Russie. Le procès absurde de la militante féministe Ioulia Tsvetkova pour «pornographie» débute

Le procès de Ioulia Tsvetkova, artiste féministe et militante des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI), pour des accusations absurdes de pornographie en raison de ses dessins du corps féminin, débutera le 12 avril à Komsomolsk-sur-l’Amour, dans l’Extrême-Orient russe.

« Cette absurdité dure depuis presque un an et demi. Une femme est poursuivie au pénal pour “pornographie” pour avoir simplement dessiné et publié des images du corps féminin et exprimé librement ses opinions par le biais de l’art. Depuis le début de cette affaire, Ioulia a été assignée à domicile et s’est vu infliger deux amendes exorbitantes au titre de la loi “contre la propagande gay”, a déclaré Natalia Zviaguina, directrice du bureau d’Amnesty International à Moscou.

Une femme est poursuivie au pénal pour “pornographie” pour avoir simplement dessiné et publié des images du corps féminin et exprimé librement ses opinions par le biais de l’art.
Natalia Zviaguina, directrice du bureau d’Amnesty International à Moscou

« Bien qu’elles soient ridicules et injustifiées, ces poursuites ont abouti à un procès. L’absurdité ne s’arrête toutefois pas à la porte du tribunal, car le juge a en plus décidé que le procès serait fermé au public et à la presse, sous prétexte que les “matériaux pornographiques” de Ioulia seraient examinés au cours des audiences.

« Les autorités russes doivent cesser de vouloir cacher cette absurdité kafkaïenne derrière des portes closes, et garantir son droit de bénéficier d’un procès public. Nous appelons à nouveau la Russie à abandonner immédiatement toutes les charges pesant sur Ioulia Tsvetkova, à arrêter de prendre pour cible les féministes, les défenseur·e·s des droits des LGBTI et les autres militant·e·s, et à garantir la liberté artistique de toutes les personnes. »

Complément d’information

Le procès de Ioulia Tsvetkova commencera le 12 avril au tribunal du district central de Komsomolsk-sur-l’Amour. Elle est poursuivie pour « production et diffusion de matériaux pornographiques » (article 242-3b du Code pénal russe) en raison de ses dessins des organes reproducteurs féminins présentant une image positive du corps qui ont été publiés sur le réseau social VKontakte. Elle a été arrêtée arbitrairement le 20 novembre 2019 et assignée à domicile jusqu’au 16 mars 2020.

Le 11 décembre 2019, elle a été déclarée coupable de « propagande en faveur de relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs », au titre de l’article 6.21 du Code des infractions administratives, et condamnée à une amende de 50 000 roubles (environ 780 dollars) parce qu’elle gérait deux communautés en ligne sur les thèmes LGBTI sur le réseau social russe VKontakte. Le 10 juillet 2020, elle a été condamnée au titre du même article à une amende de 75 000 roubles (environ 1 050 dollars) pour son dessin intitulé « La famille est là où est l’amour. Soutenez les familles LGBT+ », qui présentait deux couples de même sexe avec des enfants.

Si elle était reconnue coupable de « production et diffusion de matériaux pornographiques », Ioulia Tsvetkova encourrait six ans d’emprisonnement.