Lesotho. Près de 8 000 personnes risquent d’être déplacées par la construction du barrage de Polihali

Près de 8 000 personnes risquent de perdre leur habitation ou leurs moyens de subsistance alors que débute la construction d’un nouveau barrage au Lesotho, a déclaré Amnesty International le 6 février. Elle demande aux autorités de stopper la construction du barrage de Polihali, qui alimentera l’Afrique du Sud en eau, jusqu’à ce que les populations touchées, dans le district de Mokhotlong, soient dûment consultées et indemnisées.

Alors que la construction du barrage de Polihali débute avec les travaux de la route qui conduit au site, des habitants sont déjà expulsés de chez eux et relogés.
Deprose Muchena, directeur d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe

Amnesty International a pu voir des reçus attestant que des personnes déplacées ont perçu l’équivalent d’un peu plus d’un dollar américain à titre d’indemnisation pour être réinstallées vers Mokhotlong, loin de leurs habitations actuelles, en vue de laisser place au projet. Cette somme n’est même pas suffisante pour acheter une miche de pain.

« Alors que la construction du barrage de Polihali débute avec les travaux de la route qui conduit au site, des habitants sont déjà expulsés de chez eux et relogés. D’autres risquent de perdre des pâturages pour leur bétail ou l’accès aux fruits sauvages et aux plantes médicinales grâce auxquels ils gagnent leur vie, a déclaré Deprose Muchena, directeur d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe.

« Les autorités du Lesotho doivent immédiatement stopper tous les travaux liés au barrage de Polihali jusqu’à ce que les normes internationales relatives aux droits humains en matière d’expulsions soient respectées. Il faut mener de véritables consultations auprès des populations concernées et proposer des indemnisations pour toutes les pertes subies. »

La construction du barrage pourrait s’avérer désastreuse d’un point de vue social et économique pour les 8 000 personnes environ qui habitent les zones touchées.
Deprose Muchena

Les avocats représentant les communautés touchées dans le secteur du barrage de Polihali ont déclaré à Amnesty International que l’Autorité de développement des hauts plateaux du Lesotho, gérée par le gouvernement du pays, n’a pas dûment consulté ni indemnisé les habitants en amont de la construction.

Le barrage de Polihali, qui fait partie du Projet de mise en valeur des ressources en eau des hauts plateaux du Lesotho – Phase II, un projet en plusieurs phases visant à approvisionner l’Afrique du Sud en eau, pourrait amener des milliers d’habitants d’environ 35 villages à perdre leurs logements et leurs moyens de subsistance.

Les autorités du Lesotho doivent immédiatement stopper tous les travaux liés au barrage de Polihali jusqu’à ce que les normes internationales relatives aux droits humains en matière d’expulsions soient respectées.
Deprose Muchena

Conformément à ses engagements internationaux relatifs aux droits humains, le gouvernement du Lesotho doit veiller à ce que le projet de barrage de Polihali ne donne pas lieu à des expulsions forcées.

D’après les normes internationales relatives aux droits humains, les expulsions ne peuvent être considérées comme légales que si toutes les personnes touchées bénéficient de certaines protections au niveau de la procédure – notamment de véritables consultations, un préavis suffisant, et une indemnisation équitable et juste pour les pertes subies. Nul ne doit se retrouver sans domicile, ni exposé à d’autres atteintes aux droits humains à la suite d’une expulsion.

Si la construction du barrage lui-même n’a pas encore commencé, les habitants des zones alentour sont déjà expulsés de chez eux pour laisser place à la route qui conduira au site. Ils perdent ainsi leurs propriétés privées et communales.

« La construction du barrage pourrait s’avérer désastreuse d’un point de vue social et économique pour les 8 000 personnes environ qui habitent les zones touchées, a déclaré Deprose Muchena.

« L’Afrique du Sud, qui bénéficiera de ce nouvel approvisionnement en eau, a également l’obligation de veiller à ce que cet accord hydraulique, dans sa mise en œuvre, respecte les droits humains. »