Rapport 2016/17 d’Amnesty International

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L’heure est venue de nous mobiliser pour faire cesser les politiques de diabolisation qui divisent le monde et le rendent dangereux.

En publiant son rapport annuel, Amnesty International lance un appel aux peuples du monde entier : ne laissons pas les discours de peur, de division et de haine miner nos espoirs de construire une société ouverte et équitable. Si chacun d’entre nous prend position et agi pour protéger les droits humains, nous pouvons inverser la tendance.

L’année 2016 a été marquée par les discours clivants et le comportement de plusieurs dirigeants qui ont pointé du doigt certains groupes de personnes, les assimilant à une menace pour les intérêts nationaux. Si davantage de pays remettent en question nos droits fondamentaux au nom de la sécurité nationale, nous pourrions bien assister à l’effondrement total des fondations sur lesquelles reposent les droits humains universels.

Les mouvements pacifiques comme la Marche mondiale des femmes, les manifestations en faveur de la démocratie en Gambie et celles des étudiants d’Ayotzinapa au Mexique doivent être une source d’inspiration pour nous tous, et nous inciter à défendre nos libertés.

Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International
Nous ne pouvons pas compter sur les gouvernements pour défendre les droits humains, alors agissons nous-mêmes.

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La situation des droits humains dans 159 pays

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Les droits humains en recul dans le monde

En 2016, plusieurs bouleversements politiques ont révélé la capacité des discours de haine à libérer la face la plus sombre de la nature humaine. Donald Trump (États-Unis), Viktor Orbán (Hongrie), Narendra Modi (Inde), Recep Tayyip Erdoğan (Turquie) ou encore Rodrigo Duterte (Philippines)… de plus en plus de responsables politiques se déclarent antisystème et promeuvent des politiques de diabolisation. Ils visent des groupes entiers de la population, les désignent comme boucs émissaires et les déshumanisent dans le but d’obtenir le soutien des électeurs.

Les effets néfastes de ces discours se font de plus en plus ressentir sur les politiques menées dans certains pays. En 2016, des gouvernements ont fermé les yeux sur des crimes de guerre, conclu des accords qui affaiblissent le droit d’asile, adopté des lois qui bafouent la liberté d’expression, incité au meurtre de personnes simplement parce qu’elles consomment des stupéfiants, justifié la surveillance de masse, et élargi des pouvoirs de police déjà draconiens.

Plus il y a de pays qui reviennent sur leurs engagements en matière de droits fondamentaux sur leur territoire, moins il y a de dirigeants pour défendre ces droits sur la scène internationale, et de nombreux gouvernements sont tentés de suivre la tendance au recul des droits humains dans le monde.

Les conséquences d’un tel recul pourraient être désastreuses au vu de la réaction déjà pitoyable de la communauté internationale face aux atrocités de masse qui ont eu lieu en 2016, notamment à Alep, au Darfour et au Yémen.

Ailleurs dans le monde, certains gouvernements ont mené de vastes opérations de répression, par exemple à Bahreïn, en Égypte, en Éthiopie, aux Philippines ou en Turquie. D’autres pays ont mis en œuvre des mesures de sécurité intrusives, telles que l’état d’urgence prolongé en France et les lois sans précédent sur la surveillance adoptées au Royaume-Uni. La politique de l’« homme fort » s’est aussi traduite par une montée des discours antiféministes et défavorables aux lesbiennes, gays et personnes bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI). En Pologne, par exemple, des tentatives de recul sur les droits des femmes ont déclenché des manifestations massives.

L’année 2016 en chiffres

23

Nombre de pays dans lesquels des crimes de guerre ont été commis

36

Nombre de pays qui ont renvoyé illégalement des réfugiés vers des pays où leurs droits étaient menacés

22

Nombre de pays dans lesquels des personnes ont été tuées pour avoir défendu pacifiquement les droits humains

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Il est temps de nous mobiliser pour défendre nos droits

Nous ne pouvons pas compter sur les gouvernements pour protéger nos libertés, donc nous devons agir nous-mêmes. Nous devons nous mobiliser et résister aux initiatives visant à faire reculer des droits humains garantis de longue date. Nous devons nous battre contre les discours mensongers selon lesquels nous devrions abandonner nos droits en échange de la sécurité et la prospérité.

Nous pouvons pour cela nous inspirer des actions passées de certains militants courageux. En d’autres périodes sombres de l’histoire, des personnes ont fait la différence en se mobilisant, qu’il s’agisse des défenseurs des droits civils aux États-Unis, des militants anti-apartheid en Afrique du Sud, ou des membres des mouvements de défense des droits des femmes et des personnes LGBTI partout dans le monde.

Chaque geste peut faire une véritable différence dans la lutte en faveur des droits humains. Toutefois, la solidarité internationale est essentielle si nous voulons nous protéger mutuellement des gouvernements prompts à désigner les dissidents comme une menace pour la sécurité nationale et le développement économique.

Chaque lettre, chaque visite, chaque mot nous a rendus plus forts et a renforcé notre détermination à mener cette longue mais juste bataille pour la liberté et la démocratie.
Yves Makwambala, militant de RDC libéré de prison en août 2016

Passez à l’action

Demandez la libération d’Ahmed H. et la fin de l’utilisation abusive des lois antiterroristes

Ahmed a été considéré comme un terroriste et condamné à 10 ans d’emprisonnement pour avoir utilisé un mégaphone pour appeler au calme lors d’affrontements à la frontière hongroise.

En août 2015, Ahmed a quitté son foyer à Chypre pour partir aider ses parents âgés et six autres membres de sa famille à fuir la Syrie et trouver refuge en Europe. Un mois plus tard, ils se sont trouvés parmi les centaines de réfugiés bloqués à la frontière serbo-hongroise après sa fermeture par la police.

Des heurts ont éclaté lorsque des réfugiés ont tenté de passer. La police hongroise a réagi en utilisant du gaz lacrymogène et des canons à eau, blessant des dizaines de personnes. Certains ont jeté des pierres, dont Ahmed. Mais des séquences filmées par les médias montrent également Ahmed utilisant un mégaphone pour demander aux réfugiés et aux policiers de garder leur calme.

Pour ces motifs, un tribunal hongrois l’a déclaré coupable d’« acte de terreur » au titre de la législation hongroise relative à la lutte contre le terrorisme, aux termes extrêmement vagues, et l’a condamné à 10 ans d’emprisonnement.

Est-ce que cela ressemble à du terrorisme selon vous ?

Ahmed est toujours incarcéré, séparé de sa femme et de ses filles. Il attend que son appel soit examiné, dans l’espoir de pouvoir les rejoindre à Chypre.

Demandez aux autorités hongroises :

  • de libérer Ahmed H. et de mettre fin à l’utilisation abusive des lois antiterroristes ;
  • d’arrêter de faire des déclarations qui établissent un lien entre les migrants et le terrorisme, car cela risque d’influencer les poursuites engagées contre Ahmed ;
  • de prendre les mesures nécessaires pour garantir le retour rapide d’Ahmed à Chypre dès la fin de sa procédure d’appel.

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La situation des droits humains dans 159 pays en 2016

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Les droits humains dans le monde en 2016/17

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