Retour à Érythrée

ÉRYTHRÉE 2020

On ignorait toujours où se trouvaient les personnes critiques à l’égard du gouvernement ou à la tête de mouvements prodémocratie qui étaient détenues arbitrairement depuis 2001. Les autorités ont continué de violer les droits à la liberté d’expression et de religion, ainsi que le droit de circuler librement. Les détenu·e·s étaient privés de leur droit à la santé. Cette année encore, des milliers de personnes ont fui à l’étranger face à la répression qui se poursuivait et au service militaire obligatoire d’une durée indéterminée qui était toujours en place, même après le rétablissement des relations entre l’Érythrée et son ancien ennemi, l’Éthiopie.

Liberté d’expression

La presse indépendante était toujours inexistante depuis l’interdiction par les autorités de tout média privé en 2001. En 2020, le Comité pour la protection des journalistes a estimé que l’Érythrée était le pays le plus censuré au monde et celui qui comptait le plus grand nombre de journalistes emprisonnés.

Détentions arbitraires et disparitions forcées

Des centaines de responsables politiques, personnalités religieuses, journalistes et autres personnes critiques à l’égard du gouvernement – parfois détenus depuis plus de dix ans sans inculpation ni jugement – étaient toujours en détention arbitraire, sans pouvoir entrer en contact avec leur famille ni leurs avocats. À la fin de l’année, on ignorait toujours tout du sort réservé à 11 personnalités politiques de premier plan et 17 journalistes qui avaient critiqué le régime du président Issayas Afeworki en 2001.

L’ancien ministre des Finances Berhane Abrehe était en prison depuis son arrestation à Asmara, la capitale, en 2018. Aucune charge n’avait été retenue contre lui à la fin de l’année. Il avait été arrêté à la suite de la publication de son livre en faveur d’une réforme démocratique et soumis à une disparition forcée.

Droit à la santé

Prisons et centres de détention

Les prisons et les centres de détention étaient toujours caractérisés par une surpopulation chronique et des conditions sanitaires déplorables1. La prison d’Adi Abeto, au nord d’Asmara, hébergeait 2 500 détenu·e·s environ, pour une capacité de 800 personnes seulement. Le camp de détention de Mai Serwa Asmara Flowers, près d’Asmara, où étaient détenues 700 personnes selon les estimations, dont nombre de témoins de Jéhovah, n’était pas équipé de toilettes pour les détenu·e·s. Hommes et femmes confondus étaient donc contraints de faire leurs besoins en plein air. La prison de sécurité maximale de Mai Serwa, près d’Asmara, ne comptait que 20 toilettes pour 500 détenu·e·s.

Dans les prisons et les autres lieux de détention, l’eau, la nourriture et les produits d’hygiène tels que le savon n’étaient pas fournis en quantité suffisante aux détenu·e·s. De nombreuses personnes incarcérées à la prison de sécurité maximale de Mai Serwa, au camp de détention de Mai Serwa Asmara Flowers et à la prison pour hommes d’Ala, près d’Asmara, devaient compter sur leur famille pour compléter les maigres portions de nourriture qui leur étaient distribuées. Le 2 avril, les autorités ont imposé un confinement dans les prisons pour empêcher la propagation du COVID-19 et d’autres maladies. Aucune visite n’étant autorisée, les détenu·e·s ne bénéficiaient plus des produits nécessaires que leur fournissait leur famille, ce qui les exposait encore davantage à la malnutrition et aux maladies.

Travail forcé

Comme les années précédentes, les personnes appelées au service national obligatoire devaient accomplir ce service pendant une durée indéterminée, qui pouvait largement excéder la limite légale de 18 mois. Aucune possibilité d’objection de conscience n’était prévue et des milliers de personnes demeuraient enrôlées sans limitation de durée, souvent pendant plusieurs dizaines d’années. Le gouvernement a continué d’envoyer les élèves de dernière année de lycée au centre d’entraînement militaire de Sawa, sans s’engager à les libérer de leurs obligations militaires au bout de 18 mois de service.

Les appelé·e·s gagnaient 800 nakfas érythréens (environ 53 dollars des États-Unis) par mois, ce qui ne leur permettait pas de subvenir à leurs besoins élémentaires. Le gouvernement les utilisait pour travailler sur des projets d’infrastructure, par exemple liés à l’irrigation, aux routes et à l’agriculture. Leurs conditions de travail pouvaient être dégradantes et inhumaines, et s’apparentaient parfois à de la torture.

Au centre de détention de Mai Serwa Asmara Flowers, qui était en réalité un camp de travail forcé, des témoins de Jéhovah et d’autres détenu·e·s étaient contraints de travailler dans les exploitations horticoles voisines.

Droit de circuler librement

Le droit de quitter le territoire restait fortement restreint et les Érythréen·ne·s ne pouvaient pas se rendre à l’étranger sans autorisation du gouvernement.

Personnes réfugiées ou demandeuses d’asile

Cette année encore, des milliers d’Érythréen·ne·s ont fui le pays, essentiellement pour échapper au service national à durée indéterminée, et ont sollicité l’asile à l’étranger. D’après le HCR, 9 463 demandeurs et demandeuses d’asile originaires d’Érythrée ont franchi la frontière avec l’Éthiopie pendant le premier trimestre de l’année. À partir d’avril, le nombre de nouvelles arrivées en Éthiopie a nettement chuté à cause des restrictions de circulation liées à la pandémie de COVID-19.

Les personnes réfugiées ou demandeuses d’asile érythréennes continuaient de subir de graves atteintes à leurs droits humains pendant leur trajet vers l’Europe, notamment dans les pays de transit, en particulier la Libye, où beaucoup d’entre elles ont été victimes de détention, d’enlèvement, de violences sexuelles ainsi que de torture et d’autres formes de mauvais traitements.


  1. « Érythrée. La surpopulation et l’insalubrité dans les prisons rendent les détenu·e·s sans défense face à la pandémie de COVID-19 » (communiqué de presse, 21 mai)