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Japon. La décision de rejuger le plus ancien condamné à mort ne doit pas faire l’objet d’un recours

Les tribunaux japonais ont enfin entendu raison et ordonné la tenue d’un nouveau procès pour un prisonnier qui a passé plus de 40 ans dans le couloir de la mort, a déclaré Amnesty International. L’organisation invite le ministère public à accepter la décision du tribunal.  Iwao Hakamada, âgé de 78 ans, a été condamné à mort en 1968. Il est sans doute le condamné qui a passé le plus de temps dans le couloir de la mort au monde. Au terme d’un procès inique, il a été reconnu coupable du meurtre de son patron, ainsi que de l’épouse de celui-ci et de leurs deux enfants. Lors d’une audience qui s’est déroulée le 27 mars, le tribunal de district de Shizuoka a fait droit à sa dernière requête pour la tenue d’un nouveau procès. Le ministère public a quatre jours pour faire appel de cette décision. « Le ministère public se montrerait insensible et inique s’il faisait appel de cette décision. Le temps est compté pour Iwao Hakamada, qui doit bénéficier du procès équitable dont il a été privé il y a plus de 40 ans, a déclaré Roseann Rife, responsable des recherches sur l’Asie de l’Est à Amnesty International. « Si une affaire mérite d’être rejugée, c’est bien celle-ci. Iwao Hakamada a été déclaré coupable sur la base d’aveux obtenus sous la contrainte et des questions restent sans réponse, notamment quant à de récents éléments de preuve ADN. »  Iwao Hakamada a « avoué » au bout de 20 jours d’interrogatoire aux mains des policiers. Il s’est ensuite rétracté et a déclaré lors de son procès avoir été frappé et menacé par les policiers. D’après les avocats d’Iwao Hakamada, les résultats de récents tests médicolégaux n’ont pas permis d’établir de concordance entre son ADN et celui retrouvé sur les vêtements que, selon l’accusation, portait le meurtrier. L’un des trois juges l’ayant condamné a déclaré publiquement qu’il était convaincu de son innocence. « Les autorités japonaises devraient avoir honte du traitement barbare réservé à Iwao Hakamada. Pendant plus de 45 ans, il a vécu sous la menace constante d’une exécution, ne sachant pas d’un jour à l’autre s’il allait être mis à mort. La torture psychologique s’ajoute à un châtiment déjà cruel et inhumain », a déclaré Roseann Rife. Comme la majorité des condamnés à mort, Iwao Hakamada a été détenu la plupart du temps à l’isolement. Il souffre de troubles mentaux, dus aux dizaines d’années passées à l’isolement. Complément d’information Amnesty International demande au gouvernement japonais de décréter un moratoire sur les exécutions, en vue d’abolir complètement la peine de mort. Le système judiciaire japonais repose grandement sur les « aveux » trop souvent extorqués sous la torture ou les mauvais traitements. Il n’existe aucune règle précise concernant la durée des interrogatoires, auxquels les avocats ne sont pas autorisés à assister. Amnesty International a rassemblé des informations sur le recours usuel aux coups, à l’intimidation, à la privation de sommeil et au fait de forcer un détenu à rester debout ou assis dans une position précise pour de longues périodes lors des interrogatoires. L’organisation a à plusieurs reprises appelé le Japon à réformer ce système, conformément aux normes internationales. Amnesty International s’oppose en toutes circonstances et sans aucune exception à la peine de mort, quelles que soient la nature et les circonstances du crime commis, la culpabilité ou l’innocence ou toute autre situation du condamné, ou la méthode utilisée pour procéder à l’exécution. La peine capitale viole le droit à la vie et constitue le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit.