a examiné les deuxième et troisième rapports périodiques du Botswana. Le Comité, tout en prenant note des actions menées par le gouvernement, s’est notamment dit préoccupé par le fait que certaines catégories d’enfants se heurtaient à des attitudes discriminatoires entravant leur accès aux services de base, et que les enfants vivant dans des zones reculées et ceux qui ne possédaient pas de documents d’identité n’avaient qu’un accès restreint aux soins de santé.

LIBERTÉ DES MÉDIAS

Les journalistes étaient toujours exposés au risque de subir des violences ainsi que des menaces, et d’être poursuivis en justice.

Le 17 juillet, des agents de la Direction des services de renseignement et de sécurité (DIS) ont effectué une descente au domicile de Tsaone Basimanebotlhe, journaliste pour le quotidien Mmegi, et ont confisqué des ordinateurs ainsi que son téléphone portable. Ils lui auraient dit enquêter à son sujet dans le cadre d’une affaire en cours mettant en cause Isaac Kgosi, ancien directeur des services de renseignement, qui était soupçonné d’avoir transmis des photos d’agents de la DIS à Mmegi. Le Forum des directeurs de presse du Botswana (EFB) et le Comité de la liberté d’expression (FEC) ont condamné cette descente, considérant qu’il s’agissait d’une manœuvre de harcèlement et d’intimidation.

Le pays ne disposait toujours pas d’une loi sur l’accès à l’information, pourtant demandée par les journalistes. La Loi de 2008 relative aux professionnels des médias continuait d’imposer des restrictions au travail des journalistes, à l’accès à l’information et à la liberté des médias. Des organisations nationales, telles que la section du Botswana de l’Institut des médias d’Afrique australe (MISA), ont dénoncé « un arsenal de lois que le gouvernement du Botswana peut utiliser pour empêcher les informations de circuler librement ou pour sanctionner des journalistes “dévoyés” en cas de publication d’informations considérées comme “protégées” par ces lois », notamment la Loi relative à la sécurité nationale, la Loi relative à la sédition, la Loi relative aux secteurs protégés et la Loi de 2007 relative à la cybercriminalité et aux infractions liées à l’informatique.

DROITS DES LESBIENNES, DES GAYS ET DES PERSONNES BISEXUELLES, TRANSGENRES OU INTERSEXES

Le 11 juin, la Haute Cour du Botswana a rendu une décision historique dépénalisant les relations sexuelles consenties entre adultes de même sexe. La Haute Cour siégeant à Gaborone a en effet jugé que les articles 164(a), 164(c) et 167 du Code pénal du Botswana, réprimant pénalement les « infractions contre nature » et les « pratiques indécentes », étaient inconstitutionnelles. Ces dispositions érigeaient en infraction pénale les relations sexuelles consenties entre adultes de même sexe et créaient un climat dans lequel des personnes pouvaient subir, en raison de leur orientation sexuelle supposée ou réelle, des discriminations, des actes de harcèlement ou des violences infligés en toute impunité. La Haute Cour a estimé que ces dispositions étaient discriminatoires, qu’elles violaient les droits à la protection de la vie privée, à la liberté et à la dignité, et qu’elles n’étaient d’aucune utilité pour l’intérêt public[1].

En juillet, le procureur général a formé un recours au nom du gouvernement en invoquant plusieurs motifs, avançant notamment que la Haute Cour avait outrepassé ses prérogatives en annulant une décision rendue en appel en 2003 selon laquelle cette dépénalisation était prématurée compte tenu des circonstances.

PEINE DE MORT

Le 2 décembre, un homme de 44 ans, Mooketsi Kgosibodiba, a été exécuté par pendaison. Le Botswana était le seul pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe qui maintenait la peine de mort en droit et dans la pratique. En 2018, il avait exécuté deux personnes pour meurtre : Joseph Tselayarona, en février, et Uyapo Poloko, en mai[2].

Dans le cadre de l’Examen périodique universel des Nations unies, qui a eu lieu en janvier 2018, le Botswana avait accepté les recommandations l’invitant à prendre activement des mesures afin que des consultations publiques sur l’abolition de la peine capitale soient organisées et qu’un débat national soit relancé au sujet de ce châtiment ; aucun débat de ce type n’a toutefois eu lieu en 2019.

PERSONNES RÉFUGIÉES OU DEMANDEUSES D’ASILE

En juillet, la Cour d’appel a considéré qu’un groupe de Namibiens et Namibiennes qui se trouvaient dans le camp de réfugié·e·s de Dukwi étaient des « immigrés illégaux ». Ces personnes avaient fui au Botswana en 1999, à la suite de violents affrontements avec les forces du gouvernement namibien motivés par des tensions politiques concernant la bande de Caprivi. Sur les 3 000 personnes réfugiées qui étaient alors arrivées au Botswana, 709 y étaient restées. Leur dirigeant continuait d’affirmer qu’il était dangereux pour eux de retourner en Namibie, en raison de leur appartenance à un parti interdit dans ce pays. Le Botswana a commencé à procéder à leur renvoi le 17 septembre : un premier groupe composé de 94 personnes réfugiées a ainsi été transporté en Namibie.

 

[1] Botswana. La dépénalisation des relations consenties entre personnes de même sexe est un exemple dont doivent s’inspirer les autres pays africains (nouvelle)

[2] Condamnations à mort et exécutions 2018 (rapport mondial)