Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), des mineurs artisanaux ont été soumis à d’effroyables atteintes aux droits humains par des combattants du Mouvement du 23 mars (M23), un groupe armé soutenu par le Rwanda qui facilite le trafic d’or et de coltan vers ce pays avec l’aide des autorités. Des mineurs ont fait état d’agissements effroyables tels que des exécutions sommaires, des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements, ainsi que des détentions arbitraires et de faits de travail forcé et de recrutement forcé. Lors de cet entretien, l’un des mineurs a décrit à Amnesty International le calvaire qu’il a enduré dans un puits de mine aux mains de combattants du M23, avec des coups reçus quotidiennement et le fait d’être laissé dans les puits pendant des heures et d’être privé d’une juste rémunération. Voici donc son récit, représentatif de ce qui se passe dans d’autres mines.
Depuis la dernière fois que je vous ai parlé, la situation s’est encore aggravée. Je manque d’argent pour de nombreuses raisons [notamment] parce que j’ai été battu dans le puits de mine. À cause des mauvaises conditions [dans la mine], je ne peux pas travailler tous les jours. Je travaille maintenant quatre fois par semaine. Je travaille généralement environ cinq heures par jour et ma rémunération n’est que de 5 000 francs congolais (2,17 dollars des États-Unis). Il y a environ 120 mineurs qui creusent dans chaque puits de mine. Le patron donne l’argent au gérant, et il apporte la nourriture (à ceux qui creusent). On nous donne un beignet et de l’eau pour la journée.
Nous avons vu beaucoup de choses que nous ne pouvons pas oublier. Le fait d’être obligés de rester dans le puits de mine contre notre gré, le fait que nos patrons nous battent, qu’ils frappent des gens qui finissent après à l’hôpital.
Mineur* , RDC
*Le nom n’est pas divulgué.
Dans le secteur, il y a des Rwandais qui recourent parfois à la force contre nous. Quand ils viennent, ils portent des habits civils, mais quand il y a une atmosphère de guerre, ils ont des tenus de style militaire. Je les ai vus se changer [remplacer leurs vêtements civils par des uniformes militaires] plusieurs fois. Ils sont mes patrons. Je travaille pour eux.
Nous avons vu beaucoup de choses que nous ne pouvons pas oublier. Le fait d’être obligés de rester dans le puits de mine contre notre gré, le fait que nos patrons nous battent, qu’ils frappent des gens qui finissent après à l’hôpital.
Ils m’ont battu cette année. J’étais dans le puits de mine et je travaillais depuis trois heures. Tout ce que j’ai entendu, c’est les coups de bâton qui s’abattaient sur moi. Après, j’ai perdu connaissance. C’est le gérant qui m’a battu. Il était congolais, un collègue, mais il venait du Rwanda. Il n’y a pas eu de dispute à l’origine de ces coups. C’est juste que vous croisez quelqu’un, et il se met à vous frapper. Les gérants sont des intermédiaires entre nous et les patrons. On ne devrait pas être battu par nos collègues. C’est pour cela qu’on pense qu’il y a des ordres qui ont été donnés.
Quand je me suis réveillé à l’hôpital, j’ai remarqué tous les pansements que j’avais partout sur le corps. À la tête, sur les bras, les pieds, les articulations et aussi sur le ventre. Je suis resté trois jours à l’hôpital.
Dans le secteur, il y a des Rwandais qui recourent parfois à la force contre nous. Quand ils viennent, ils portent des habits civils, mais quand il y a une atmosphère de guerre, ils ont des tenus de style militaire. Je les ai vus se changer [remplacer leurs vêtements civils par des uniformes militaires] plusieurs fois. Ils sont mes patrons. Je travaille pour eux.
Mineur, RDC
Il y en a d’autres aussi qui ont subi la même chose. Ça n’arrive pas tous les jours, mais peut-être quatre fois par semaine. On les emmène à l’hôpital. Parfois, d’autres gens plaident pour eux , et ils sont sauvés. D’autres meurent sur place. J’ai vu des gens mourir et être enterrés dans le puits de mine.
Je veux que tout le monde sache que les téléphones payés cher qu’ils utilisent sont fabriqués à partir de minerais coûteux, et que beaucoup de sang a été versé avant que ces téléphones ne leur parviennent. Je veux que des actions de plaidoyer soient menées pour que ces minerais soient extraits de façon légale et pour que les mineurs soient aussi traités dans le respect de la loi. Nous avons donc besoin que quelqu’un porte notre voix loin, afin que, lorsque nous creusons, aucun sang ne soit versé dans le puits de mine.

Merci [Amnesty] de penser à nous. Poursuivez votre travail, afin de savoir ce que nous endurons. Poursuivez votre travail, afin que nous puissions mener une vie paisible comme tout le monde. Faites savoir au monde entier que nous avons besoin d’une action de plaidoyer pour que les lois du pays soient appliquées ici.
Ce serait une bonne chose que des gens surveillent ce qui se passe. S’il y avait des gens chargés de mener un travail d’observation, [le M23] ne pourrait pas commettre d’exactions. Ils commettent beaucoup d’exactions. S’ils les voyaient faire de mauvaises choses, les observateurs pourraient alors écrire des rapports sur eux.
Si vous pouvez nous aider à porter notre voix loin d’ici, ce sera bénéfique pour nous. Cela nous aiderait beaucoup.


