Afrique de l’Est. Trente-neuf organisations appellent les gouvernements de la région à garantir l’accès aux personnes demandeuses d’asile pendant la pandémie de COVID-19

Une coalition rassemblant des organisations internationales, nationales et dirigées par des réfugiés en Afrique de l’Est, en Afrique centrale et dans la Corne de l’Afrique, a appelé le 22 juin 2020 les gouvernements de la région à rouvrir leurs frontières aux personnes demandeuses d’asile. Cette coalition demande aux gouvernements de mettre en place des mesures qui permettent de gérer la situation d’urgence sanitaire actuelle tout en veillant à ce que les personnes demandeuses d’asile puissent solliciter une protection.

Fort d’une longue tradition d'accueil et de protection des personnes demandeuses d'asile, les pays de la région Afrique de l’Est, Afrique centrale et Corne de l’Afrique accueillent environ 4,6 millions de personnes réfugiées et demandeuses d’asile. Avant la pandémie, les pays recevaient régulièrement des personnes cherchant à échapper aux violences et aux conflits, à la persécution politique ou à d’autres menaces pour leur vie. Au mois de mars, les pays ont commencé à fermer leurs frontières en tant que mesure de santé publique destinée à contenir la propagation transnationale du COVID-19. Le blocage des frontières s’est fait en l’absence de protection pour de nombreuses personnes - femmes, hommes et enfants - qui fuient leur pays pour trouver asile ailleurs, car leur vie et leur liberté sont menacées.

« Tandis que les pays de la région font face à une véritable situation d’urgence sanitaire, les gouvernements, avec l’aide des partenaires internationaux, doivent trouver des solutions qui respectent les engagements pris en termes de droit international relatif aux droits humains et de droit relatif aux réfugiés, y compris le droit de demander l’asile. Les gouvernements devraient envisager des mesures telles que des tests de dépistage et des examens médicaux, et des centres de quarantaine préventive et limitée dans le temps aux points de passage frontaliers de façon à permettre l’accès aux personnes demandeuses d’asile », a déclaré Deprose Muchena, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International.

« Tandis que les pays de la région font face à une véritable situation d’urgence sanitaire, les gouvernements, avec l’aide des partenaires internationaux, doivent trouver des solutions qui respectent les engagements pris en termes de droit international relatif aux droits humains et de droit relatif aux réfugiés, y compris le droit de demander l’asile.
Deprose Muchena, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International

Le Burundi, l’Éthiopie, le Rwanda et la Somalie ont fermé leurs frontières en mars 2020. Au Kenya, les frontières avec la Somalie et la Tanzanie ont été fermées le 16 mai. Les personnes demandeuses d’asile et réfugiées qui tentent d’entrer au Kenya sont parfois arrêtées et ramenées à leur point d’entrée frontalier.

La fermeture générale des frontières est contraire au droit international relatif aux réfugiés en empêchant les personnes ayant besoin d’une protection internationale d’avoir effectivement la possibilité de demander l’asile. Elle bafoue également le principe de non-refoulement qui interdit aux États de refouler des personnes à une frontière et de les renvoyer dans un pays où elles risqueraient d’être persécutées ou mises en danger.

Depuis le mois de mai, environ 10 000 personnes déplacées se sont installées provisoirement le long de la frontière entre la République démocratique du Congo (RDC) et l'Ouganda, en attendant de chercher refuge en Ouganda. À la suite de la décision prise le 16 juin par le gouvernement ougandais de les autoriser à entrer dans le pays, des initiatives sont en cours pour préparer leur entrée en toute sécurité, leur mise en quarantaine et leur installation.

« Nous nous félicitons de la décision de l'Ouganda d'accueillir ces personnes demandeuses d’asile qui sont d’origine congolaise. Nous demandons instamment au gouvernement et à ses partenaires de veiller à ce que les conditions de quarantaine pour ces personnes soient dignes, et nous leur demandons d'adopter des mesures plus générales pour laisser entrer les personnes ayant besoin d'une protection internationale à d'autres postes-frontières », a déclaré Robert Hakiza, coordinateur du Global Refugee-Led Network-Africa Chapter.

À la frontière de l'Ouganda avec le Soudan du Sud, par exemple, des centaines de personnes déplacées en raison des récents affrontements entre les troupes du gouvernement et des groupes armés dans l'État de l’Equatoria central sont bloquées, espérant pouvoir entrer en Ouganda. Elles vivent dans des constructions de fortune et ont un besoin urgent de nourriture, d'abris adéquats, de soins médicaux et d'accès à l'eau potable. L'Ouganda a fermé ses frontières le 20 mars.

Les gouvernements devraient envisager des mesures telles que des tests de dépistage et des examens médicaux, et des centres de quarantaine préventive et limitée dans le temps aux points de passage frontaliers de façon à permettre l’accès aux personnes demandeuses d’asile.
Deprose Muchena

« Des organismes régionaux tels que la Communauté de l'Afrique de l'Est (CAE), l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et l'Union africaine (UA) devraient davantage accompagner et guider les pays sur la manière dont ils peuvent ouvrir leurs frontières aux personnes demandeuses d'asile en toute sécurité. La communauté internationale doit également intervenir pour fournir l'aide nécessaire aux personnes déplacées, quel que soit le côté de la frontière où elles se trouvent », a déclaré Lydia Zigomo, directrice régionale d'Oxfam pour la Corne de l'Afrique, l'Afrique de l'Est et l'Afrique centrale.

« Alors que la CAE a joué un rôle important en appuyant la mise en place aux frontières de mesures de dépistage coordonnées afin de permettre la circulation des marchandises dans la région, elle est restée muette sur l'accès aux demandeurs d'asile. Les organismes régionaux ne doivent pas laisser les personnes réfugiées en dehors de leurs plans d'intervention contre le COVID-19 », a déclaré George Kegoro, le directeur exécutif de la Commission nationale kenyane des droits humains.

 

Notes aux rédacteurs :

  • La Déclaration universelle des droits de l'homme et la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés exigent que les États respectent le droit des personnes à demander l'asile et qu'ils appliquent le principe de non-refoulement, qui leur interdit de renvoyer les personnes demandeuses d'asile qui arrivent à leurs frontières. Tous les pays de la Corne de l’Afrique, de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique centrale sont des États parties à la Convention de 1951.
  • Le droit de demander et d'obtenir l'asile et la protection contre le retour est également prévu dans la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et dans la Convention de l'OUA (aujourd'hui UA) de 1969 régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique. Là encore, ces deux traités ont été signés par tous les pays de la région de la Corne de l'Afrique, de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique centrale. En outre, ces droits et protections figurent dans les constitutions et les lois relatives aux réfugiés de nombreux pays de la région, dont l'Ouganda et le Kenya.
  • Il y a actuellement plus de 1 420 000 personnes réfugiées et demandeuses d'asile en Ouganda, 763 000en Éthiopie, 1 089 000 au Soudan et 494 649 au Kenya.
  • La CAE a publié un plan d'intervention régional pour le COVID-19 le 30 avril. Il vise à faciliter la libre circulation des biens et des services dans la région de la CAE, tout en minimisant les mouvements transfrontaliers des personnes. Il ne mentionne pas les personnes réfugiées ou demandeuses d'asile.
  • L'IGAD a publié le 20 avril une stratégie de réponse régionale pour le COVID-19. Cette stratégie souligne l'importance de la protection des réfugié·e·s, des personnes déplacées, des migrant·e·s, des communautés d'accueil et des autres populations dans les zones frontalières, et prévoit que l'IGAD aidera les États membres à : Instaurer des mesures de dépistage pour les personnes qui voyagent et les personnes migrantes aux postes-frontières ; transmettre les informations sur la migration transfrontalière des réfugié·e·s et autres populations migrantes aux autorités sanitaires nationales pour une prise en charge et une gestion appropriées ; mettre en place des centres d'isolement et de quarantaine aux postes-frontières pour les populations migrantes ainsi que pour les réfugié·e·s et les personnes déplacées ; et partager les meilleures pratiques et les connaissances sur les mesures de protection des groupes vulnérables et à haut risque ayant un accès limité aux soins de santé.
  • L'Union africaine a appelé les gouvernements à se conformer au droit international et à respecter les droits et la dignité humaine des personnes migrantes et réfugiées. Toutefois, elle n'a pas encore fourni de directives concrètes sur la façon de procéder, notamment en ce qui concerne des domaines complexes comme la gestion des frontières pendant la pandémie.
  • Les 10 000 personnes déplacées à la frontière de la RDC et de l'Ouganda ont fui les attaques contre les villages des chefferies congolaises de War-Palara et de Panduru. Les personnes déplacées, dont la plupart sont de l'ethnie Alur, restent dans la localité de Mon-Zeu, dans la chefferie d'Alur Djuganda, dans le territoire de Mahagi, à l'ouest de la province d'Ituri, près de la frontière de la RDC avec le district ougandais de Zombo.

Organisations soutenant le communiqué de presse :

  1. AAMIN Organization (Mogadiscio, Somalie)
  2. African Youth Initiative for Development (Nairobi, Kenya)
  3. Amnesty International
  4. Care and Assistance for Forced Migrants (Ouganda)
  5. Centre for Peace and Advocacy (Ouganda)
  6. Community Action for Creative Innovation (Koboko, Ouganda)
  7. Community Action for Transformation (Imvepi, Ouganda)
  8. East African Centre for Forced Migration
  9. DIGNITY Kwanza (Tanzanie)
  10. Finn Church Aid
  11. Global Refugee-Led Network-Africa Chapter
  12. Good-Deeds (Nairobi, Kenya)
  13. ICAN South Sudan (Bidibidi, Ouganda)
  14. Initiative for Nurturing Vulnerable and Empowerment for Resilience (Kakuma, Kenya)
  15. International Refugee Rights Initiative
  16. International Rescue Committee
  17. IYOUTH IFUTURE (Kakuma, Kenya)
  18. Jesuit Refugee Service (Service jésuite des réfugiés)
  19. Jump Over Seven Feet (Kajiado, Kenya)
  20. Kandana Refugee Association (Kenya)
  21. Commission kenyane des droits humains
  22. Kintsugi (Nairobi, Kenya)
  23. Kituo cha Sheria-Legal Advice Centre (Kenya)
  24. L’Afrikana (Nairobi, Kenya)
  25. Oxfam International
  26. Refugee Consortium of Kenya
  27. Regional Network on Peace and Stability (RENOPS)
  28. Shabab Peace and Environment Action Group (Adjunami, Ouganda)
  29. Solidarity Initiative for Refugees (Kakuma, Kenya)
  30. SOS Women and Children in Disaster (Kampala, Ouganda)
  31. South Sudan Civil Society Forum (SSCSF)
  32. South Sudan National Consortium of Human Rights Defenders
  33. South Sudan Transitional Justice Working Group
  34. The Organization for Children Harmony (Kiryandongo, Ouganda)
  35. Vijana Twaweza (Kakuma, Kenya)
  36. Young African Refugees for Integral Development (Ouganda)
  37. Young-Adult Empowerment Initiative (Kiryandongo, Ouganda)
  38. Youth Education and Development Association (Kakuma, Kenya)
  39. Youth Social Advocacy Team (Rhino Camp/Arua, Ouganda)