En réaction au verdict de culpabilité prononcé contre des militant·e·s ayant organisé des veillées pour Tiananmen à Hong Kong, Fernando Cheung, porte-parole d’Amnesty International Hong Kong Outre-mer, a déclaré :
« Ce verdict consternant souligne l’instrumentalisation de la Loi sur la sécurité nationale de Hong Kong pour sanctionner les personnes qui ont commémoré pacifiquement l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire récente de la Chine.
« Pendant plusieurs décennies, Hong Kong était le seul endroit de Chine où pouvaient se dérouler des cérémonies publiques de grande ampleur pour commémorer la répression de Tiananmen. La décision d’aujourd’hui marque un nouveau cap sinistre franchi dans la campagne menée par le gouvernement pour effacer cet héritage et faire taire les personnes qui tentent d’obtenir la vérité, la justice et le respect de l’obligation de rendre des comptes. »
Sarah Brooks, directrice régionale adjointe à Amnesty International, a déclaré :
« Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan n’ont commis aucune infraction reconnue par la loi ; ils ont été condamnés uniquement pour leur rôle dans l’organisation de commémorations pacifiques des personnes tuées par les autorités chinoises le 4 juin 1989.
« Les autorités de Hong Kong doivent annuler ce verdict et cesser de persécuter les personnes qui veulent empêcher la mémoire de Tiananmen de tomber dans l’oubli.
« Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan sont des prisonniers d’opinion et n’auraient jamais dû être poursuivis. Ils doivent être libérés immédiatement et sans condition. »
Complément d’information
Le 21 août, la Haute Cour de Hong Kong a déclaré Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan, deux militant·e·s ayant commémoré la répression de Tiananmen, coupables d’« incitation à la subversion de l’État » en vertu de la Loi sur la sécurité nationale de Hong Kong. Leur peine sera prononcée à une date ultérieure, en même temps que celle d’Albert Ho Chun-yan, qui a plaidé coupable des mêmes accusations. Tous trois encourent 10 ans d’emprisonnement.
Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan faisaient partie de sept membres de l’Alliance hongkongaise de soutien aux mouvements patriotiques et démocratiques en Chine (Hong Kong Alliance) inculpés en septembre 2021 de différentes infractions au titre de la Loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin. Ils sont maintenus en détention provisoire depuis lors, leurs demandes successives de libération sous caution ayant été rejetées. Amnesty International a désigné ces deux personnes comme prisonnière et prisonnier d’opinion.
L’organisation a exprimé à plusieurs reprises ses inquiétudes quant au fait que la Loi sur la sécurité nationale, adoptée en juin 2020, était invoquée pour cibler des groupes de la société civile, des journalistes, des militant·e·s politiques et des universitaires en raison d’actions entièrement protégées par le droit international relatif aux droits humains.
Les veillées de Tiananmen commémoraient les événements du 4 juin 1989, date à laquelle l’armée chinoise a ouvert le feu sur des étudiant·e·s et des travailleurs et travailleuses qui manifestaient pacifiquement pour des réformes politiques sur la place Tiananmen, à Pékin, et aux abords de celle-ci. Plusieurs centaines de personnes, voire des milliers, ont été tuées. Des dizaines de milliers d’autres ont été arrêtées à travers la Chine dans le cadre de la répression qui a suivi.
Au cours des 37 années qui se sont écoulées depuis, les débats sur le sujet ont fait l’objet d’une sévère censure en Chine, les autorités cherchant dans les faits à l’effacer de leur version de l’histoire.
Commémorer les événements qui se sont déroulés sur la place Tiananmen est interdit depuis toujours en Chine continentale. Cependant, à Hong Kong, des foules atteignant des centaines de milliers de personnes se réunissaient chaque année dans le parc Victoria, situé dans le centre, afin de rendre un hommage pacifique aux victimes. Les participant·e·s à ces veillées demandaient aux autorités chinoises de révéler la vérité sur ce qui s’est passé et d’assumer la responsabilité des atrocités commises. Pendant 30 ans, le gouvernement local n’est pas intervenu et ne s’est pas opposé à cette pratique.
La dernière grande veillée organisée par l’Alliance hongkongaise de soutien aux mouvements patriotiques et démocratiques en Chine (Hong Kong Alliance) a eu lieu en 2019. En 2020 et 2021, la veillée à Hong Kong a été interdite, soi-disant en raison de la pandémie de COVID-19. Depuis, la Loi relative à la sécurité nationale rend de fait les manifestations pacifiques dans la ville passibles de poursuites, y compris les commémorations de Tiananmen.


